New York insolite : Uptown



Une balade culturelle à travers New York en compagnie des guides Jonglez, à la découverte de sites méconnus de Big Apple...
Plusieurs étapes nous mènent dans et autours de Central Park, dans Uptown à Manhattan :

 

33 ouest 63e rue

Un immeuble laissé-pour-compte”

immeubleDans l’Upper West Side, au bout d’un canyon de tours résidentielles en verre et en brique, un petit bâtiment se distingue. Le n° 33 de la 63e Rue (Ouest) est un édifice de cinq étages, bordé de pierres inégales, avec une façade où zigzague un escalier de secours métallique. C’est ce qu’on appelait autrefois un tenement. Il faisait partie d’une rangée d’immeubles mitoyens : de chaque côté, les murs sans fenêtres témoignent de la démolition de bâtiments adjacents ; mais ce n’était là qu’une rangée parmi tant d’autres qui surgirent dans ce quartier à la fin du XIXeme siècle et se multiplièrent avec l’arrivée du premier métro en 1904.
Comment le n° 33 a-t-il pu s’isoler ainsi ? Par dépit, Jehiel R. Elyachar, le propriétaire – « un gnome tout voûté et tout maigrichon », comme le décrivit un ancien locataire –, s’était tellement enrichi dans l’immobilier et la construction – plus de 100 millions de dollars, selon certains –, qu’il s’adonnait au sport préféré des nantis grincheux : l’avarice. Il eut beau faire des dons généreux à diverses causes juives américaines et israéliennes (dont des écoles et des résidences pour les personnes âgées) avant de mourir en 1989, c’était le genre d’homme à être poursuivi en justice par ses propres enfants. Quand le promoteur Paul Milstein commença à acheter les propriétés au coin de Broadway et de la 63e Rue pour construire une tour d’appartements, Elyachar accepta d’abord un premier prix, puis fit une série de contre-propositions si indécentes que Milstein comprit peu à peu qu’il allait non seulement faire fiasco, mais se faire escroquer. Il finit par baisser les bras et bâtit sa tour en forme de L pour contourner l’édifice et le laisser où il était. Et où il est resté. 

  • Infos pratiques :
  • Accès : Lignes 1 et 2 / 66e Rue-Lincoln Center ; Lignes 1, A, C, B, et D / 59e Rue - Colombus Circle

San Juan Hill : un quartier entier effacé de la carte
Entre la 65e et la 59e Rues, à l’Est d’Amsterdam avenue, l’Upper West Side était autrefois occupé par une des communautés afro-américaines les plus importantes de New-York.
Dans le rapport d’une association de logement de 1940, ce quartier nommé San Juan Hill, était considéré comme le plus insalubre de la ville. Il fallu reloger 1500 familles quand les tenements furent démolis pour construire le Lincoln Center, mais on retarda la démolition pour tourner certaines scènes de rue de West Side Story.

Squadron à Armory

Le château de Madison Avenue

châteauLe promeneur qui visite pour la première fois l’Upper East Side sera sans doute heureux de découvrir, sur Madison Avenue, un édifice qui a tout l’air d’un château médiéval. Deux tours de brique rouge dominent la rue, avec tourelles, meurtrières et créneaux. Aujourd’hui, cette forteresse est occupée par une école : regardez par le portail où vous situeriez le pont-levis et vous verrez un terrain de jeux où des enfants s’amusent bruyamment.
C’était autrefois le siège de Squadron A (« l’escadron A »), les « Hussards new-yorkais », un club réservé à l’élite, qui organisait des exercices militaires dans la cour intérieure. L’édifice remonte à 1894 ; l’escadron, dont la raison sociale était à l’origine purement sportive et d’apparat, devint une unité de la Garde nationale de l’État de New York en 1889 et participa à la Guerre hispano-américaine et aux deux Guerres mondiales. Au mur, une plaque de bronze arbore sa devise : BOUTEZ EN AVANT.
On a qualifié le style de ce château de « féodal normand », mais il pourrait aussi bien s'agir de Camelot. Périodiquement, on y voit du lierre grimper sur les contours des murs comme si un décorateur méticuleux l’arrangeait à dessein. Si l’on apprécie l’incongruité d’un château médiéval à la fenêtre d’un taxi new-yorkais, on l’appréciera d’autant plus quand on saura que les tourelles, les tours et le reste ont failli être démolis. Quand le Squadron A Armory fut transformé en école, on envisagea de remplacer les tours par des constructions postmodernes de 16 étages. Mais la Ville, encore sous le choc de la destruction de la Penn Station, classa l’édifice en 1966.

  • Infos pratiques :
  • Madison Avenue, entre les 94e et le 95e Rue
  • Seule la façade sur Madison Avenue est d’origine ; celle de Park Avenue est un ajout récent dans le même style.
  • Accès : Lignes 4 et 6 / 96e Rue

Aux alentours: le Centre culturel islamique
À trois blocs à l’est du Squadron A Armory se trouve un immeuble qui occupe l’impitoyable grille de Manhattan sans lui faire de concession. La plupart des mosquées new-yorkaises considèrent que La Mecque est simplement à l'« est ». Mais la grille urbaine est inclinée pour coïncider avec l’île. Les architectes du Centre culturel islamique de New York, au 1711 de la 3e Avenue, ont dissipé le moindre doute quant à la vraie direction de la première ville sainte de l’islam en orientant leur mosquée selon l’arc géodésique – la ligne la plus courte entre deux points sur une sphère – qui la relie à La Mecque. Ce qui paraît de travers sur la carte est islamiquement parfait.

Les blocs érratiques de l’ère glaciaire

Vagabonds géologiques à Central Park

central parkLe charme naturel de Central Park est d’autant plus troublant qu’il est en grande partie artificiel. Les arbres ont été plantés et sont soigneusement entretenus ; les collines ont été modelées ; le débit du ruisseau qui traverse la colline boisée du Ramble peut se régler comme un robinet. Mais c’est surtout près du substrat rocheux que le parc est impressionnant : des glaciers ont lentement raclé et poli la terre jusqu’au schiste – le squelette de Manhattan – avant de fondre, laissant de très vieilles cicatrices. Et de curieux rochers sont restés sur place, après avoir été soulevés par la glace, culbutés et transportés sur des kilomètres. Ce sont les « blocs erratiques de l’ère glaciaire ». 
Le terme « erratique » dérive du latin errare, « s’égarer ». Un coup d’œil suffit pour se rendre compte que ces blocs de l’ère glaciaire viennent de loin : ils n’ont rien à voir avec la roche sur laquelle ils reposent. On en aperçoit une rangée du côté sud de la Sheep Meadow : enfouis dans plusieurs couches de terre, la plupart n’ont probablement pas bougé depuis que la glace les a enfoncés là il y a des milliers d’années. Les plus escarpés se trouvent près des terrains de jeux de Heckscher, dont un mastodonte de 2,5 mètres de haut, perché sur le substrat rocheux, au sud du manège.
« Celui-ci, c’est du gneiss de Yonkers », assure le professeur Charles Merguerian, directeur du département de géologie de la Hofstra University, spécialiste du passé rocheux de Central Park. Les roches erratiques, explique-t-il, sont des instruments de précision : en comparant la composition des rochers à un lointain substrat rocheux, on peut déterminer où le glacier itinérant l’a arraché. « Sur la carte, mettez un point là où ils ont échoué et un autre à l’endroit d’où ils viennent. Reliez les points et vous obtenez la direction de la dérive du glacier. »
Les marques de l’érosion dans le substrat rocheux indiquent aussi l’itinéraire du glacier. Il y en a à peu près partout dans le parc et elles sont toutes, en gros, dans l’axe nord-sud. Là où les blocs erratiques reposent sur le substrat rocheux, on a une vision d’ensemble : déposition et érosion, les deux effets de la glaciation. Mr. Merguerian observe que certains de ces blocs ont pu se déplacer légèrement depuis que le parc existe, mais il est tentant d’imaginer l’instant où, il y a environ 12 000 ans, le rocher suspendu depuis une éternité s’enfonça soudain dans la dernière couche de glace fondue et heurta le sol avec un modeste pouf

  • Infos pratiques :
  • Central Park
  • Ces blocs se trouvent partout dans le parc. Celui de la photo est à 50 mètres au sud du manège (milieu du parc, à la hauteur de la 64e rue)
  • Ouvert du levé du soleil à 1 h du matin

 

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Crédits photos :
T.M. Rives


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