« Les Esclaves » de Michel Ange

9 chefs-d'oeuvre du musee du louvre 

« Les Esclaves » de Michel Ange

Continuons maintenant la galerie dans le sens opposé à notre venue. Au bout, descendons l’escalier jusqu’en bas.

Au bas de l’escalier, dit escalier Mollien, se déploie une galerie qui se trouve sous celle que nous venons de quitter. Il s’agit de la galerie Michel Ange. Avançons-nous dans cette galerie. Au niveau des 3e fenêtres, au centre de la salle, se trouvent 2 statues d’hommes nus de dos. Contournons les pour les voir de face.

Ces 2 statues représentent des esclaves et ont été sculptées par Michel-Ange, grand artiste de la Renaissance
Elles ont été sculptées vers 1513 par Michel Ange, l’auteur des fresques de la chapelle Sixtine au Vatican, et le 3e grand artiste italien du début du 16e s, avec Raphaël et Léonard de Vinci. Ces statues ont été sculptées pour faire partie du tombeau du pape Jules II, leur mécène à tous 3, tombeau prévu au centre de St Pierre de Rome. La conception de ce tombeau était orgueilleuse : elle comprenait :
sur un 1er registre, une suite de victoires et 12 esclaves, statues d’homme entravé de liens, dont font partie ces 2 esclaves. 4 autres esclaves sont conservés à Florence. La signification qu’ils portaient dans cet ensemble n’est pas clairement définie : il se peut que ces esclaves soient le symbole des arts enchaînés par la mort de leur protecteur et mécène, le pape Jules 2.
Sur un 2e registre, il était prévu de placer les pères de l’Église et les prophètes. Sur le dernier registre, le sarcophage du pape.
Par la suite, dans un souci d’économie, la conception du tombeau changea. Il fut édifié dans l’église romaine St-Pierre-aux-liens avec peu de statues. Ces 2 esclaves furent écartés et donnés par Michel-Ange à un ami qui en fit hommage au roi de France François I. Ils ne furent jamais terminés, comme les 4 autres.

Ici, les deux esclaves sont représentatifs de la passion de leur auteur pour les nus masculins, que l’on retrouve aussi en très grand nombre sur la voûte de la Sixtine.
Regardons-les maintenant. Ils sont différents, mais pourtant créés pour se compléter.
À gauche, c’est l’esclave révolté. Son corps est trapu, moins éthéré. Il cherche désespérément à se libérer. Sa torsion, stoppée par les liens, met en valeur sa musculature. Il est révolté.
A droite, c’est l’esclave mourant. Son corps est allongé, emprunt d’une élégance longiligne, les muscles peu marqués, la pose est déhanchée, les bras repliés autour de la tête comme si l’homme dormait, les yeux sont fermés, il est langoureux, sensuel. La pose est détendue. L’esclave meurt paisiblement.
Est-ce que le message est que pour bien mourir, ce qui semble être le cas ici-, il ne faut pas hésiter, pendant sa vie, à combattre pour ce en quoi on croit ? A chacun d’imaginer ce qu’il veut.

Et ici, nous avons un bel exemple du génie de Michel Ange qui est de savoir suggérer avec puissance les expressions des sujets. Le corps humain est représenté avec grâce et beauté. Beaucoup de ses suiveurs en feront trop : la puissance deviendra hyper puissance ; le corps devenant parfois presque bodybuildé : et l’élégance et l’expressivité cèderont à un maniérisme outrancier.

Revenons encore aux deux esclaves qui montrent des caractères typiques des œuvres de leur auteur :
1er caractère : recherche d’expressivité : voyez-vous comme on comprend facilement ce que l’artiste a voulu exprimer pour chacun des esclaves ? Que l’un a abandonné la lutte et se laisse mourir et que l’autre combat désespérément.
2e caractère : la justesse de la représentation de l’anatomie : on voit comme les corps sont précisément représentés et que les proportions sont exactes. Chaque muscle est à sa place.
3e caractère : la pose en torsion de l’esclave révolté, imaginez vous prenant cette pose : tiendriez-vous longtemps ? Certainement que non. C’est une pose difficile à tenir pour un modèle. Ces poses contorsionnées sont un caractère récurent dans les œuvres de Michel Ange. Sur la voûte de la chapelle Sixtine, les corps prennent aussi des poses aussi compliquées et contorsionnées. Mais c’est aussi le meilleur moyen de faire surgir l’idée de lutte acharnée.
Et enfin, dernier caractère, le jeu entre la sculpture bien finie de certaines parties et le caractère inachevé d’autres parties. Regardez les esclaves de près : les corps parfaits et bien achevés, et les socles qui semblent constitués de pierre brute et dont la sculpture est inachevée.

Ces 2 statues sont les 2 seules œuvres de Michel Ange que l’on conserve en France.


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