Le chemin de la philosophie



Information pratique sur le Chemin de la Philosophie

Cette promenade est l'une des plus agréables que vous puissiez faire à Kyoto. Elle démarre au temple de Ginkaku-ji et s'achève au temple de Nanzen-ji. Elle est d'ailleurs très appréciée des Japonais qui la fréquentent particulièrement au Printemps, durant la période où les cerisiers sont en fleurs.

Le Chemin de la Philosophie : introduction

Cette promenade très bucolique, presque au coeur de la cité, vous conduit à longer un petit canal bordé de cerisiers et d'érables. Ce petit canal, nommé « Shishigatani », serpente au pied des superbes monts « Higashiyama » ; autrement dit les "monts de l'Est " : « yama » signifiant " montagne" ; et le mot « Higashi » comme vous l'avez deviné désigne l'Est. Cet itinéraire est connu sous le nom de "Chemin de la Philosophie »; car un professeur de philosophie, Nishida Kitaro de l'université de Kyoto avait pour habitude de l'emprunter quotidiennement. La distance à parcourir, en toute quiétude, représente environ 1 km. Cette promenade s'effectue généralement du Nord au Sud. Une précision : vous ne pourrez pas entrer dans les bâtiments. Reconnus comme Trésors Nationaux, les matériaux qui furent utilisés pour leur construction sont d'une extrême fragilité, et ne peuvent en conséquence recevoir des flots permanents de visiteurs. Vous effectuerez un parcours circulaire balisé savamment conçu pour vous permettre d'admirer sous le meilleur angle ces merveilles de l'art japonais sises dans un parc de toute beauté. Commençons donc par le " Temple d'Argent ". Pour vous y rendre, empruntez le bus N° 5, ou le bus 17 ou 206 à la gare de Kyoto au terminal A 1, et descendez à la station Ginkaku-ji michi.

La Villa Kansetsu

De la station Ginkaku-ji michi, remontez à la rue Imadegawa dori en direction du temple Ginkaku-ji. Mais avant, allons dans la Villa Kansetsu. Elle est sur le trottoir de droite lorsqu'on va vers le temple. Cette villa fut la résidence et l'atelier du peintre Kansetsu Hashimoto, un peintre de la 1ère moitié du 20ème siècle. Le peintre Hashimoto est l'une des grandes figures du courant artistique "Nihonga" (littéralement "peinture japonaise ») qui à la fin du siècle dernier s'est posé en défenseur de la peinture japonaise alors que le Japon se passionnait pour la culture et l'art occidental. Kansetsu Hashimoto acquit le site de cette villa située au pied du Mont Daimonji à l'âge de 30 ans et y passa le reste de sa vie à peindre, à dessiner lui même les plans du jardin et à collectionner les lanternes, pagodes et Bouddhas de pierre qui en ornent aujourd'hui les allées. Tout au long de sa vie d'artiste, le peintre Hashimoto visita la Chine à plus de 40 occasions et son amour pour la culture, l'esthétique et les paysages chinois se reflète dans son oeuvre. La grande pierre située dans le fond du jardin derrière l'atelier porte une inscription, sculptée par l'un de ses amis chinois "l'esprit de l'art doit rester libre". Kansetsu Hashimoto était aussi Maître de Thé (c'est-à-dire que c'est lui qui présidait à la cérémonie du thé, en préparant la salle, les tasses, etc...) et les deux maisons de thé qui se font face de chaque côté du bassin principal offrent une tranquille retraite à l'écart de l'agitation.

Le temple Ginkaku-ji

Lorsqu'on est dos à la villa, allons sur la droite et continuons à remonter la Imadegawa dori jusqu'au temple Ginkaku-ji. Il s'agit là d'un temple très attachant, à taille humaine, et conçu dans un magnifique jardin. On le doit au huitième shôgun, Yoshimasa. Le shôgun est un chef militaire qui dirige le pays au nom de l'Empereur, une sorte de premier ministre tout puissant, issu d'une grande famille de la noblesse, et donc souvent très riche. Yoshimasa, qui règne au 15e siècle, ne fait pas exception à cette règle et consacre des sommes considérables à des projets architecturaux. En 1482, il se fait construire une retraite privée : une demeure à Higashiyama, qu'on appelle, précisément, Ginkaku-ji. A la mort du shôgun, cette retraite est transformée en temple et on la désigna alors par le nom de Jishô-ji. Les deux appellations, Ginkaku-ji ou Jishô-ji, sont encore employées aujourd'hui pour le nommer. Cette propriété comptait de nombreux édifices dispersés à travers un jardin. Deux seulement de ces bâtiments subsistent aujourd'hui : le " Pavillon d'Argent " proprement dit, puis la chapelle privée de Yoshimasa, le Tôgudô, située dans le prolongement d'un long pavillon nommé « Hôjô », d'époque plus tardive. Ce lieu est, avant tout, l'illustration d'une nouvelle esthétique, d'un goût très raffiné, qui doit beaucoup à la doctrine du Bouddhisme zen

La doctrine du Bouddhisme zen

L'introduction du Bouddhisme au Japon fut un évènement d'une importance capitale dans l'histoire culturelle de ce pays. Cette pensée qui façonna la vie spirituelle de millions de personnes en Extrême-Orient et dans le Sud Est asiatique a vu le jour en Inde. Son fondateur, le Bouddha ou « l'Eveillé » naquit au 6e siècle avant notre ère. Fils de roi, il épousa une jolie princesse qui lui donna un garçon. Mais un jour, prenant conscience des terribles misères de l'humanité, il décida d'y trouver des remèdes ; et pour cela, quitta femme et enfant. Il opta alors pour une vie complètement différente de la première. De l'abondance et du luxe princier, il s'orienta vers un ascétisme sévère qui le conduisit, après mûre réflexion, vers une voie beaucoup plus équilibrée faite, somme toute, d'une sorte de moyenne entre les deux. L'adoption de ce chemin du juste milieu le conduisit vers la prise conscience de la Vérité suprême et fit de lui un « Eveillé », autrement dit un Bouddha. Il enseigna, alors, la nouvelle philosophie qu'il venait d'élaborer. Celle-ci se résumant de cette manière : le monde est souffrance ! Pourquoi souffrons-nous ? Parce que nous avons des désirs ! Pour ne plus souffrir, que faire ? Réponse : contrôlons nos désirs ! Le bouddha est souvent comparé à un médecin qui pose un diagnostic puis propose un remède : ce sont les " 4 Nobles Vérités " du Bouddhisme : un constat : la souffrance, puis la recherche de l'origine de la souffrance (nos désirs), la possibilité de l'absence de souffrance (l'existence du nirvana, lieu d'où la souffrance a disparu) et enfin le chemin qui mène au nirvana. Cette nouvelle philosophie fit de nombreux adeptes, se propagea à travers le monde et fut à l'origine de nombreuses écoles. Parmi ces écoles, il y eut l'école zen. Certains adeptes prétendirent que seule la méditation, « dhyâna » en sanscrit, « chan » en chinois (LECTEUR : prononcez « tchan »), et « zen » en japonais pouvait conduire à l'Eveil. A la fin du 13e siècle, un grand nombre d'éminents moines chinois « chan » se réfugièrent au Japon pour échapper à l'invasion mongole, et aidèrent les convertis japonais à faire du zen la religion dominante du pays. L'accent mis sur l'autodiscipline, par exemple, séduisit beaucoup l'âme belliqueuse des Shôgun. Et bien que le dogme zen ne professe aucune doctrine esthétique particulière, la spontanéité, la modération, l'extrême simplicité devinrent les principes directeurs de l'art zen. Les arts mineurs comme la cérémonie du thé, l'arrangement floral, le théâtre nô, ce théâtre dramatique chanté et dansé, où les acteurs portent des masques, sont justement nés de cette rigueur auto disciplinaire. Les conventions qui régissent aujourd'hui la vie quotidienne des Japonais ont pour racines majeures ce creuset philosophique doublé d'une morale confucianiste issue de la Chine où interviennent les principes hiérarchiques : respect pour l'État, respect de l'employé pour l'employeur, respect des enfants pour les parents... L'influence de la Chine devient prépondérante à cette époque; les aménagements des temples zen sont, d'ailleurs, directement inspirés des modèles chinois de l'époque Song.

Le Pavillon de Kannon

Le PavillDirigez-vous maintenant vers l'entrée, puis gagnez le devant du pavillon qui s'élève devant vous. Dès l'entrée, vous tomberez sur le fameux "Pavillon d'Argent", qui est en fait en bois. Et on ne sait pas très bien, cependant, s'il devait être recouvert de feuilles d'argent comme le " Pavillon d'Or " avait été doré à la feuille. On l'appelle, également, le " Pavillon de Kannon " ou « Kannonden » en Japonais. Car il est dédié à la divinité Kannon. D'importation indienne, cette divinité est devenue l'objet d'un culte fervent de la part de l'ensemble de la population japonaise, et son image, sous diverses formes, se rencontre très fréquemment dans l'archipel. Mais quelle est donc cette divinité si précieuse aux yeux des Japonais ? La divinité Kannon est donc un « bodhisattva », mot sanscrit désignant un " Être Eveillé"; mais surtout, un être de très grande compassion, un Bouddha en " puissance", en quelque sorte, qui renonce à la bouddhéité pour aider les humains. D'origine indienne donc, son image a traversé l'espace via la Chine et la Corée pour atteindre le Japon. Sa nature, masculine, s'est féminisée lors de son passage en Chine ; la compassion étant considérée, là-bas, comme un sentiment féminin. Détail important, on l'associe au Bouddha Amida, le Bouddha de l'Ouest; elle en est en quelque sorte son émanation. Ses images sont multiples, et bien souvent d'une grande beauté ! Malheureusement, vous ne pourrez l'admirer ; le pavillon est inaccessible. Le rez-de-chaussée est appelé « shinkû-den », la salle du " Coeur du Vide ", entendez le " Vide " dans son sens philosophique, positif bien évidemment : le terme désigne ici la sérénité. Le premier étage « chôo-den », renferme la salle des " Vagues Rugissantes "; le calme opposé à l'agitation en quelque sorte ! Comme en religion, la doctrine décorative zen est, en effet, dualiste ! Le dépouillement et la complexité se côtoient. Une architecture simple et sobre dont le prototype est le Pavillon d'or, que vous avez vraisemblablement déjà visité, et situé au coeur d'un jardin dont l'aménagement s'inspire très nettement du fameux Temple des Mousses, tout aussi célèbre. On de Kannon

Le Pavillon d'argent

Le Pavillon d'Argent demeure un témoignage inestimable de la période dite de Muromachi qui couvre environ 2 siècles et demi de 1336 à 1573. Cette époque est appelée aussi époque des « Ashikaga », du nom de la famille de guerriers qui dirigèrent la nation en qualité de shôgun. Le siège du gouvernement shôgunal était situé, justement, dans le quartier de Muromachi, à Kyôto. On considère cette période comme une renaissance durant laquelle les arts sont adulés. On remarque sur le sommet du toit un oiseau qui déploie ses ailes ; à l'image de son frère aîné au sommet du Pavillon d'Or. C'est un phénix de bronze ! Vous savez, cet oiseau qui renaissait toujours de ses cendres. Pas de plus beau symbole pour une renaissance, n'est-ce pas ? Un détail peut vous permettre de reconnaître l'inspiration zen au premier coup d'oeil. Regardez les fenêtres. Rien de spécial ? Si, un détail nouveau. Quel est-il ? L'encadrement ! Oui ! Il est en forme de cloche ! Ces ouvertures en forme de cloche sont inséparables de l'architecture zen.

Le jardin sec

Continuez votre parcours en suivant le balisage et dirigez-vous maintenant vers le vaste jardin sec que vous apercevez : une étendue de gravillons bien ratissée. Vous êtes maintenant devant ce qu'on appelle : la " Mer de Sable Argenté ". C'est un jardin ! C'est un jardin sans plantes, un jardin sec ! En japonais : « kare-sansui ». La surface de ce jardin " lunaire " est conçue pour être contemplée sous la lumière de la lune dont il reflète les rayons. Elle est marquée de longues stries parallèles imitant les ondes d'un lac. Au fond, que voyez-vous d'étrange ? On dirait une pyramide, n'est-ce pas ? C'est un tronc de cône de sable ! Cette petite montagne de sable constitue l'élément dominant de la composition, on appelle ce cône : « kôgetsu-dai ». Selon la tradition japonaise, le spectacle des rayons de lune jouant sur le « kôgetsu-dai » procure à qui le contemple une jouissance poétique et esthétique particulièrement intense, un émerveillement délicieux teinté de mélancolie. En fait, ce jardin sec est un support méditatif qui doit être observé de la véranda du long bâtiment qui se situe derrière : le « hôjô », construction élégante et légère, complétée à son extrémité, dans le même axe, d'un charmant petit pavillon. Ce bâtiment est bien évidemment, réservé à l'usage des moines, vous ne pouvez y accéder. C'est, en fait, le bâtiment principal du lieu ou « hon-dô »; il date quant à lui, non pas de la période de Muromachi (14ième/16ième) mais du milieu de la période d'Edo, vers le 18e siècle.

Shâkya : le Bouddha Historique

Il est dédié au Bouddha Historique : « Shâkya ». Ce Bouddha Historique, donc, celui qui a vécu au 6e siècle avant Jésus-Christ, appartenait à un clan précis, à une famille, à un groupe nommé « Shâkya ». Il est donc appelé, afin de le distinguer des autres Bouddhas plus imaginaires, " le sage des Shâkya "; en sanscrit « Shâkyamuni », « muni » signifiant "sage"". Les Japonais ont simplifié cette dénomination de « Shakyamuni » en « Shâkya ». Le terme « Shâkya » s'applique donc au Bouddha Historique.

Le dôjinsai

Après quelques instants de méditation, avancez de quelques mètres le long du jardin. Là encore, il vous suffit de suivre le balisage. Vous êtes maintenant au bord d'une petite pièce d'eau. Et vous pouvez apercevoir dans l'axe du bâtiment précédent bordant le jardin sec, un petit pavillon charmant. C'est une pièce carrée tout à fait indépendante que l'on appelle : « dôjinsai ». Elle mesure 4 " tatami " et demi. Au Japon, on mesure en effet la superficie d'une pièce en " tatami ", environ 1,83m sur 91cm. Cette petite pièce carrée est le plus vieil exemple qui ait survécu de ce qu'on appelle « shoin ». Le mot « shoin », littéralement " lieu d'études"ou bibliothèque, désignait à l'origine le séjour ou le cabinet de travail des moines dans les temples zen. Dans un sens plus précis, il pouvait désigner une petite table de lecture ou d'écriture installée dans un cabinet de travail réservé aux moines. Cette chambre peut être considérée comme l'une des conceptions les plus importantes de la culture japonaise. Et, disons, dans la forme et dans l'esprit. Pourquoi ? Eh bien, si nous résumons : le Shôgun Yoshimasa aimait à convier quelques amis pour prendre le thé dans ce pavillon. Le thé servi durant cette cérémonie très particulière était une poudre verte très foncée, que l'on mélangeait vigoureusement, au lieu de la laisser infuser comme en Angleterre. Cette boisson fut introduite de Chine par des moines zen, qui l'avaient employée d'abord à des fins médicinales et comme stimulant dans leurs longues heures de méditation. Sa préparation et sa dégustation donnèrent lieu à tout un cérémonial qui fut retenu comme une sorte d'exercice associé à toute une codification très précise où la maîtrise de soi entrait pour une part essentielle. Au niveau le plus élevé, la cérémonie du thé impliquait parallèlement l'appréciation des jardins, de l'architecture, de la calligraphie, de la peinture, du théâtre nô, de l'art floral, etc. De nouvelles règles esthétiques furent donc instaurées, et elles affectent encore de manière très profonde l'âme japonaise. Cette petite chambre est donc d'une importance majeure dans l'histoire du Japon, car c'est ici que se sont élaborées ces nouvelles règles esthétiques, et l'aménagement de la pièce avec ses étagères décalées, sa neutralité chromatique pure opposée à un décor floral lumineux par exemple est sans aucun doute le premier témoignage des principes qui régiront tout intérieur japonais. Continuez maintenant votre route au coeur de ce splendide jardin

Le temple Honen-in

Quand on sort du temple Ginkaku-ji, gagnons à présent le temple Honen-In. Redescendons Imadegawa dori puis -au lieu de continuer jusqu'à la station de bus d'où nous venons, tournons sur la gauche dans le « chemin de la philosophie » qui longe un cours d'eau. Vous avez trouvé ce chemin le long du cours d'eau. Avancez jusqu'à trouver une boutique Craft Shop et un pont en ciment. Sachez que pour la suite du parcours, il vous faudra longer le canal et suivre les panneaux et prendre les petits chemins sur la gauche qui tous mènent à un temple. Le premier temple sur votre gauche est le temple Honen-in. Comme son nom l'indique, ce petit temple que vous allez découvrir est dédié à Honen. Après avoir franchi la porte, vous traverserez un jardin sec, et vous passerez entre deux monticules de sable dont la forme varie en fonction des saisons. En effet, les moines chargés d'entretenir le jardin donnent une forme différente aux monticules au cours de l'année. Vous atteignez, ensuite, un petit bassin que l'on appelle " L'Etang de la Vie Libérée ", fréquenté par de nombreuses carpes multicolores. Nous vous laissons le temps de les admirer à votre guise. Vous franchissez ensuite un pont pour atteindre des bâtiments qui ne sont malheureusement pas ouverts aux visiteurs (à l'exception des premières semaines d'avril et de novembre). Vous découvrez, après, un gros bol de pierre, et l'empreinte du pied du Bouddha gravé de la Roue de la Loi. Puis, vous atteindrez la véranda de la salle principale. Une grotte aménagée présente une statue noire. Ne serait-ce pas l'image d'un moine figé dans la pierre ? Ce personnage est l'un des plus populaires du Japon : il s'appelle « Jizô ».

Les aspects particuliers de Jizô

Il s'appelle donc : Jizô. Très facilement reconnaissable, il porte presque toujours autour du cou un bavoir de couleur rouge, et parfois un petit bonnet (une sorte de charlotte) ou encore un petit tablier de même couleur. Il est vêtu comme un moine, et un détail morphologique très spécifique le caractérise : sa tête adopte la forme d'un oeuf ! C'est un bodhisattva ! Autrement dit un être de profonde compassion, un être de lumière qui guide les êtres en attendant la venue du Bouddha du futur, Maitreya, celui de l'âge d'or. C'est la divinité la plus accessible, la plus simple, et la plus attendrissante. Les parents lui demandent de protéger leurs enfants, et pour cela l'habillent de bavoirs et de petits tabliers de couleur vive. On le rencontre très souvent : au bord des chemins, dans les cimetières par exemple. Généralement, ce qui n'est pas le cas ici, il tient un sistre dans la main droite et une boule dans la main gauche. Un sistre est une sorte de long bâton de pèlerin dont la partie supérieure est garnie d'anneaux qui s'entrechoquent en marchant : l'on dit que le son qu'ils produisent réjouit et, surtout, apaise les fidèles. La boule qu'il tient dans la main gauche symbolise le joyau qui exauce tous les désirs. Ce personnage, vous le rencontrerez encore fréquemment au cours de votre promenade.

Le sanctuaire shintô de Otoyo-jinja

Poursuivez votre itinéraire en suivant le fléchage et franchissez le pont de l'Est. Et vous découvrez l'un des rares petits sanctuaires shintô parmi les temples bouddhiques des monts Higashiyama : Otoyo-jinja. Le terme « jinja », pour temple ou sanctuaire ne s'applique qu'au temple shintô. Facilement reconnaissable, son entrée est marquée par un portail spécifique qu'on appelle « torii ». Cette sorte de portail sans vantail composé de deux piliers verticaux et de deux poutres transversales est donc un « torii » ! D'origine indienne, ce portique est pratiquement indissociable du paysage japonais. L'interprétation la plus courante consiste à dire que le « torii » figure le perchoir du coq, l'animal sacré annonciateur du soleil que prisait entre tous la déesse Amaterasu ; d'autres y voient la forme stylisée de l'idéogramme " ciel " ou tout simplement, le chambranle de la porte d'entrée des maisons protohistoriques. Sa fonction est, avant tout, de désigner l'entrée d'un lieu sacré « shintô ».

Origine du terme shintô

Mais qu'est-ce que le « shintô » ou le « shintoïsme » ? Le shintoïsme ou shintô, autrement dit "la voie des dieux" ou "la voie du divin" est la religion fondamentale la plus ancienne du Japon. Le terme Shintô est apparu pour différencier cette ancienne religion du Bouddhisme, courant religieux étranger. Le Shintô est un mélange d'animisme et de chamanisme, c'est-à-dire qu'il postule la présence d'une âme dans tout élément naturel (pierres, plantes, animaux, etc.) et la possibilité d'une communication entre ces âmes et les humains. Le concept majeur est donc le caractère sacré de la Nature. Un profond respect de l'environnement en découle. Les « kami » sont les divinités ou esprits du shintoïsme. Un cours d'eau, un astre, un personnage charismatique, une simple pierre, ou même des notions abstraites comme la fertilité peuvent être considérés comme des « kami ». Considérons donc le shintoïsme comme une religion populaire, traditionnelle, mais devenue, avec le temps, indissociable du Bouddhisme, auquel elle s'est mêlée. Ainsi dans tout lieu bouddhique, vous trouverez inévitablement un ou plusieurs sanctuaires shintô dédiés à tel ou tel dieu.

Le zen Rinzai

Poursuivons notre parcours. Le temple Koun-ji, sur la droite est également connu sous le nom de Reishi-zan. Il appartient à l'école Rinzai. Qu'est que ce courant spécifique du Bouddhisme zen ? Et bien, c'est l'une des principales branches du Zen au Japon. Elle fut fondée par Eisai au 12e siècle qui introduisit la branche du bouddhisme chinois Linzi, au Japon en 1191 et en 1202. La secte Rinzai devint populaire parmi les samouraïs et les nobles, et prospéra grâce au soutien du shogunat de Kamakura. Comme l'école Linzi, Rinzai utilise la méditation assise ainsi que des kôan, énigmes au-delà de toute solution logique, sur lesquelles il faut méditer et qui ont pour but de développer une compréhension intuitive.

Le temple Eikan-dô

Revenez le long du chemin. En avançant, sur votre gauche maintenant, voyez le temple Eikan-dô. Il est aussi connu sous le nom de Zenrin-ji. Il fut fondé en 856, mais son nom reste associé à celui du moine Eikan qui y vécut au 11e siècle. On peut visiter les différents bâtiments de ce temple qui est construit à flanc de montagne et qui possède de nombreux corridors et paliers. A l'intérieur, malheureusement, il est interdit de prendre des photos. Le principal trésor de ce temple est une étrange statue du Bouddha Amida : « Mikaeri no Amida » (le Bouddha regardant par-dessus son épaule). C'est une posture très rare dans les représentations du Bouddha qu'on explique par la rencontre de la divinité et du moine Eikan. Celui-ci était en pleine méditation lorsqu'il se rendit compte que le Bouddha était assis à côté de lui. Troublé, il s'arrêta de prier. C'est alors que le Bouddha, se tournant vers lui, lui demanda pourquoi il s'arrêtait. Le moine lui répondit qu'il voulait vérifier qu'il ne rêvait pas... Mais qui est cet Amida ? Amida, donc, est un des multiples Bouddha de la mythologie bouddhique. Pour résumer, disons qu'au cours du début de notre ère la philosophie bouddhique s'est élargie au point de ne pas se limiter à considérer notre univers, mais à élargir sa réflexion à la totalité de l'espace. Cette nouvelle vision tourne alors les espoirs vers des mondes situés à d'infinies distances où prêchent des Bouddha près desquels on ambitionne d'aller renaître. Toutes les directions de l'espace sont concernées. Amida, version abrégée d'Amitâbha, préside à celle de l'Ouest. Un domaine qualifié de "Bienheureuse" ou de "Terre Pure". En 1188, très précisément, dans le bâtiment devant lequel vous êtes, le moine Hônen, fondateur de l'école « jodo », initia pour la première fois les fidèles à la pratique d'un nouveau courant religieux nommé "Amidisme". C'est dire l'importance de ce lieu ! Le culte du Bouddha Amida, justement, demandait aux fidèles de répéter inlassablement avec piété l'invocation « Namu Amidabutsu » ("Au nom d'Amida") afin d'être admis dans son bienheureux Paradis d'Occident après la mort. Cette nouvelle Foi (la Foi en la Terre Pure) s'élabora en réaction contre des courants bouddhiques ésotériques trop difficiles à comprendre et à pratiquer pour l'humanité. Le succès fut foudroyant, cette nouvelle foi gagna toutes les couches de la société japonaise. Au fond de la salle, vous apercevez, donc, dans une semi-obscurité le Bouddha Amida. Comme dans de nombreux temples, il y a aussi un jardin de mousse. Ce temple est particulièrement fréquenté à l'automne pour la beauté des feuilles d'érable. Dans le temple, vous retrouvez maintenant notre chère divinité Kannon, divinité de la Compassion ! Son image est ici particulière ! Regardez sa coiffure ! Tant de têtes ? Difficile, sans doute, de compter les têtes ? Vous êtes peut-être trop loin ! Confirmons : elle en a 11 ! Selon la légende, notre divinité éprouvait une telle compassion pour les êtres humains que sa tête finit par éclater en 10 morceaux ! Avec sérénité, elle rassembla ses 10 mini têtes pour s'en coiffer, prenant soin d'ajouter celle du Bouddha dont elle est l'émanation : Amida. Au sommet de la coiffure, on voit la tête d'un Bouddha. C'est celle d'Amida ! Total : 11 têtes !

Le Temple Nanzen-ji

En poursuivant votre chemin le long du parcours fléché, vous parvenez au temple Nanzen-ji, qui marque l'aboutissement du " Chemin de la Philosophie ". Compter 5mn à pied depuis le temple précédent. Nanzen-ji est un des temples les plus importants de Kyôto. Sa construction commença dès 1291 sur l'emplacement d'une villa ayant appartenu à l'empereur Kamenaya. Aujourd'hui ce vaste complexe monastique est dévolu au courant «  Rinzaï » du bouddhisme zen. Très endommagés durant la guerre d'Onin (une guerre civile qui fit rage ente 1467 et 1477), tous les bâtiments ont été très largement restaurés au 16e et 17e siècle. Vous franchirez, tout d'abord, une porte colossale à deux niveaux nommée « san-mon », de style " zen ". Elle fut construite en 1628 par Todo Takatora. Vous pouvez vous rendre à l'étage supérieur afin d'admirer le plafond. Regardez le plafond ! Les peintures, admirables, que vous avez sous les yeux ont été réalisées par des peintres de l'école appelée « Kano ». Le terme « Kano » s'applique à toute une génération d'artistes du 16e siècle japonais, du nom du fondateur de cette école de peinture. Rendez-vous maintenant au « hondô ». Le « hojo »s'orne d'un petit, mais exquis jardin sec attribué à Kobori Enshu et des peintures de la période Momoyama comprenant un " Tigre buvant de l'eau ", chef d'oeuvre de Kanô Tan'yû (1602-1674). A côté on peut déguster un bol de « koicha » (thé cérémoniel) et une friandise pour un prix modique. En retrait, le temple Nanzen-in occupe le site original de la villa de l'empereur Kameyama. Restauré en 1703, il fait face à un jardin entourant un étang, sur fond de montagnes couvertes de forêts épaisses. Devant le Nanzen-in, l'aqueduc de brique rouge, création occidentale en apparence incongrue, constitue aux yeux des Japonais un des grands attraits du site. Cette structure, l'une des premières réalisations enthousiastes de l'ère Meiji, fut construite en 1890.Elle faisait partie d'un ambitieux projet de construction d'un canal, destiné au transport des marchandises en provenance de Shiga, préfecture voisine.


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