La Joconde de Vinci

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

La Joconde de Vinci

Continuons d’avancer dans la galerie des peintures. En sortant de la galerie, arrêtons-nous. Nous sommes maintenant dans un grand salon carré, nommé salon Denon. Sur notre gauche, entre deux ascenseurs, s’ouvre un haut encadrement de porte. Franchissons-le.

Face à nous, il y a une cloison sur laquelle sont accrochés des tableaux. Contournons cette cloison pour voir son autre face.

Face à nous, nous voyons un unique tableau et vous avez sûrement déjà reconnu la célèbre Joconde de Léonard de Vinci. Les Français lui donnent le titre de Joconde, les anglo-saxons celui de Mona Lisa. C’est le chef-d’œuvre par excellence, connu dans le monde entier, et qui occupe une place mythique dans l’imaginaire collectif.

Alors quelle est son histoire ? Avec la Joconde, nous sommes transportés au début du 16e siècle.
C’est une période de transition entre le Moyen Age et la Renaissance, peu de temps après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. L’Italie est à la mode et l’art italien de la Renaissance se diffuse dans toute l’Europe. Les artistes italiens et leurs œuvres sont très recherchés par les souverains européens.
Léonard de Vinci est l’un d’entre eux. Né en Italie, à Vinci, il voyage et peint dans toute l’Italie au service de différents princes. Il finit par entrer au service du roi de France, François 1er, en 1516. Léonard de Vinci est alors un vieil homme à la longue barbe blanche. Il s’installe au Clos-Lucé près du château royal d’Amboise où il vivra les 3 dernières années de sa vie, peignant et travaillant à ses 1000 passions. Homme complet, il est peintre, mais aussi ingénieur et inventeur : nombre de ses machines annoncent les temps modernes. François 1er venait lui rendre visite presque tous les jours pour goûter le plaisir de l’entendre converser. Et la légende dit qu’il mourut dans les bras de François 1er, désespéré de perdre ce génie qu’il admirait tant.

Mais revenons à la Joconde. Il aurait peint ce tableau alors qu’il vivait encore en Italie vers 1505-10. Les historiens pensent que pour la peindre, Vinci aurait mis plusieurs années, peut-être 4. Ses tableaux sont généralement peints très lentement, avec de très nombreuses couches picturales superposées, diluées, fines et transparentes. Il se peut même que pour Vinci, cette œuvre ne fût toujours pas achevée…
Léonard l’emporta en France et elle fut acquise par François 1er. Le tableau fut vite renommé dans toute la cour et dans toute l’Europe. Chacun remarqua aussitôt que les yeux de la femme semblent suivre le spectateur. Faisons nous aussi l’expérience : regardons les yeux de cette femme, puis déplaçons-nous latéralement : la femme nous suit des yeux. Léonard avait un truc pour parvenir à ce résultat. Il écrivait à ce sujet : « Le personnage qui, dans une peinture, regarde bien en face le maître qui le peint regardera de même tous les spectateurs ». Ainsi, parce que l’on croit qu’elle nous suit des yeux, la Joconde donne une illusion intense de la vie. Elle devint, grâce à cette illusion, le chef-d’œuvre des collections royales de France.
Elle acquit une notoriété encore plus importante au début du 20e siècle, suite à un vol rocambolesque. Elle fut volée en 1911, le directeur du Louvre eut alors l’idée d’offrir 25 000 F aux voleurs pour qu’ils rendent l’œuvre. Une souscription nationale fut lancée et la somme fut réunie. Les voleurs refusèrent. 2 ans plus tard, un antiquaire florentin dit qu’il savait où était l’œuvre et qu’on lui donne 25 000F. Entre temps, la somme avait fondu, une nouvelle souscription fut donc lancée. La Joconde fut enfin récupérée. Le voleur fut arrêté. Et devinez où pendant ces 2 ans, il a gardé la Joconde ? Eh bien tout bonnement sous son lit. Suite à cette aventure, la célébrité du tableau s’accrut encore davantage.

Regardons la femme. Elle est représentée à mi-corps, devant une fenêtre, les bras croisés devant la taille. Derrière, elle, un paysage montagneux brumeux.
Qui est-elle ? Et bien, de nos jours encore, on n’en sait rien : le mystère demeure intact. Léonard de Vinci n’a laissé aucun indice, aucune archive à ce sujet.
Aucun attribut n’aide à identifier cette dame. Le tableau tire son nom de l’épouse d’un notable florentin qui s’appelait « Mona Lisa Gherardini del Giocondo », qui semble-t-il aurait posé pour Vinci. Là est l’explication du nom qu’on lui donne : la mona Lisa, comme le prénom de la dame, ou bien la Joconde qui dérive de Gioconda, le nom de cette dame. Notons qu’en Italien, Gioconda désigne aussi la femme joyeuse et agréable.
Pourtant, certains doutent que cette femme soit une simple bourgeoise florentine.
Vinci a peint son modèle avec beaucoup de soins, comme on le ferait d’une Vierge ou d’une princesse, mais pas d’une bourgeoise : une dizaine d’autres attributions ont été par conséquent formulées : des princesses italiennes, Isabelle d’Este ou Costanza d’Avalos, dont on sait que léonard a fait le portrait. Les historiens de l’art ont eu de très nombreuses idées et ont été très imaginatifs : avez-vous une idée de l’attribution la plus étonnante à laquelle ils ont pensé ? Tout simplement, les attributions les plus fantaisistes imaginent qu’il pourrait s’agit d’un autoportrait féminisé de Léonard.
Il s’agit peut-être finalement d’un être de rêve que Léonard aurait peint pour lui-même par plaisir, en y mettant selon Freud, qui a analysé la Joconde, un sourire qui lui rappelait sa mère, et toutes les qualités et vertus qu’il attendait d’une femme : douceur, compréhension, immuabilité… Qualité fréquente chez les femmes n’est-ce pas ?
Il s’agit peut-être aussi pour l’artiste d’une forme supérieure de la beauté, reflet de celle de la divinité, une image de Dieu.
Donc, en somme, on ne sait pas qui est cette femme.

Et maintenant, 2e question : Quel peut être le caractère de cette femme ? Quel est votre avis sur ce point ? Quels traits de caractère lui conférez-vous ? Douceur ? Certes, impassibilité ? Sûrement, et puis quoi d’autre ? On sent qu’il y a quelque chose d’autre, mais, quoi qu’on dise, on a aussitôt l’impression qu’il y a encore quelque chose d’autre. C’est normal, son caractère semble impénétrable.

Quel est son état d’âme ? Là encore, cherchons. Est-elle gaie ? Pas vraiment. Juste un demi-sourire un peu mélancolique. Est-elle triste, pas vraiment non plus ? Inquiète ? Non, pas vraiment. Paisible et heureuse ? Certainement, mais on n’est pas sûr. À vrai dire, on sait encore moins ce qu’elle pense.
Elle sourit d’un léger sourire, présent sur de nombreux tableaux de Léonard, mais ce sourire est un peu ambigu. Voyez comme sa bouche sourit et tout en même temps ne sourit pas ?
En fait, Léonard introduit, dans ses œuvres, une attention nouvelle aux états d’âme et Freud fera d’ailleurs l’analyse de la Joconde. Cela dit, de nombreux peintres se sont essayés à traduire les sentiments et les états d’âmes de leurs sujets. Parfois de façon trop exagérée, mais souvent pour les plus grands artistes- de façon très belle.

Alors pourquoi est-ce que la Joconde sort autant du lot ?
Et bien à notre avis, cela tient certainement à ce que la Joconde ne vise pas à dire quel est l’état d’âme de son sujet cette possible Mme Gioconda en l’occurrence, mais plutôt à nous nous renvoyer, nous spectateurs, à nos propres états d’âmes. En fait, son génie serait d’avoir créé un miroir à « états d’âmes ».
À force d’être énigmatique, qualité que tout le monde s’accorde à lui donner, le tableau nous interpelle et nous force à imaginer, en partie, ce que peut ressentir cette personne. Et très souvent, nous lui associons des sentiments qui soit sont les nôtres, soit seraient les nôtres dans telle ou telle situation et qui nous amèneraient à afficher une telle expression. D’ailleurs, si vous avez la chance de passer devant la Joconde de temps à autre, vous verrez que, suivant votre humeur, votre perception sera différente.

Regardez maintenant le paysage : ce sont les montagnes d’Italie du nord.
Ici, le paysage est triste, nébuleux, sombre. Il donne à l’œuvre un climat poétique et mystérieux. Léonard a le génie de suggérer ainsi une sorte de double sens philosophique. Si le paysage avait été gai, on aurait eu l’impression que la Joconde « retenait sa joie » -dirions nous- et son caractère énigmatique aurait perdu en force.
Julien Green dit que la Joconde donne l’illusion de la vie et qu’elle donne aussi l’illusion du rêve.

En tout cas, cette œuvre présente de nombreuses nouveautés par rapport aux portraits qui l’ont précédée :
nouvelle dimension poétique et nouvelle illusion de vie,
nouvelle profondeur psychologique,

Accordons aussi un instant à certains des caractères stylistiques typiques de Léonard :
Nous voyons comme tous les détails du paysage semblent noyés dans la brume. Léonard, pour produire cette impression, utilise des contours flous, qui rendent l’impression d’une enveloppe atmosphérique humide et vaporeuse. C’est ce qu’on appelle le « sfumato » de Léonard de Vinci. On le retrouve fréquemment dans ses œuvres.
deuxième caractère typique des œuvres de Léonard de Vinci. Les couleurs sont toutes uniformes, et forment une variation sur une même teinte. On appelle cela un camaïeu.
3e caractère typique des œuvres de Léonard de Vinci , Est-ce que vous voyez comme le devant de la scène est sombre et s’oppose au fond éclairé ? Ce procédé dit du clair-obscur est classique à la Renaissance.
Enfin, dernier caractère typique des œuvres de Léonard de Vinci: une composition très élaborée, construite sur et à l’intérieur d’une forme en pyramide. Si nous regardons la femme, son corps s’inscrit dans la forme d’une pyramide dont les bras croisés seraient la base et la tête serait le sommet.

Et voilà ce que nous souhaitions vous dire sur cette ambiguë, étonnante, novatrice, inconnue, mystérieuse, et troublante Joconde, qui frappe les esprits des hommes du monde entier depuis 500 ans.


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