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Daté du premier siècle après JC, le théâtre de Pétra pouvait acceuillir jusqu'à 3000 spectateurs! Longtemps resté enfoui sous le sable, il est actuellement en assez mauvais état. Composé pour moitié de roches taillées et de l'autre de maçonnerie, le batîment a moins bien résisté au temps que d'autres, plus anciens, taillés à même la roche. Il ne reste que quelques fragments du frontons de ce théâtre colossal. Cependant, par ses proportions, on peut se rendre compte de ce qu'il pouvait être 20 siècles auparavant. Ses très nombreux gradins témoignent d'un fort peuplement, ainsi que de l'importance de ce lieu de culture pour les Nabatéens. Malgré l'idée reçue, ce n'est pas une oeuvre romaine, mais bien une construction nabatéenne, érigée bien avant l'annexion de la région par les romains, en 106 après JC.
Au cœur de la vallée encaissée de Pétra, cité mythique des Nabatéens, entre le Tombeau des Obélisques et les grandes façades funéraires de la rue des Tombeaux, se dresse un édifice souvent méconnu mais d’une importance majeure dans le paysage urbain antique : le théâtre de Pétra. Daté du premier siècle après J.-C., il constitue un témoignage rare de l’adoption des formes culturelles méditerranéennes par les Nabatéens, avant même l’annexion de leur royaume par Rome. Avec ses près de 3000 places, ce théâtre était non seulement un lieu de divertissement, mais aussi un marqueur du pouvoir politique et de l’identité urbaine de Pétra à son apogée.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce théâtre n’est pas une construction romaine. Il a été conçu et édifié par les Nabatéens, vers l’an 0, bien avant la conquête de Pétra par les Romains en 106 apr. J.-C.. L’erreur est fréquente car le plan général évoque les amphithéâtres classiques du monde romain : gradins semi-circulaires, orchestras, couloirs radiaux, mais les techniques employées et certains détails architecturaux, comme l’usage mixte du creusement dans la roche et de maçonnerie, relèvent d’une tradition locale. Ce théâtre illustre la capacité des Nabatéens à intégrer des formes architecturales extérieures tout en y adaptant leur style et leur savoir-faire.
L’un des éléments les plus frappants du théâtre est sa structure hybride. Contrairement à d'autres monuments de Pétra entièrement sculptés dans la falaise, le théâtre combine une moitié taillée directement dans la roche rouge du Djebel, et une moitié construite en blocs de grès soigneusement appareillés. Cette technique, audacieuse, permettait de tirer parti du relief naturel tout en agrandissant la capacité de l’édifice. Les gradins supérieurs, aujourd’hui partiellement effondrés, montrent encore l’ampleur de l’installation, divisée en trois sections appelées diazomata, accessibles par des escaliers en éventail. L’orchestra, espace central destiné aux performances musicales et dramatiques, est encore visible, bien qu’en partie ensablée.
Longtemps oublié sous les sables et les éboulis, le théâtre est resté plusieurs siècles enfoui, ce qui a à la fois limité son érosion mais rendu sa lecture architecturale plus complexe. Les frontons du bâtiment scénique ont disparu ou sont réduits à de rares fragments de colonnes, et les gradins inférieurs, plus exposés, ont subi les assauts du temps. Toutefois, la forme générale reste lisible, et le simple fait de s’y asseoir aujourd’hui, face à l’acoustique naturelle des falaises rosées, suffit à faire revivre le souffle d’un passé prestigieux. Le lieu est rarement bondé, ce qui permet une expérience de visite intime et méditative, où l’on peut imaginer les scènes jouées, les foules rassemblées, les discours prononcés dans cette enceinte publique.
La capacité du théâtre (environ 3000 places) surprend pour une cité nichée dans les montagnes. Elle témoigne de la densité de population de Pétra au début de notre ère, mais aussi de l’importance symbolique de la culture dans la société nabatéenne. L’existence d’un tel édifice prouve que la cité n’était pas seulement un carrefour caravanier ou un centre funéraire, mais bien une ville vivante, cultivée, dotée d’élites artistiques et politiques. Le théâtre servait probablement aussi à des cérémonies civiques, des discours officiels, des rituels publics, et non uniquement à des représentations théâtrales.
Le théâtre est facilement accessible depuis l’entrée principale du site de Pétra, à environ 30 minutes de marche du Trésor (Al-Khazneh). On y accède par le sentier de la rue à colonnades, puis un léger détour vers la droite, avant d’atteindre les grandes tombes royales. Il est conseillé de le visiter en matinée ou en fin d’après-midi, lorsque les jeux d’ombre sur la roche lui rendent ses volumes. Montez sur les gradins supérieurs pour bénéficier d’une vue spectaculaire sur le théâtre et les falaises avoisinantes. En saison calme, il est fréquent de trouver le site quasi désert, offrant une rare occasion de contempler le lieu dans un silence total, propice à l’évocation du passé.
Le théâtre de Pétra ne brille pas par la flamboyance de ses ornements, aujourd’hui disparus, mais par la force de sa présence sculptée dans la montagne, par son inscription dans le paysage, et par le silence habité qu’il dégage. Il est à l’image de Pétra elle-même : mystérieux, monumental, en partie effacé mais toujours lisible, fragment d’une civilisation qui maîtrisait aussi bien la pierre que l’art de l’échange. S’y asseoir aujourd’hui, face à l’espace vide de la scène, c’est se confronter à la pérennité du geste artistique, dans l’un des plus beaux théâtres oubliés du Proche-Orient.
Ce lieu se trouve dans le guide Petra .Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur ayant visité des centaines de destinations, et fondateur de Cityzeum. Update page : avril 2025