« Portrait de Mr&Mme Andrew» de Gainsborough

15 chefs-d'oeuvre de la nationale gallery

« Portrait de Mr&Mme Andrew» de Gainsborough

Et maintenant, nous irons voir, salle 35, « le double portrait de Mr et Mme Andrew » peint par Gainsborough, un des plus célèbres portraitistes anglais du 18e.
De la salle 32, nous passons maintenant à la salle 37 en utilisant le passage sur la droite quand on vient de la salle 30.
Nous traversons la salle 37 pour arrivez salle 36 où nous prenons, à gauche, la direction de la salle 35 où se trouve le grand portrait.
Cette salle est consacrée aux grandes œuvres de la peinture anglaise. Parmi elles se trouve le double portrait de Mr et Mme Andrew par Gainsborough.
Quelques mots sur Gainsborough : Il est né dans le Suffolk, une région très agricole en 1727.Une grande partie de son œuvre sera inspirée par les paysages dans lesquels il a vécu. Ces premières commandes importantes lui sont données par la Gentry de ce comté. Le tableau dont nous allons parler fait partie de cette catégorie.
Le tableau se remarque tout de suite par la disposition inhabituelle du sujet, ici du couple, dans la partie gauche de l’œuvre et par les teintes claires, un peu acides que l’artiste utilise.
Mr et Mme Andrew viennent de se marier et vivent à la campagne prés d’un petit village qu’on devine dans le lointain au milieu du tableau. Ils posent dans leur propriété. On la voit à gauche sur le bord du tableau à la hauteur du poignet de Mr Andrew. Ce sont de riches propriétaires terriens. C’est une scène tout ce qu’il y a de plus champêtre à laquelle nous fait assister le peintre. Regardez à droite de Mme Andrew, on vient de moissonner les blés et les bottes n’ont pas encore été ramassées. Derrière un peu plus loin un troupeau de petits moutons blancs paisse tranquillement .Un vrai paysage virgilien !
Nous voyons, en les regardant, qu’ils sont conscients de leur rôle social. Mr Andrew a même voulu se faire portraiturer en costume de chasse. Mme, elle, est à peine plus discrète sur ses ambitions sociales et s’adonne à un passe-temps qu'on a du mal à identifier. Elle tient sur ses genoux un objet que le peintre n'a pas jugé bon de nous indiquer, mais qui pourrait être un livre ou une lettre. Son allure est néanmoins passablement compassée et droite. Ses vêtements, un peu trop brillants, sont aussi un peu déplacés dans cet endroit si peu mondain. Elle est moins à l’aise que son mari. Lui s’appuie négligemment sur le banc, la main droite dans sa poche et les jambes croisées. Vous avez vu, à ses pieds, son chien favori vient renifler le canon du long fusil qu’il porte.
Les couleurs légèrement acides, le ciel où s’enroulent quelques nuages dispensateur d’une pluie bienfaisante, les lignes douces de composition -regardez les sillons – qui nous mènent vers le fond du tableau, tout concoure à montrer la douceur et la richesse que peut apporter un mariage réussi dans une campagne prospère et souriante.
Nous avons remarqué, en arrivant, que le peintre avait décentré son sujet. Ce n’est pas pour rien. Il voulait montrer avec précision cette partie de la campagne anglaise. Nous sommes au 18e. A cette époque en Angleterre, l’idée d’une nature bonne et nourricière commence à apparaître dans la littérature. C’est cette vision lyrique qu’a adopté Gainsborough. La Nature devient un élément qui reflète en quelque sorte l’âme humaine et qui participe à son état d’esprit. Il y a ici un accord total entre le couple et la nature, comme il y a un accord parfait dans le couple. Du reste, cette entente est si profonde qu’on demande au peintre de réserver sur le banc une place à côté de Mme Andrew pour le jour où on pourra faire rajouter le futur enfant qu’on se propose d’avoir. Regardez comme la belle robe de Mme Andrew s’étire étrangement sur la droite pour masquer cet endroit encore vide. Par sa vision d'une nature en accord avec l'âme humaine, Gainsborough se place en précurseur. Sa sensibilité en fait un préromantique.

Seule ombre à ce tableau, peut-être l’avez-vous déjà remarqué, le manque d’expressivité des visages. Ils sont tous les 2 sérieux au point de paraître creux. Ils sont figés comme 2 poupées qu’on aurait placées là, comme on aurait pu les mettre ailleurs.
C’est peut-être ce qui s’est passé. Vous savez que les peintres au 18e ne peignaient qu’en atelier et jamais sur le motif. Gainsborough a très bien pu peindre ses personnages dans son atelier ou dans leur salon et ensuite les placer dans un décor dont il avait fait des croquis auparavant. On dit même qu'il habillait des mannequins qu'il posait en lieu et place de ses clients et qu'il n'aurait eu qu'à compléter en ajoutant les visages après que ces derniers aient le temps de se faire portraiturer.
Cette œuvre est une des premières grandes commandes de Gainsborough encore jeune quand il revient vivre dans son Suffolk natal après son passage à Londres où il était allé étudier la peinture et le dessin. Il est probable que cette œuvre soit pour lui une vitrine de son talent, et lui permette de se faire une clientèle locale de petits nobles ou de gros fermiers. Alors, certes, on peut regretter le manque de cœur et de passion, mais en revanche, on ne peut qu’applaudir à la maîtrise technique ainsi étalée.Le caractère un peu idyllique du paysage, les couleurs claires et lumineuses de la robe, la lumière qui fait miroiter le satin montrent ici la dextérité du peintre capable de réussir aussi bien un portrait de gentleman-farmer qu’un portrait de cour. Sa touche est fluide et transparente. Elle donne à son œuvre un aspect lisse dont sont adeptes beaucoup de ses clients. Car ceux ci jugent grossier l'usage d'une pâte abondante.
Ce tableau va lui permettre de réaliser son rêve puisque 20 ans après, il sera élu à la royale académie et finira sa vie comme peintre officiel de la famille royale.


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