La Victoire de Samothrace

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

La Victoire de Samothrace

Continuons la galerie de la Vénus de Milo dans le sens opposé par rapport à l’escalier par lequel nous sommes arrivés. Marchons ainsi un bon moment jusqu’à ce que nous atteignions le bout de la galerie et au fond de la galerie, nous aurons 14 marches à monter.

En haut des 14 marches, tournons à gauche. Et tout de suite à gauche. Nous voyons un grand escalier qui monte avec une statue représentant une femme ailée à son sommet. Montons encore cet escalier.
Regardons la statue de femme ailée. Quelle majesté, quelle puissance ! Il s’agit bien là aussi d’un chef-d’œuvre : c’est la Victoire de Samothrace. Nous allons vous raconter son histoire.
Comme la Vénus de Milo, elle fut découverte en Grèce, plus précisément à Samothrace, île des Sporades situées près de la Bulgarie, dans le site dominant le sanctuaire, c'est-à-dire le lieu des temples antiques. Et, comme la Vénus de Milo, c’est aussi au 19e siècle qu’un paysan la découvrit. Elle était cassée en des centaines de fragments : la tête et les bras n’ont pas été retrouvés. Le consul de France l’acquit et la donna au Louvre.

Comme la Vénus de Milo, la victoire de Samothrace est un marbre grec original, réalisé par un artiste grec, et non pas une copie romaine.
Comme la Vénus de Milo, elle date de la période hellénistique, mais elle a 100 ans de plus que la Vénus et date d’environ 190 avant Jésus-Christ. Le nom de l’artiste n’a pas non plus été retrouvé.
Et pour commencer, regardons le socle : il est aussi d’origine et figure l’avant d’un navire de guerre. Il est sculpté en marbre gris de Rhodes. Notons en passant que la statue de femme est, quant à elle, sculptée dans le marbre blanc de Paros. Le marbre était la pierre la plus souvent utilisée pour les sculptures dans la Grèce antique, la Vénus de Milo est aussi en marbre.

Regardons maintenant la femme : là encore, ses bras disparus ont emmené avec eux le secret de ce que représentait cette sculpture. D’après l’attache des bras, on ne sait pas trop comment était positionné le bras gauche, mais on sait que le bras droit était levé. La main droite a été retrouvée et est conservée dans la vitrine que nous pouvons voir à gauche de la statue, à côté de la fenêtre. Cette main est grande ouverte. Donc, le bras droit était levé, et la main ouverte. Cette main, selon les historiens d’art, aurait été grande ouverte pour annoncer un événement, ou aurait tendu une couronne de victoire.
La femme serait donc une Victoire, c'est-à-dire une femme ailée qui annonce une victoire. Elle commémorait une victoire navale remportée dans les 20 premières années du 2e siècle avant Jésus-Christ, peut-être celle de Rhodes sur le roi de Syrie. En effet, Samothrace appartenait alors à Rhodes, grande puissance maritime. C’est ainsi qu’on la nomme « victoire de Samothrace », c'est-à-dire la statue de la victoire trouvée à Samothrace.

La victoire de Samothrace compte parmi les rares sculptures antiques dont on connaisse la présentation originelle : La statue était très certainement située au dessus du sanctuaire des grands dieux, au sommet d’une colline et était implantée dans une niche. Elle était implantée en biais de sorte que le regard découvrait la statue par son trois quart gauche. Du coup, le côté droit est juste dégrossi, car il n’était quasiment pas visible par le passant. Et la tête était tournée vers le spectateur.

Regardons à nouveau cette femme : voyez-vous ce corps arc-bouté ? Les jambes et les ailes forment un gigantesque V. Elle est debout à la proue d’un navire et lutte d’un élan victorieux contre le vent marin et les éléments déchaînés. On a presque l’impression d’entendre le vent soufflé : il fait claquer le lourd drapé mouillé d’embruns. Il le plaque contre les cuisses dont la forme est esquissée, et aussi contre le ventre dont on distingue le nombril et contre les seins que l’on ne peut qu’imaginer. Le drapé joue un grand rôle dans les sculptures, car il donne les indications de mouvement et il donne aussi des informations sur la force des éléments aux alentours. La Grèce antique aimait le principe du drapé collant, dont les mouvements soulignent ceux du corps, mieux encore que si le corps était montré dans sa nudité. L’esprit est irrésistiblement attiré vers ce corps suggéré et habité d’une vie qu’il ne pourrait avoir sans notre imaginaire. C’est ce qui fait aussi l’érotisme si intense de la sculpture antique grecque.

Faites travailler votre imagination pour reconstituer la scène : la femme à la proue d’un navire lancé sur les océans, la tempête qui se déchaîne, des cascades d’eau tout autour, des éclairs, le tonnerre,  mais la femme lutte, se maintient et annonce la victoire. Sentez-vous le caractère épique de cette représentation ? Voyez vous comment le mouvement – grâce aux drapés – est bien rendu ? Cette statue est très représentative du goût de l’époque hellénistique pour le mouvement et le spectaculaire.
Il s’agit de l’une des plus grandioses représentations de l’image de la victoire que l’on connaisse au monde. C’est pour cela qu’elle est considérée comme un chef-d’œuvre. Là encore, au-delà des siècles et des continents, chacun comprend la force et la beauté de cette œuvre.


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