« La liberté guidant le peuple » de Delacroix

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

« La liberté guidant le peuple » de Delacroix

Avançons deux toiles après le naufrage de la Méduse, sur le même mur et postons-nous devant « La liberté guidant le peuple ».

Nous voici devant « La liberté guidant le peuple », tableau peint en 1830 par Eugène Delacroix qui devint le chef du mouvement romantique, après la mort de Géricault.

Là encore, la scène représentée est issue de l’histoire contemporaine : le 28 juillet 1830, alors que la France était gouvernée par Charles 10, frère de Louis 16 et Louis 18, le peuple parisien s’insurgea dans l’espoir de rétablir la république. Cette révolution n’eut aucun effet puisque c’est à nouveau un roi, Louis-Philippe d’Orléans, qui monta sur le trône. Mais les espoirs avaient été intenses et Delacroix, romantique et libéral, s’empressa de célébrer cette journée. Ainsi, comme dans le radeau de la méduse, le tableau traite d’un thème d’actualité. Mais là, la prise de position politique est très explicite et marque donc encore une avancée par rapport aux années passées.

Regardons au centre du tableau : nous voyons une femme à moitié nue, armée d’un fusil à baïonnette, portant le bonnet phrygien. Elle brandit le drapeau tricolore et entraîne le peuple sur les barricades, encombrées de cadavres. Elle est une allégorie, c'est-à-dire qu’elle représente une idée, celle de la liberté et de la République.

Regardons maintenant autour d’elle. Le drame de juillet est très bien représenté et on trouve les représentants de toutes les classes de la population.
A l’extrême gauche, nous voyons un homme qui porte un béret, vêtu de loques ; c’est un ouvrier. À côté de lui, il y a un homme qui est vêtu d’une façon plus élégante : un costume 3 pièces, un chapeau haut de forme : c’est un bourgeois et aussi un auto portrait de Delacroix.
A droite de la femme, nous voyons un jeune garçon armé de fusils, et portant un béret, c’est un enfant du peuple. Il nous rappelle le Gavroche des Misérables de Victor Hugo. L’enfant ne ment pas, l’enfant est le symbole de cette pureté dont les élans instinctifs le font choisir la bonne cause. N’oublions pas que dans les armées révolutionnaires, de nombreux enfants –enrôlés comme tambours- se sont distingués par des faits glorieux et qu’ils étaient ensuite érigés en héros dans tout le pays. Donc l’enfant représente alors à la fois la justesse de la cause et la capacité à faire don de soi pour cette cause.
Devant la femme, se trouve encore un homme mort, en uniforme de militaire: c’est un polytechnicien. Bref, Delacroix a voulu dire que toutes les couches de la société étaient saisies par cette volonté de faire venir la liberté.

La femme nue, bien sûr, n’était pas en réalité sur les barricades. Au milieu de ces participants réels, Delacroix a introduit une allégorie. L’allégorie et la réalité sont donc étroitement mêlées. C’est la liberté et la république qui guident le peuple qui se révolte.
D’ailleurs, regardons bien le tableau : les vivants ne regardent pas cette femme nue c'est-à-dire la liberté, car bien sûr, elle est dans leur cœur. En revanche, l’homme agonisant, au moment de son dernier râle, la regarde et on aime à l’imaginer extatique. 

Les ingrédients romantiques sont réunis : drame, mort violente, culte du héros, épopée. Et les effets de lumière et de fumée accentuent le caractère dramatique.
Sentez-vous cette vibration épique et grandiose ? On se sent emporté dans la scène et il nous semble presque entendre résonner le chant du départ, rédigé à la révolution :
« La victoire en chantant nous ouvre la barrière ;
La liberté guide nos pas,
Et du nord au midi la trompette guerrière
A sonné l'heure des combats.
Tremblez, ennemis de la France, »
Ironie : L’œuvre, honnie des conservateurs royalistes, fut achetée par le roi Louis-Philippe au salon de 1831, pour être dérobée aux yeux d’un public qu’elle risquait d’ameuter.


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