« Le portrait de Charles 1er à cheval » de Van Dick

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« Le portrait de Charles 1er à cheval » de Van Dick

Dirigeons-nous maintenant tout à côté salle 31, dont l'entrée est du coté de la Venus de Vélasquez pour aller voir le «Portrait de Charles 1er par Van Dick ».
Cette salle est consacrée à un peintre dont l’Angleterre s’enorgueillit bien qu’il ne soit pas Anglais. C’est Anton Van Dick.
Cet artiste est hollandais du début du 17e siècle. C’est un contemporain de Vélasquez. Tous 2 sont peintres de cour et portraitistes chargés de mettre en scène, et à leur avantage bien sûr, leurs royaux commanditaires. Nous allons en avoir un bel exemple ici.
Dès son arrivée à Londres en 1632, Van Dick, dont la réputation n’était plus à faire, connut tous les succès. Son titre de peintre officiel de la cour lui valut les commandes de très nombreux nobles. Nous pouvons en voir tout autour de nous. Son œuvre fut immense et il donna à l’Angleterre le modèle du portait qui sera repris un peu plus tard, au 18e, par des peintres anglais cette fois-ci comme Gainsborough ou Reynolds.
L’œuvre que nous allons voir représente le roi Charles 1er à cheval.
C’est un portrait de prestige, monumental puisqu’il mesure approximativement 3.60m x 3m. Cette grande taille lui confère d’emblée un rôle de portrait officiel. Effectivement, ce portrait avait été commandé au peintre par le roi lui-même en 1638 pour le palais de Whitehall. C’est une période où il commence à avoir de sérieux ennuis à l’intérieur du royaume, notamment avec Cromwell. Il faut qu’il paraisse tout à sa gloire et puissant pour impressionner ses adversaires et rassurer ses partisans. Depuis l'antiquité, que ce soit en statue, sur une fresque ou un tableau, rois et princes en tenue de guerre se sont le plus souvent fait représenter à cheval.
L’artiste nous présente le roi en armure, comme s’il était à la tête de son armée. Regardez. Il tient dans sa main droite le bâton de commandement. Voyez sa main gauche : il tient fermement les rênes. Il porte une grande épée de parade sur le flanc gauche. Les pieds dans des étriers richement décorés, il se tient droit. C’est un chef ; il est sûr de lui et contrôle sa monture.
Maintenant, regardons l’animal.
Le cheval qui porte un tel maître est à la hauteur de son cavalier. Il est magnifique dans sa robe brun clair. Remarquons sa crinière abondante qui retombe en boucles sur sa droite. Elle permet de faire ressortir le poitrail puissant de l’animal. Et la lumière aussi renforce cette impression. Remarquons comment cette lumière diffuse frappe le cavalier et sa monture sans violence, faisant à peine reluire le métal poli de l’armure et soulignant surtout la musculature puissante du cheval. Regardez comme tous les muscles du poitrail semblent être à fleur de peau.
Voyons sa jambe avant gauche maintenant. Elle est levée comme dans un pas de parade.
Bien entendu, le message derrière cette apparence est que le roi est puissant –c’est symbolisé par le poitrail puissant de la bête- , qu’il contrôle cette puissance -c’est symbolisé par les rênes tenues fermement et par la bonne attitude du roi dans les étriers-, et que cette puissance ne demande qu’à être libérée –c’est symbolisé par le pas levé du cheval-.
L’animal et son cavalier ont l’air d’être tous les 2 parfaitement conscients d’être en représentation. Ils occupent tellement l’espace du tableau par leur prestance qu’on ne remarque qu’à grand-peine le valet qui sur le côté droit du tableau, tient le casque du roi. Et même l’arbre, sous lequel se trouve le groupe, participe aussi à cette vision sereine et triomphale du souverain puisqu’il semble faire comme un dais au-dessus du cavalier.
L’artiste traite avec la même précision et le même sens du détail le roi et le cheval. L’un et l’autre sont liés par la même volonté de paraître. Ils sont chacun le faire-valoir de l’autre. Ils ne semblent faire qu’un.
Ce portrait à cheval restera longtemps un modèle de portrait de cour.
Le peintre a su donner à son roi une allure calme et souriante. Regardez son visage et son expression. Dans ce visage à la barbiche en pointe, rien ne laisse deviner l’orage qui se prépare dans le royaume. Et pourtant, la guerre civile est proche. Elle ne se terminera qu’avec l’exécution de Charles 1er en 1649. Mais Van Dick -lui- ne le sait pas et ne vivra pas assez longtemps pour en avoir une idée. Car il mourra 3 ans après la réalisation de cette œuvre de prestige.


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