Le Sacre de Napoléon

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

Le Sacre de Napoléon

Nous vous proposons maintenant un saut dans le temps et nous vous donnons rendez-vous au 19e siècle en France. Tournons le dos à la victoire de Samothrace. Redescendons 12 marches puis au palier intermédiaire, prenons l’escalier que nous trouvons à gauche.

Arrivés en haut, nous voyons en face de nous une galerie qui part dans l’axe de la victoire de Samothrace. Avançons dans cette galerie.
Sur ses murs, nous voyons des tableaux français de grand format datant du 19e siècle. Regardons le mur de droite. À peu près au milieu de la galerie, nous voyons un tableau plus grand que les autres. Il est accroché en 5e position à partir de la porte de la galerie.

Ce tableau a été peint en France vers 1806 et représente Le Sacre de Napoléon Premier. Napoléon Premier est né Napoléon Bonaparte, en Corse, sous le règne de Louis 16. Il fit une brillante carrière militaire au moment de la révolution et devint général des armées révolutionnaires. Il monta peu à peu les échelons du pouvoir pour finalement devenir l’Empereur des Français en 1804. Il fut sacré par le pape à Notre-Dame de Paris.
L’auteur de ce tableau est le peintre Jacques Louis David. Cet artiste eut une grande importance pour l’histoire de la peinture française : il fut un novateur puisqu’il inventa un style nouveau de peinture. C’était sous le règne du roi Louis 16, et ce style nouveau était le néoclassicisme.
Alors qu’est-ce donc que le néoclassicisme ? Avant son apparition, au début du 18e siècle, sous Louis 15, le style qui était à la mode était le rococo. Ce style était illustré par Boucher, qui s’était spécialisé dans des tableaux représentant des scènes galantes (c'est-à-dire légères), peintes dans un style aimable, et très décoratif, avec des couleurs tendres. David, vers 1780, substitue à ce style un style beaucoup plus sévère. Les sujets de ses tableaux ne sont plus des scènes galantes, mais des scènes héroïques tirées de l’antiquité gréco-romaine. Elles ne sont plus peintes avec un style aimable et décoratif, mais avec un style plutôt austère inspiré des œuvres antiques. On appelle ce style le néo-classicisme. Néo-classicisme comme nouveau classicisme. Est classique une œuvre qui traduit un moment d’équilibre dans une civilisation. Le classicisme prône souvent l’imitation de l’art des anciens. Au 19e s, les néoclassiques sont les tenants de l’imitation antique qui ont triomphé après les fantaisies du rococo.
L’art classique est la victoire de la mesure sur l’excès, de la raison sur la sensibilité et, en matière d’art, de la ligne droite sur la courbe.
Regardons ce tableau, en dehors, pour le moment, de toute considération historique. Regardons plus précisément les lignes de construction de la composition. Nous voyons de nombreuses lignes droites : elles peuvent être
horizontales : suivez des yeux les têtes des nombreux personnages - ces têtes forment une ligne horizontale - puis le balcon dans le fond – autre ligne horizontale – puis le sommet des piliers – autre ligne horizontale-.
Nous trouvons aussi de nombreuses lignes droites verticales : regardez l’homme qui tient une couronne au centre du tableau - il forme une ligne verticale qui se poursuit dans le pilier situé derrière lui- ; puis les nombreux cierges –autant de lignes verticales - puis tous les personnages debout – autant de lignes verticales là encore reprises par l’architecture de second plan. La composition est donc basée sur des lignes verticales et horizontales. Aucune diagonale et encore moins de courbes.
2e trait stylistique caractéristique du néoclassicisme : la manière très « léchée » dont est appliquée la peinture. A priori on en voit pas les touches de peinture. On ne voit pas la trace du pinceau. L’œuvre est peinte avec de la peinture à l’huile appliquée au moyen d’un pinceau sur une toile. On a presque l’impression d’avoir affaire à une gigantesque photographie et l’illusion de la réalité est parfaite.
Pas de place pour la fantaisie, des coups de pinceau lâches, des diagonales ou courbes : c’est un art rigoureux et austère.

Voici donc quelques éléments de style. Cela dit, gardons bien à l’esprit que l’importance du tableau se trouve plus dans le domaine historique que dans celui de l’histoire de l’art.
Mais revenons à Jacques Louis David, l’auteur de ce tableau. Partisan de la révolution puis de Napoléon Bonaparte, il obtint en 1804 la charge de 1er peintre du nouvel empereur. C’est ainsi que Napoléon lui commanda de commémorer les fêtes du couronnement en 4 toiles, dont 2 seulement furent exécutées, celle-ci et la distribution des aigles, actuellement conservée à Versailles. Cette 2e œuvre représente Napoléon distribuant des drapeaux aux chefs de son armée.

La scène représentée ici est le sacre de Napoléon par le pape Pie 7 à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804.
Regardons pour commencer le décor : vous vous êtes sûrement déjà rendus compte que cela ne ressemble pas du tout à Notre-Dame, dont le chœur est de style gothique. Cela ressemble plus à St Sulpice. Au 18e s, l’architecture gothique du chœur de Notre-Dame avait été camouflée pour être mise au goût du jour, avec des placages de marbre.

Regardons maintenant au centre du tableau, nous voyons un homme debout qui tient une couronne : il s’agit de Napoléon. Il soulève la couronne impériale et va la déposer sur la tête de sa femme, l’impératrice Joséphine, qui est à genoux à gauche, vêtue d’un ample manteau rouge. À droite est assis un homme devant l’autel de la cathédrale : il s’agit du pape.
Ne trouvez-vous pas bizarre que ce soit l’empereur qui pose la couronne sur la tête de son épouse et que le pape soit simplement assis ? C’est effectivement très étonnant. D’habitude, c’est le pape qui couronne lui-même l’empereur et l’impératrice.
Napoléon avait obtenu du pape un déroulement original de la cérémonie : le pape administre une onction à Napoléon; puis Napoléon se couronne lui-même ; puis il couronne Joséphine, tandis que le pape lui donne la bénédiction. C’est ce dernier épisode que David représente, selon les ordres de l’empereur qui a ainsi voulu montrer qu’il ne devait sa couronne qu’à lui-même. Il s’agit bel et bien de la représentation de la victoire d’un homme qui naquit pauvre dans une petite famille aristocratique de Corse, et devint empereur uniquement grâce à lui-même. En bref, ce tableau nous apprend déjà beaucoup sur la vie de Napoléon –parti de rien pour arriver tout en haut- et sur son caractère –dominateur et novateur-.

Regardons maintenant les visages des 3 personnages principaux : les traits des différents personnages sont reconnaissables : David a créé de véritables portraits
A tout seigneur, tout honneur, commençons par le visage de l’empereur : il montre un profil à la fois acéré et volontaire.
Regardons ensuite l’impératrice : quel profil gracieux. On pense surement qu’ici elle est entre la vingtaine et la trentaine, mais, là, Joséphine était en fait à cette époque quadragénaire. Elle était plus âgée que Napoléon et avait déjà été mariée une première fois avant d’épouser le futur empereur. Le peintre l’a rajeunie, sûrement sur le commandement de l’empereur.
Regardons maintenant tous les personnages qui sont situés autour. Là encore, chacun est un portrait. Il s’agit d’un colossal portrait collectif. Avez-vous une idée du nombre de visages ? Et bien, il y a plus de 100 figures.
Tous les proches de Napoléon sont là : sur la gauche, les femmes debout portant toutes la même robe blanche sont ses sœurs. Napoléon était issu d’une très grande famille, 5 garçons et 3 filles. Derrière elles, les hommes également debout sont les frères de l’empereur.
A droite, vous voyez des personnages également debout, vus de dos, portant des chapeaux à grandes plumes blanches : ce sont les grands maréchaux, c’est à dire les militaires les plus importants de l’armée impériale : parmi eux, Duroc, Junot et Murat.

Regardons maintenant au centre du tableau, un peu en hauteur. Voyez-vous une femme d’âge mûr assise à la place d’honneur à un balcon ? Il s’agit de Madame mère, la mère de Napoléon, Laetitia Bonaparte. En réalité, elle n’était pas au sacre pour cause de brouille avec son fils. Là encore, le peintre, sur ordre de son commanditaire, a enjolivé la réalité.

Et Imaginons maintenant la scène, à Notre-Dame, et le faste des costumes ; une musique ronflante, des centaines de personnes immobiles et figées dans la contemplation d’un destin et d’un homme qui de rien qu’il était est devenu tout. Il dirige le pays d’une main de fer et est déjà parti à la conquête de l’Europe entière. Il est tellement puissant que même le pape doit s’incliner et obéir à ses volontés. Toute l’épopée napoléonienne est là. Ce tableau est une gigantesque propagande pour le nouvel empereur, un sommet de la peinture officielle. Et il est devenu depuis, une page incontournable des livres d’histoire de France et est connu dans le monde entier.


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