Paris méconnu : le nord de la capitale



Une balade culturelle à travers Paris en compagnie des guides Jonglez, à la découverte de sites méconnus de la capitale...
Poursuivons notre visite dans le nord de Paris, avec des étapes dans les 8e, 9e, 10e et 11e arrondissements, ainsi qu'un petit tour au sommet de la Butte Montmartre :

 

♦ 8e arrondissement

Chapelle expiatoire

En mémoire du roi

chapelle expiatoireSituée dans le charmant square Louis-XVI, au coin du boulevard Haussmann et de la rue d’Anjou, la chapelle expiatoire a été construite entre 1816 et 1826 en souvenir du roi Louis XVI. Après avoir été guillotiné place de la Concorde, celui-ci avait été transporté et inhumé ici même, dans ce qui était alors le cimetière de la Madeleine. Le site est étonnant par son calme au cœur de Paris et donne un éclairage intéressant et, pour certains, émouvant sur cette page de l’histoire de France.
Ouvert en 1721, le cimetière a notamment reçu les corps des 133 personnes qui furent écrasées et étouffées (triste présage…) rue Royale et place Royale (l’actuelle place de la Concorde) lors du feu d’artifice tiré le 30 avril 1770 pour le mariage du Dauphin, le futur roi Louis XVI, et de l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette. On y enterra aussi les 900 gardes suisses chargés de protéger la famille royale et massacrés lors de l’attaque des Tuileries le 20 août 1792 ainsi que les personnes décapitées entre le 26 août 1792 et le 24 mars 1794, date à laquelle le cimetière a été fermé à la suite des plaintes des voisins contre l’odeur pestilentielle qui s’en dégageait.
Guillotiné le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI, comme tous les décapités, fut enterré la tête entre les jambes et recouvert de chaux vive. Il eut en revanche droit à un cercueil ouvert et n’a pas été enterré dans une fosse commune, mais près du mur longeant la rue d’Anjou. Le corps de la reine Marie-Antoinette y fut également enterré le 25 octobre 1793.
À la Restauration, le roi Louis XVIII a fait rechercher les dépouilles de son frère, le roi Louis XVI, et de la reine, qu’il a fait transférer à la nécropole royale de Saint-Denis le 21 janvier 1815. Sur ses deniers personnels, il a racheté les terrains vendus entre-temps à des particuliers comme biens nationaux pour y faire édifier l’actuelle chapelle commémorative
Construit dans le style d’une nécropole gréco-romaine, le bâtiment recouvre parfaitement la surface de l’ancien cimetière de la Madeleine (900 m2). La cour d’accès à la chapelle est bordée au nord et au sud de portiques comportant chacun neuf arcades et neuf tombaux vides, en mémoire des 900 gardes suisses. Dans la crypte, l’autel, en forme de tombeau, est situé à l’emplacement exact de l’endroit où a été trouvé le corps de Louis XVI.
Le 21 janvier de chaque année, une messe commémorative y est célébré.

  • Infos pratiques :
  • Square Louis XVI
  • Métro Saint-Augustin
  • Tel : 01 44 54 19 30 pour visites en conférences
  • Ouvert les jeudi, vendredi et samedi de 13 h à 17 h. Visites guidées à 13 h 30 et 15 h 30
  • Plein tarif : 5 € ; tarif réduit : 3,5 €

Traces du régime monarchique dans la toponymie parisienne
Si la France est aujourd’hui une République, fière de ses acquis, sa capitale a conservé de nombreuses traces de son passé royaliste, notamment dans les noms de ses rues ou de ses boulevards, sans compter les innombrables statues, bustes ou monogrammes royaux sur les façades de ses édifices. Ainsi, Clovis a gardé une rue à son nom, près du lieu où il choisit d’être enterré, Charlemagne possède une ruelle et un lycée, Henri IV a hérité d’un boulevard, d’un quai, d’une passerelle, d’un port et d’un lycée et Louis-Phillipe d’un pont. La référence à Louis XIII est plus indirecte : la rue Dauphine honore son état de Dauphin qu’il était encore en 1607, tout comme la rue Louis-le-Grand et le lycée du même nom font référence à Louis XIV.
La rue François 1er, quant à elle, n’est pas dédiée directement au roi mais est le résultat du remontage d’une façade dite de style François 1er.
Les femmes ne sont pas oubliées : le Cours-la-Reine doit sont nom à Marie de Médicis qui l’a fait planter, la rue Sainte-Anne évoque Anne d’Autriche et la rue Thérèse, la reine Marie-Thérèse.
Enfin, les rues de Berry, de Provence, Monsieur, Madame, Mademoiselle, d’Artois et Monsieur-le-Prince ainsi que les rues Mazarin, Richelieu et Colbert évoquent, sinon des souverains, des membres des familles royales ou des ministres.
Même Louis XVI a le droit à un hommage : outre la chapelle expiatoire, les rues Tronchet et de Sèze et le boulevard Malesherbes, tous proches de la chapelle, doivent leurs noms aux trois défenseurs de Louis XVI lors de son procès. Enfin, si la place a depuis été renommée place de la Concorde, une plaque en pierre « Place Louis-XVI » subsiste encore à l’angle de la place de la Concorde et de la rue Boissu-d’Anglas.

 


♦ 9e arrondissement

Bibliothèque Chaptal

Un bijou méconnu

bibliotheque chaptalSituée dans un ancien hôtel particulier construit en 1780 où se trouvait auparavant l’École de prévention et de lutte contre l’incendie, la bibliothèque Chaptal possède une superbe salle de lecture méconnue et aménagée dans l’ancien salon d’apparat qui a conservé ses peintures murales, ses boiseries, sa cheminée ainsi que sa verrière.

Aux alentours : le Musée de la vie romantique
Toit à l’italienne typique de la Restauration, treille, glycine, cour pavée, allée bordée d’arbres, serres, fontaine, tout porte au romantisme…

Propriété du peintre Ary Scheffer et de son neveu l’écrivain Ernest Renan, l’hôtel particulier du 16, rue Chaptal fut en son temps un véritable cénacle romantique, foyer d’inspiration pour des figures emblématiques du romantisme parisien telles que Lamartine, Chopin, George Sand et Delacroix. Ceux-ci se réunissaient dans l'un des deux ateliers construits par Ary Scheffer, de part et d’autre de la cour pavée. Aujourd’hui, la propriété de la ville de Paris, le lieu caché au fond d une petite impasse, a été reconverti en musée de la Vie Romantique. Dans le pavillon principal sont rassemblés des souvenirs du quotidien de l’écrivain George Sand ainsi que des toiles d’Ary Scheffer et de ses contemporains, tandis que de l’autre côté de la cour, l’atelier salon du peintre a été reconstitué.
A la belle saison, de mai à octobre, un salon de thé idyllique s’installe dans la serre et en terrasse.

  • Infos pratiques :
  • 16, rue Chaptal
  • Métro Blanche ou Trinité
  • Tel : 01 55 31 95 67
  • Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, fermé le lundi et les jours fériés
  • Gratuité des expositions permanentes, expositions temporaires, plein tarif 5,5 € / tarif réduit 3,5 € / gratuit pour les moins de 14 ans

 


♦ 10e arrondissement

Bourse du travail

Un joyau caché du XIXe siècle

bourse du travailConstruite de 1888 à 1896 par Joseph- Antoine Bouvard (1840-1920), alors architecte de la Ville de Paris, la Bourse du travail cache derrière son imposante façade de cinq étages une superbe salle d’époque où l’on remarque notamment les symboles de différents métiers (doreurs, sculpteurs, épiciers, menuisiers, imprimeurs, boulangers, charcutiers, peintres, luthiers, orfèvres etc.) ainsi qu’une très jolie verrière à structure métallique. Le terrain avait été occupé auparavant par un immeuble construit en 1775 qui avait hébergé successivement des particuliers, puis la mairie du Ve, puis le Grand Café parisien jusqu’en 1880, et qui enfin offre un panorama dans une vaste rotonde de 120 mètres de circonférence et 17 mètres de haut. 

Qu’est-ce qu’une bourse de travail ?
Une bourse du travail était à l’origine un bureau géré par les syndicats où l’on trouvait du travail aux ouvriers, selon le projet de l’économiste belge Gustave de Molinari. L’agitation ouvrière qui y régnait a finalement découragé employeurs et salariés d’y venir et la fonction de bureau de placement pour ouvriers a peu à peu disparu. Depuis, les bourses du travail sont devenues un lieu où se réunissent les différents syndicats, qui y organisent réunions, permanences d’accueil syndical, services d’entraide, etc... ainsi que parfois des collectifs ou associations luttant dans des domaines sociaux. 

  • Infos pratiques : 
  • 3, rue du Château-d’Eau Métro République
  • Ouvert du lundi au vendredi de 8 h à 22 h 45, le samedi de 8 h à 18 h 
  • Visite possible sur simple demande à l’accueil

Aux alentours : la plus petite maison de Paris
bibliotheque chaptal39, rue du Château-d’Eau La maison du 39, rue du Château d’Eau est la plus petite maison de Paris : 1,10 m de large et 5 m de haut. Son origine serai t due à une querelle sur la propriété du passage entre la rue du Château-d’Eau et la rue du Faubourg-Saint-Martin : pour résoudre le différend, on aurait bouché le passage en créant cette maison. 

 


♦ 11e arrondissement

Jardin du Docteur-Belhomme

Caché par quelques immeubles de haute taille, ce jardin est un agréable espace vert méconnu qui ouvre sur trois jolis pavillons. Ces bâtiments sont les dernières traces de ce que fut la pension Belhomme : une maison de santé fondée en 1769 par l’ancien miroitier Jacques Belhomme (1737- 1824) pour soigner les aliénés. À la Révolution, et alors que 37 fous étaient encore internés dans la pension, Belhomme proposa de loger contre paiement les détenus des prisons de la Terreur qui avaient suffisamment d’argent pour payer ce moyen discret et pratique d’échapper à l’échafaud. Profitant probablement de la protection de l’accusateur public du Tribunal révolutionnaire Fouquier-Tinville (même si aucune preuve n’a été retrouvée), Belhomme accueillit ainsi dans sa pension des personnages comme la duchesse d’Orléans, veuve de Philippe-Égalité, Portalis, qui fut l’un des rédacteurs du code civil, ou encore le député Rouzet qui s’éprit d’ailleurs de la duchesse d’Orléans. Dénoncé finalement par deux malades réels qui, faute de paiement, avaient été laissés sans nourriture, il fut arrêté et incarcéré le 28 janvier 1794 mais échappa à la mort et revint gérer la pension en 1798. Les riches pensionnaires avaient eux quitté la pension le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), à la chute de Robespierre.

  • Infos pratiques :
  • 159, rue de Charonne

jardin docteur belhomme

Aux alentours : Rue des immeubles-industriels
Inspirées du phalanstère de Fourier, conçues par l’architecte Leménil à l’initiative de l’industriel Jean-François Cail et édifiées en un an entre 1872 et 1873, les dix-neuf maisons qui composent la rue des Immeubles-Industriels proposaient à l’époque un concept révolutionnaire aux ouvriers à qui elles étaient destinées.

En un même bâtiment, elles réunissaient des ateliers (aux entresols et premiers niveaux) et des logements familiaux (aux étages supérieurs), le tout construit dans un grand souci de modernité et de confort. Une machine à vapeur de 200 CV fournissait ainsi aux artisans (essentiellement affectés aux métiers du bois) l’énergie nécessaire à leurs ateliers. Ce concept, resté malheureusement unique en son genre dans la capitale, connut un véritable succès et réunit à la fin du XIXe siècle près de 2 000 habitants.
On peut encore admirer aujourd’hui, dans une répétition plus élégante que monotone, les 19 façades des immeubles, agrémentées de colonnes de fonte peintes et ouvragées ainsi que de belles fenêtres à arcades aux premiers étages. L’ensemble reçut la médaille d’or de l’Exposition universelle de 1878.

  • Infos pratiques :
  • Métro Nation

 


♦ 18e arrondissement

Le calvaire de Montmartre

L’un des lieux les plus secrets de Paris

calvaire montmartreÉdifié en 1833 par l’abbé Ottin, le calvaire de Montmartre est un chemin de croix conçu pour commémorer la Passion du Christ. C’est l’un des lieux les plus secrets et singuliers de la capitale. Il comporte neuf stations ainsi qu’un rocher aménagé en grotte artificielle qui devait rappeler le Saint-Sépulcre (lieu de la mort et de la résurrection de Jésus). Malgré les indulgences qui y furent attachées par le pape, le calvaire n’attira pas les pèlerinages comme l’escomptait l’abbé qui dut abandonner ses fonctions. La construction du Sacré-Cœur amputa également une partie du terrain et deux stations du chemin de croix furent déplacées.  

  • Infos pratiques :
  • 2, rue Mont-cenis 
  • Ouvert le jour de la fête de la paroisse en juin
  • Tel : 01 46 06 57 63

Aux alentours : le cimetière du calvaire
Accolé à l’église Saint Pierre de Montmartre, le cimetière du Calvaire est le cimetière le plus singulier de la capitale : il n’est ouvert qu’un seul jour par an, à la Toussaint. Le cimetière doit son nom au fait qu’il jouxte un calvaire érigé en 1833 autour de l’église Saint-Pierre de Montmartre dont il fut le cimetière paroissial. Il a été conçu en 1801 en remplacement d’un premier cimetière aménagé en 1688 et détruit à la Révolution (si l’on considère que la date de création d’un cimetière correspond à l’existence des premières sépultures privées et non à l’existence éventuelle d’une fosse commune). Antérieur de trois ans au Père Lachaise, il n’ est pas le plus ancien des cimetières parisiens contrairement ce que beaucoup croient, le cimetière Juif portugais du XIXeme arrondissement datant de 1780. Fermé en 1823 puis définitivement en 1831 (malgré la première fermeture, quelques inhumations eurent lieu en 1828, 1830 et 1831…) à la suite de la création du cimetière Saint-Vincent par la commune de Montmartre, le cimetière de Calvaire compte 85 tombes très simple traitant de façon égale devant la mort les familles aristocratiques de l’actuel IXeme arrondissement (Bas Montmartre) et les familles humbles de Haut-Montmartre. Parmi les célébrités, on trouvera le navigateur Bougainville. Malgré une légende tenace, d’Artagnan n’a pas été enterré au cimetière de Calvaire. La sépulture de Pigalle, disparue à la Révolution n’y est pas non plus, 

  • Infos pratiques :
  • 2, rue Mont-Cenis
  • Métro Abbesses
  • Ouvert au public à la Toussaint (1er novembre ) ainsi qu’ au journées du Patrimoine et des Jardins
  • S’adresser à la conservation du cimetière Montmartre (01 53 42 36 30).

Les colonnes du temple de mercure
Dans l’église Saint-Pierre de Montmartre (2, rue du Mont-Cenis), quatre colonnes de marbre proviendraient du temps de Mercure qui s’élevait ici même il y a presque 2000 ans. 

 

>> Paris méconnu : sur la Rive Gauche
>> Sommaire

Crédits photos :
Chapelle expiatoire, calvaire de Montmartre : Jacques Garance
Bibliotheque Chaptal : Marion Barat
Bourse du travail, Jardin du Docteur Belhomme : Alexandre Thery



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