« Les Noces de Cana » de Véronèse

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

« Les Noces de Cana » de Véronèse

Face à la Joconde nous voyons un très grand tableau. Ce sont les Noces de Cana de Véronèse.

Avec cette œuvre, nous sommes transportés à Venise au milieu du 16e siècle. Il s’agit des Noces de Cana par Paolo Véronèse, tableau peint à Venise en 1563.

Quelques mots sur le peintre tout d’abord. Véronèse est un des artistes les plus connus de Venise au 16e siècle. Né à Vérone, il arrive à Venise où il est engagé pour la décoration du Palais des Doges. Parvenu au faîte de la gloire, il reste un homme simple, ne sollicitant aucun honneur. Ses seules faiblesses sont les soieries somptueuses et les costumes précieux dont il encombre son atelier. Il y travaille, entouré de ses chiens, au son de la musique, éléments omniprésents dans ses œuvres. Il meurt en 1588 à l’âge de 60 ans.

Mais revenons à cette œuvre qui a été créée pour décorer le réfectoire du couvent des bénédictins de San Giorgio maggiore à Venise. C’est Napoléon Premier qui l’a ramenée de Venise au cours de ses guerres de conquête, et ramenée en France.
C’est la plus grande toile du Louvre, et mesure 70m2. A titre de comparaison, le tableau du Sacre de Napoléon mesure quant à lui 56m2.

La toile représente un banquet, celui des noces de Cana, épisode du Nouveau Testament. Jésus est invité avec sa mère à un repas de noces et y fait son 1er miracle : il transforme de l’eau en vin.
Et Véronèse réussit à représenter les quelques secondes entre le moment où la vierge lui demande d’effectuer le miracle et les premiers signes du miracle.
Regardons bien : au centre du tableau, nous voyons 2 personnages assis à table, vêtus plus sobrement que les autres et portant des auréoles : il s’agit bien sûr du Christ et de la Vierge : celle-ci, de sa main, indique qu’il n’y a plus de vin et demande à son fils de faire un miracle.
Regardons au 1er plan, sur la droite : nous voyons 2 jarres en pierre. Alors sachons, ce type de jarre contient généralement de l’eau. Un serviteur vêtu de jaune verse le contenu d’une des jarres dans un vase d’orfèvrerie ; et c’est du vin qui coule. A gauche, nous voyons un homme debout richement vêtu, vérifie du regard la qualité du vin versé dans une coupe.
A l’extrême gauche du tableau, sur le devant, nous voyons un petit serviteur noir qui tend la coupe de vin vers un homme assis à table, vêtu de bleu et rouge et portant un turban. Ce personnage est le marié. Et à sa gauche, nous voyons la mariée.
Tout autour de la table, les autres personnages sont des convives invités au mariage.
A droite du serviteur noir, sur le devant remarquez un homme vêtu d’un habit vert. Il s’agit du maître du repas, l’équivalent du maître d’hôtel qui vieille au bon déroulement du repas : il semble prononcer pompeusement - avec un moulinet de la manche - un compliment au marié : il doit lui dire la phrase de l’évangile « Tout homme sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ». Le marié semble sceptique –et pour cause ! Ce n’est pas lui qui a commandé le vin et il sait qu’il n’y en avait plus !

Le texte de la Bible donne suffisamment de détails pour que l’on puisse se représenter un repas extraordinaire. Pourtant l’artiste, tout en respectant les textes, en présente une vision personnelle. Et là, nous découvrons 2 caractéristiques de Véronèse. Il adore les grandes scènes théâtrales, ce qui est bien le cas avec ces noces où il montre près de 130 personnes et il adore montrer la société vénitienne du 16e siècle.
Et pour mieux nous en rendre compte, pour mieux découvrir ces caractéristiques de la société vénitienne, regardons tous ces convives. Et pour cela, approchons nous un peu du tableau pour en voir les détails.

Regardons leurs costumes. Ils sont vêtus comme les riches vénitiens du 16e siècle, avec des habits très luxueux, de soie brodée de fils de couleur ou d’or, des bijoux d’or et pierres précieuses.
Regardons les femmes et en particulier, la mariée sur la gauche. Les femmes ont les cheveux blonds dorés. Il s’agit de la fameuse couleur « blond vénitien ». Cette couleur était à la mode à Venise au 16e siècle. Les femmes d’Italie du nord ont généralement les cheveux châtains. Et le blond vénitien tant recherché n’était pas une mince affaire. On l’obtenait en exposant les cheveux au soleil dans la loggia au sommet du palais familial. On étalait les cheveux sur un chapeau de paille troué à son sommet pour laisser passer les mèches. Puis on les humectait régulièrement à l'aide d'une éponge trempée dans une eau chaude où baignaient des aromates, de la gomme arabique, de l’écorce d'orange, le tout pour donner la couleur cuivrée. 
Regardons maintenant la table et la vaisselle qui y est disposée. Ce tableau nous révèle avec une extraordinaire précision des indications sur les arts de la table à la renaissance.   On remarque que chaque convive a devant lui une assiette, un verre à boire et des couverts. Cela nous semble parfaitement normal, à nous occidentaux du 21e siècle, habitués depuis belle lurette aux couverts individuels. Mais à Venise, au début du 16e s, il s’agissait d’une innovation par rapport aux usages du Moyen Age. En effet, au Moyen Age, chaque convive n’avait pas un couvert individuel mais un couvert partagé entre 2 convives.

Mais en dehors de son intérêt historique, ce tableau est un chef-d’œuvre exemplaire de l’art de Véronèse. Regardons maintenant la toile dans son ensemble. Pour cela, reculons vous un peu

Le premier élément qui frappe l’œil est la composition. On le voit bien : elle est très théâtrale, mais en même temps très rigoureuse et symétrique.
Là encore, suivons les lignes de la composition : elle est basée sur de nombreuses lignes verticales et horizontales
les horizontales tout d’abord : la balustrade au centre du tableau forme une horizontale puissante, reprise par la table où est assis le Christ, reprise au le 1er plan par le dallage du sol.
Les verticales ensuite : regardons les colonnes de marbre très nombreuses : elles constituent autant de lignes verticales reprises par le clocher qui apparaît en toile de fond, et reprise aussi par tous les bustes des personnages assis au 1er plan.
La composition consiste donc en un quadrillage de verticales et d’horizontales.
Suivons maintenant les lignes de fuite : ce sont les lignes diagonales qui partent des bords du tableau et convergent vers le centre du tableau. C’est grâce à ces lignes de fuite que l’espace du tableau paraît profond et elles constituent ce qu’on appelle la perspective.
Suivons donc ces lignes: le bord des tables des côtés, les têtes des personnages assis aux tables des côtés, les corniches des colonnes sur les côtés.
Les lignes des corniches convergent vers la figure du Christ. Cela crée un point de fuite qui donne de la profondeur au tableau et attire le regard sur le personnage principal.

Regardez bien les lignes des carrelages : elles convergent vers un point du ciel situé juste à côté d’une scène en apparence anodine : un agneau est découpé par des serviteurs. La mise en valeur de cette scène n’est pas anodine du tout : le sacrifice de l’agneau annonce celui du Christ.
Ainsi, le tableau comporte deux points de fuite : un dans le ciel, un sur la terre.
Ce système renforce l'impression de profondeur. L’utilisation de la perspective est conforme aux règles dictées par les italiens de la renaissance et aux directives d’un traité d’un humaniste vénitien alors en vogue. Véronèse a ici reconstitué une scène de théâtre à l’antique. Le tableau est organisé de manière très rigoureuse. Véronèse maîtrise totalement les techniques de la perspective et met la rigueur de sa composition au service de son sujet.
Voyez-vous comment la composition qui pourrait être illisible avec cette abondance de détails est pourtant aérée, équilibrée et ne paraît pas surchargée ? Et cela, grâce au talent scénographique de Véronèse.

Après la composition, le deuxième élément à regarder : c’est la couleur, l’autre passion du peintre. Voyez ces coloris clairs, riches. Regardons par exemple, sur le devant, la robe rose du musicien de droite: ce n’est pas un rose banal, mais c’est un rose poudré, profond. Regardons à côté, à gauche, le bas du musicien de gauche : un beau jaune d’or.
Et à gauche encore, le costume du maître de cérémonie qui fait un moulinet avec sa manche : un vert émeraude profond et lumineux. Et plus particulièrement, regardez sa manche gauche : d’un vert amande jaunâtre profond, c’est le fameux « vert Véronèse » que Véronèse a peut-être trouvé dans les eaux de la lagune vénitienne. Vous êtes sans doute d’accord : Véronèse est sans conteste un grand coloriste. Les grands coloristes français, de Delacroix à Matisse, ont apprécié et copié cette toile.

C’est bien une oeuvre caractéristique de la Renaissance et ce, pour plusieurs raisons :
Elle est le résultat d'une construction complexe avec un art maîtrisé de la perspective qui permet de loger en même temps de nombreux détails.
Les décors sont chargés de références à l'Antiquité.
L'artiste y impose sa liberté d'invention et son « grain de sel » personnel.


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