«La vierge au rocher » de Leonard de Vinci

15 chefs-d'oeuvre de la nationale gallery

«La vierge au rocher » de Leonard de Vinci

Maintenant, nous allons revenir un peu en arrière dans le temps et retourner en Italie.
Nous allons découvrir 2 œuvres majeures de la peinture du 16e siècle, 2 œuvres de Leonard de Vinci : « la Vierge au rocher » et le carton pour « st Anne la Vierge et l'enfant ».
De la salle 4 où nous sommes, passons dans la salle 2 à gauche quand on regarde les ambassadeurs.
Commençons par « la vierge au rocher ».
Ce tableau est aujourd’hui mondialement connu grâce au livre de Dan Brown, le « da Vinci code ». Il existe 2 versions de cette œuvre: une au Louvre et celle-ci, qui passe pour être postérieure à celle du Louvre.
Ce grand tableau très sombre a été commandé à Leonard de Vinci alors qu’il était à Milan par les franciscains pour l'église San Francesco Grande.
On ne sait pas exactement ce qu’il s’est passé entre les commanditaires et le peintre, mais apparemment l’œuvre n’a pas satisfait puisque Léonard a dû en fournir une autre. Et du coup, il existe 2 versions d’une même œuvre. Celle-ci date de 1503 environ. L’histoire racontée par le tableau est simple: au moment de la fuite en Égypte, le petit Jean- Baptiste est lui aussi concerné par l'ordre d’Hérode qui était de tuer tous les garçons bébés. Ayant perdu ses parents, il est placé par Dieu sous la protection d’Uriel, un archange. Il trouve refuge dans une grotte où il retrouve Marie et son fils. Uriel demande alors à la Vierge de prendre l’enfant –le petit Jean Baptiste- sous sa protection. C’est ce moment précis que Léonard a choisi d’illustrer.
Effectivement, nous voyons que le lieu où se déroule l’action est une grotte. Les grands rochers sombres forment un abri pour le groupe de personnages. On aperçoit un bout de ciel bleu et un paysage derrière la Vierge, un peu à gauche; C’est une façon pour le peintre de donner plus de profondeur à l’œuvre en multipliant les arrières plans.
Regardons maintenant comment est composée l’œuvre. Alors, que voyons-nous ?
Marie est assise par terre entourée des 2 enfants et d’un ange. Elle a le bras droit passé autour des épaules de Jean Baptiste. Par son geste protecteur, on peut déduire qu’elle accepte les propositions de l’ange et prend l'enfant sous sa protection. L’enfant –lui- a reconnu Jésus et est déjà en prière devant lui. Avec sa croix au dessus de son bâton, il montre qu’il a compris ce que serait le destin du christ. Jésus, à droite du tableau, bénit son cousin et donc accepte sa prière et donc se reconnaît déjà comme fils de dieu. Cela dit, ce n’est pas lui le personnage important de l’œuvre.
C’est la Vierge qui marque le centre de l’œuvre. Et on s’en aperçoit de plusieurs manières.

1re façon simple : souvenons-nous que les commanditaires de l’œuvre sont les moines Franciscains. Ils sont protégés dans le monastère comme la Sainte Famille et Saint-Jean Baptiste le sont dans la grotte. D’ailleurs, remarquez que les visages des personnages adultes sont traités tous les deux un peu de la même façon et qu'ils ont un air de ressemblance? Regardez ces traits menus, ces nez fins et ces bouches petites ? Une douceur infinie s'en dégage, qui imprègne la grotte d'une sérénité que le paysage déchiqueté nie complètement. Cette opposition entre l'intérieur de la grotte et l'extérieur est là encore une image du monastère protecteur.
Mais surtout, la plus grande protection vient de la vierge elle-même et, eux aussi, les franciscains, comme saint jean baptiste, se placent sous la protection de la vierge.
La 2e façon de montrer que la vierge est au centre est de regarder les attitudes des personnages : St Jean rend grâce à Jésus, Jésus bénit St jean Baptiste, l’ange commence déjà, sa mission accomplie, à se fondre dans le paysage et d’une certaine manière à partir. Et il reste Marie qui trône au milieu, qui couvre les deux enfants d’un geste protecteur. Le geste de protection de la Vierge n'est pas un geste inventé par Léonard. Dans l'iconographie chrétienne du Moyen Age et même dans celle du 15ème, nous trouvons des Vierges qui abritent sous leur manteau tous ceux qui réclament sa protection. Ces Vierges protectrices sont appelées Vierge de Miséricorde. La main qu'elle tend au-dessus de la tête de son fils accentue encore cette notion de protection.
La 3e façon est d’analyser la composition presque géométrique de l’œuvre.
Traçons un trait qui part du pied du petit Saint-Jean Baptiste et qui monte jusqu’à la tête de Marie. Puis un autre qui part de la tête de Marie, qui passe sur le sommet de la tête de l’ange et qui descend jusqu’au bas de ses ailes. Et enfin, un trait horizontal qui passe sous les pieds de Jésus. Et bien, nous venons de dessiner une pyramide qui encadre la scène. Et dans ce schéma, la vierge en est à la fois le centre et le sommet. Retenons ce schéma très novateur de Léonard, car il sera très souvent réutilisé par de nombreux peintres.
Nous voyons aussi dans cette œuvre la manière dont Leonard traite ses paysages et utilise sa technique toute récente du « sfumato » qui sera désormais sa « signature ».
C'est une seconde innovation majeure du peintre qui va aussi devenir un modèle à suivre en peinture. Alors de quoi s’agit-il ?
Et bien, c’est cette façon de dissoudre les lignes des lointains dans une lumière bleutée qui diminue la précision graphique des lignes. Cela leur donne un air un peu flou qui augmente l'impression d'éloignement. D’ailleurs, regardons bien les pourtours des visages. On constate cette même façon de procéder et, du coup, les contours semblent adoucis par cette imprécision. En même temps, cette perméabilité entre les masses colorées permet à Leonard de pratiquer des passages en douceur entre les plages de couleurs différentes ou entre les zones d’ombre et de lumière.

Certains voient dans cette œuvre la main du peintre Ambrogio de Predis, auteur des deux autres volets du retable; C’est très possible dans la mesure où Léonard avait beaucoup de mal à terminer ses commandes. Dès qu’il avait compris et trouvé ce qu’il cherchait, il passait à autre chose. Et réaliser 2 fois intégralement la même œuvre devait lui paraître mortel. Mais il avait un atelier et des aides qui pouvaient travailler pour lui et reproduire une partie de ses motifs presque à l'identique. La copie du maître était en ce temps la une preuve d'excellence à l'intérieur des ateliers; chacun s'y exerçait de son mieux.


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