Constable et son célèbre « la charrette de foin »

15 chefs-d'oeuvre de la nationale gallery

Constable et son célèbre « la charrette de foin »

Nous passons maintenant dans la salle suivante, la salle 34, où se trouvent réunis les peintres anglais du 19e.
Commençons par Constable et son célèbre « la charrette de foin ».
Constable est un contemporain de Turner et il est mort en 1837. La charrette de foin est une des œuvres majeures de ce peintre longtemps méconnu du public anglais.
Ce n'est que lors d'une exposition de cette grande toile à Paris, au Salon de1824, que son œuvre fut enfin comprise notamment par des peintres comme Delacroix et Corot. Frappé par la verve et la fraîcheur de cette peinture le jury du Salon lui décerna sa médaille d'or cette année-là. La nature est le principal sujet de l'œuvre de Constable.
Décrivons la scène.
La scène nous montre une charrette tirée par des chevaux en train de passer un gué pour aller charger un peu plus loin le foin que l'on vient de couper. L'homme qui la conduit est assis dedans. Voyez !! Sur la berge, il y a un petit chien; il est l'unique spectateur de ce moment. C'est une scène calme et tranquille : Le soleil brille, les blés mûrissent et les paysans accomplissent leur travail quotidien. Le spectacle n’est donc pas un événement, mais la vie campagnarde, et la nature, présentée simplement.
On voit bien que la nature a un souffle qui lui est propre, qu’elle vit : L'eau, mare ou rivière, occupe une grande partie de la toile. Peut-être vient-il de pleuvoir ? Voyez les nuages noirs qui planent encore au-dessus des grands arbres dans le haut du tableau. L'air en est tout humide et le soleil qui perce fait miroiter la rivière. Regardez, entre la berge et les roues de la charrette, devant nous, cette tache claire aux reflets d'argent. Et on voit que le temps va changer : au loin, le beau temps revient et le ciel, encore chargé de nuages, laisse apparaître de grandes plages bleues.
De même, la vie campagnarde est abordée dans sa diversité simple : il y a les deux personnages de la charrette, le petit chien joyeux, le petit moulin à eau qui laisse s'échapper un filet de fumée blanche, la femme qui lave le linge dans la rivière aux pieds du moulin.

Une lumière douce et filtrée par les nuages baigne la scène. Constable suit en cela les préceptes de son maître de la Royal Academy de peinture de Londres qui lui disait : "Dans vos ciels, recherchez toujours la luminosité."
Malheureusement pour notre artiste, son œuvre sera peu appréciée de ses compatriotes. Ils lui reprochent sa technique peu académique. Le peintre utilise une pâte épaisse qu'il pose sur la toile à grands coups de brosses. On voit bien cette texture qui donne du relief à certains éléments. Cette technique permet au peintre de jouer avec la lumière naturelle qui baigne son œuvre. Les parties en relief accrochent la lumière alors que les creux profitent de l'ombre. Mais au début du 19e, triturer la matière de cette sorte faisait passer l'artiste pour un barbare, incapable de rendre une œuvre lisse et bien finie comme celle de Gainsborough vue précédemment. La technique que Constable emploie a un nom: elle s'appelle impasto, d'un mot italien qu'on traduit chez nous par empâtement.
Ses contemporains lui reprochent également de distribuer les coups de lumière dans son œuvre grâce à des ajouts de blancs beaucoup trop visibles. Regardez les berges de la rivière sur le devant du tableau ou encore sous les roues avant de la charrette: on les voit très bien. C'est ce qu'on appellera la "Neige" de Constable. C'est une manière rapide de traiter les éclats de lumière.
Ainsi Constable, bien avant les impressionnistes, va s'intéresser aux variations de la nature et essayer de comprendre et surtout de rendre dans ses toiles les changements qu'il a pu observer dans les paysages de la campagne anglaise. Il la connaît bien. Il est fils de meunier et a vécu une grande partie de sa vie à la campagne.
Le paysage de "La charrette de foin" fait partie de son quotidien. Pendant la belle saison, il s'y promène pour prendre des croquis et réaliser de rapides aquarelles. Puis l'hiver venu, il recompose ses paysages dans son atelier londonien et leur donne une lumière qu'il transcrit à grandes touches.
Il s'agit de recréer par la magie du pinceau un univers un peu idyllique, celui de son enfance. C'est cette nature que nous avons devant les yeux. Une nature calme, parce que bien construite. Regardez, on avance peu à peu dans le tableau par plans successifs. Partons du petit chien, passons par la charrette, et nous arrivons aux grandes prairies du fond limité par une rangée d'arbres. Ces différents plans occupent près de la moitié du tableau. Le reste est occupé par un grand ciel où l'artiste a noté tous les effets atmosphériques. Un détail intéressant : quand Constable faisait ses croquis sur le terrain, il notait toujours en marge le temps qu'il faisait et la direction du vent. Ca lui permettait ensuite de recomposer la météo du jour dans son atelier. La petite maison, le buisson d'aubépine, le petit chien apportent une note rassurante et chaleureuse de campagne habitée. Une impression de grande sérénité se dégage d’un tel paysage.
Cette recherche d'une nature vraie au travers des effets atmosphériques, cette certitude qu’il faut tout faire –pâte épaisse, ajouts de couleurs- pour rendre l'instant deviendront, 50ans après Constable, le leitmotiv des peintres impressionnistes.


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