New York insolite : Midtown



Une balade culturelle à travers New York en compagnie des guides Jonglez, à la découverte de sites méconnus de Big Apple...
Nous sommes au coeur de Manhattan, dans Midtown, où l'attention se portera sur quelques détails :

 

Les aigles de l’ancienne Penn station

Entrer en ville comme un dieu”

aiglesDeux aigles de pierre se dressent sur la 7e Avenue, en face de la Penn Station : l’un au coin de la 33e Rue et l’autre à celui de la 31e. Près de 3 000 kg de marbre pièce, chacun enfonçant ses serres dans son socle en granit, poitrine bombée et ailes déployées, observant avec perplexité la circulation. Si ces aigles semblent un peu déplacés, c’est parce qu’ils faisaient autrefois partie de la façade de l’ancienne Penn Station, et les voici à présent relégués au sol en face de la triste gare qui la remplace : leur présence ressemble davantage à une insulte qu’à un hommage. Les architectes et les historiens parlent de l’ancienne Penn Station comme s’il s’agissait d’un proche parent assassiné. « Comme il est triste, et tragique de penser, dit l’historien David McCullough dans un documentaire sur New York, que quantité d’Américains ne feront jamais plus l’expérience de débarquer pour la première fois à Manhattan à la Penn Station. » La salle d’attente était le plus vaste espace intérieur de la ville, avec des voûtes à caissons et des colonnes corinthiennes sur le modèle des thermes de Caracalla à Rome. À l’extérieur se dressait une colonnade de plus de dix mètres de haut, avec des entrées sur les quatre côtés au-dessus desquelles figuraient de grandes pendules sculptées dans la pierre et flanquées d’allégories du Jour et de la Nuit. Lorsqu’elle fut achevée en 1910, les architectes McKim Mead & White croyaient avoir érigé un temple métropolitain pour l’éternité. Il n’exista que cinquante-trois ans. Les avions et les autoroutes ont sonné le glas de l’ère du train. En 1962, le chemin de fer de Pennsylvanie, exténué par les frais d’exploitation, annonça qu’il envisageait de raser le trésor des Beaux Arts et de lui substituer Madison Square Garden, qui, dans ses meilleurs jours, évoque une usine soviétique d’enrichissement d’uranium.
aigleVincent Scully, professeur à la Yale University, résume les choses ainsi : « On entrait autrefois en ville comme un dieu ; on s’y faufile aujourd’hui comme un rat. » 
Il fallut plus de trois ans aux ouvriers pour détruire les monceaux de granit et de travertin. Les sculptures de pierre d’Adolph Weinman – chapiteaux, anges et allégories – furent entassées dans un marécage du New Jersey. Les aigles de la 7e Avenue n’arborent aucune plaque expliquant leur origine, et quand on interroge les vigiles, gardiens d’hôtel, employés de bureaux, ivrognes sympathiques, vendeurs ou revendeurs de tickets aux alentours de la gare, on découvre qu’aucun d’eux, ou presque, ne s’est rendu compte de leur présence. 

  • Infos pratiques :
  • 7e Avenue, aux coins du 33e et 31e Rues Ouest
  • Accès :lignes 1,2,3 / 34e Rue - Penn Station

The Metropolitan Life Tower

Un rapport méconnu avec Venise

metropolitanOn ne remarque pas assez le rapport que Manhattan et Venise entretiennent depuis toujours. Ce sont deux villes insulaires, dont les rues sont des couloirs et dont les immeubles, serrés les uns contre les autres, se sont développés verticalement plutôt que vers l’extérieur. Il existe, à Venise comme à Manhattan, un musée Guggenheim et un Harry’s Bar (qui s’appelle Harry Cipriani à New York, et qui est, selon le propriétaire des deux établissements, « une copie presque parfaite de l’original »). Des gondoles, manoeuvrées par des gondoliers à chapeau de paille et à maillot rayé, ont toujours circulé parmi les canots sur le lac artificiel de Central Park. Récemment, l’artiste Julian Schnabel a renchéri sur le thème en suspendant son palais rose vif au milieu de Greenwich Village.
À Manhattan, le clin d’oeil le plus manifeste à Venise est l’élégante Metropolitan Life Tower. S’élevant sur cinquante étages au-dessus de Madison Square, cette tour fut achevée en 1909. C’était alors le gratte-ciel le plus haut du monde, mais la course vers le ciel ne venait que de commencer. Napoléon Le Brun et fils, les architectes, passèrent les tours du monde entier en revue pour trouver un modèle qui les inspire ; ils finirent par choisir le campanile de Saint-Marc. Bâtiment le plus élevé de la Sérénissime, le campanile domina la lagune vénitienne pendant des siècles avant de s’écrouler spectaculairement en 1902. Reconstruit à l’identique en moins de dix ans, il se dresse de nouveau au même endroit sur la place Saint-Marc. En l’occurrence, le point commun entre New York et Venise est plus que symbolique : non seulement le campanile et la tour « MetLife » ont la même configuration et les mêmes proportions, mais ils furent érigés en même temps.
Mais à quoi bon aller chercher des modèles d’architecture dans la vase du passé, surtout quand il s’agit de tours sujettes à s’écrouler ? « Les problèmes auxquels sont confrontés les architectes pour un édifice de ce type dépassent la simple ingénierie, lit-on dans un vieil article du Times. Il est d’autant plus difficile de construire ce genre de tour que la base est carrée et ne ressemble, au fond, qu’à une boîte. » On peut en dire autant de chaque étage. Et ainsi de suite, jusqu’au sommet.

  • Infos pratiques :
  • 1 Madison Avenue
  • Accès : lignes N et R / 23e Rue

Le cochon de Saint-Patrick

Drôle et rassurant

cochonEn demandant aux gentilles dames de l’accueil si la cathédrale Saint-Patrick recèle d’intéressants secrets, elles hocheront la tête de droite à gauche. « Non », dit Eileen. Mais Marianne indique du pouce l’arrière de l’église : « À moins que vous ne souhaitiez voir le cochon ? »
Le « cochon » est un démon de pierre qui s’étale contre le mur extérieur de la chapelle de la Vierge, tout au bout de l’édifice. Pendant des années, cette sculpture a fait l’objet de plaisanteries parmi les prêtres qui peuvent la contempler depuis leurs logements au deuxième étage du presbytère, à quelques mètres de là. C’est d’ailleurs la première chose qu’ils voient quand ils sortent le matin, mais aucun ne sait de quoi il s’agit.
Cinq minutes plus tard, Marianne incline la tête devant la sculpture tandis que les voitures klaxonnent sur Madison Avenue. La créature en question ne ressemble guère à un cochon, ni à aucun animal terrestre : un monstre à pattes courtes, qui s’agrippe aux fenêtres, avec des pieds à trois doigts, un gros ventre et un cou dont la crête disparaît dans une brèche.
« On a pensé à un hippopotame », avance monseigneur Ritchie. Accompagné du père Joe, il vient de s’accouder à la fenêtre ouverte du presbytère, au-dessus du trottoir. « Monseigneur Sullivan y voyait des pattes de canard. » D’après eux, ce cochon n’est là que pour amuser la galerie. « Quand je fais visiter la cathédrale à quelqu’un, déclare le père Joe, je lui montre la sculpture. C’est tout de même une des singularités de l’église. »
Les monstres sont depuis longtemps les compagnons des églises, et certains sortent tout droit de l’enfer. Est-il jamais venu à l’esprit des prêtres que l’intention initiale n’était pas si anodine ? Ce cochon aurait-il une signification plus obscure ? « Un canular, on vous dit », répondent-ils en choeur, tout sourire.
Ils ont raison. La chapelle de la Vierge a été rajoutée par Charles T. Mathews à l’édifice de l’architecte principal, James Renwick. Selon un vieux guide de la cathédrale, Mathews vécut quelque temps en France, où il prit « goût aux gargouilles ». Il voulut d’abord réaliser d’horribles grotesques, mais l’administration l’en dissuada pour quelque chose « de plus drôle et de plus rassurant ». Vers 1940, on retira les gargouilles, qui menaçaient de tomber. Il ne reste plus que ce « cochon », qui ne gênait personne dans son coin.

  • Infos pratiques :
  • Chapelle de la Vierge de la Cathédrale Saint-Patrick
  • A l’angle de Madison Avenue et de la 51e Rue
  • www.saintpatrickscathedral.org
  • Tel :212-753-2261
  • Accès : lignes E et M / 5e Avenue - 53e Rue ; lignes B, D, F et M / Rockefeller Center ; lignes 4 et 6 / 51e Rue

U Thant island

La plus petite île de Manhattan, un ex Etat souverain

u thantAu milieu de l’East River, à la hauteur de la 42e Rue, on aperçoit un îlot couvert de broussailles où se dresse une tour de navigation en métal. Moins d’un demihectare de superficie, U Thant est la plus petite île de Manhattan, mais son histoire est étonnante. Il ne s’agissait d’abord que d’un affleurement de granit nommé Man o’ War Reef (« l’écueil des navires de guerre »). Une aventure éminemment new-yorkaise s’y déroula : dans les années 1930, des adolescents qui tentaient de traverser le détroit à la nage furent contraints par le courant à se réfugier sur cet écueil, que la marée menaçait de submerger. Dans une tour, un dramaturge observait leur mésaventure avec des jumelles : il appela les autorités, et les jeunes garçons, qui avaient déjà de l’eau jusqu’aux genoux, furent sauvés. Quand on creusa le premier tunnel Manhattan-Queens sous le détroit pour y faire circuler un tram jusqu’à la société Steinway & Sons, on entassa la roche extraite de Manhattan sur l’écueil, le transformant ainsi en un îlot permanent, et l’on y enfonça une canalisation de 30 mètres afin de relier le tunnel aux deux rives. En empruntant ce tunnel sur la ligne 7, on passe ainsi juste au-dessous d’U Thant Island. Une fois la canalisation bouchée, on oublia l’îlot et les cormorans y firent leurs nids. En 1977, une délégation des Nations unies, baptisée Peace Meditation, loua l’îlot à la Ville, y planta des arbustes et lui attribua le nom de l’ex-secrétaire général birman. Pendant des années, les employés de cette délégation étaient les seuls autorisés à y mettre les pieds. U Thant est à présent interdit à tout le monde. Si ce n’est que, pendant l’été de 2004, lors de l’élection du président du Parti républicain, Duke Riley, un artiste new-yorkais, rejoignit l’îlot à la rame avant le lever du soleil. Il y hissa une bannière où figurait son emblème personnel – des anguilles électriques – et revendiqua la souveraineté de l’île. « Je suis attiré par ces environnements naturels, déclara Riley à propos des îles de New York. Dans une des villes les plus développées du monde, il est bon que des îlots secrets aient été préservés. » Lorsque les gardes-côtes expulsèrent l’artiste, ils ne remarquèrent pas son drapeau, qui flotta au-dessus de la tour de navigation pendant plusieurs jours. Comment entendait-il nommer sa minuscule nation ? « En fait, répond-il en riant, je crois que mon concept n’allait pas jusque-là. » 

  • Infos pratiques :
  • East River à la hauteur de la 42e Rue

 

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Crédits photos :
T.M. Rives


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