L’hôtel de Caumont

Avignon

L’hôtel de Caumont

En nous éloignant du cloître Saint-Louis, (c’est-à-dire sans retourner sur nos pas) allons maintenant jusqu’à l’angle de la rue Portail Boquier et du boulevard Raspail.

Prenons à gauche le boulevard Raspail jusqu’au n°9, depuis lequel nous pourrons regarder l’autre côté du boulevard.

Depuis, l’autre côté du boulevard nous avons le meilleur point de vue sur les façades arrière de 2 hôtels particuliers de la rue Violette. Regardons surtout le plus imposant des 2, celui de droite, c’est l’hôtel de Caumont, construit au 18e siècle pour le marquis de Caumont, par l’architecte Jean-Baptiste Franque, à qui on doit quelques-uns des plus beaux hôtels particuliers de la ville. Cette façade était, et est encore un peu, la façade côté jardin, mais le jardin a été fortement réduit par l’ouverture, au 19e siècle du boulevard Raspail. Remarquons 1 détail typique de l’architecture française de cette époque: la symétrie de part et d’autre d’un élément central. Cet élément, c’est une partie de la façade qui est un peu en avancée, et que l’on appelle donc l’avant-corps. Et même, on l’appelle l’avant-corps central puisqu’il est au milieu. Il y a plusieurs formules pour lui donner sa prééminence: la première, c’est le fronton qui le surmonte, ici nous voyons que c’est un fronton courbe. La deuxième, c’est d’accentuer l’avancée en adoptant soit un tracé semi-circulaire, ce qui est assez rare, soit, comme ici, un tracé à pans coupés (vous voyez que l’avant-corps a trois côtés). Allons voir maintenant le côté cour de l’hôtel de Caumont: pour cela, traversons le boulevard Raspail, et prenons à droite de l’hôtel de Caumont le prolongement de la rue Portail Boquier ;

Dans la rue Portail Boquier, prenez la 1ere rue à gauche : c’est la rue Violette. L’entrée de l’hôtel de Caumont est au n°5.

Nous y sommes ? Eh bien, entrons dans la cour. L’hôtel de Caumont est aujourd’hui le siège de la collection Lambert, une collection d’art contemporain privée, mais ouverte au public. Elle est installée à Avignon depuis l’an 2000, et c’est pour elle qu’a été conçue l’inscription mystérieuse «down and out, out and down»  que nous lisons sur la façade. De ce côté, comme sur la façade arrière, c’est le beau style élégant de l’architecture française du 18e que l’on retrouve. Maintenant, nous allons décrire cette belle façade : toujours la symétrie et la hiérarchie, autour d’un avant-corps central. Ici, il est en faible avancée sur le reste de la façade, et construit sur un plan rectiligne. Bien sûr, un fronton le coiffe : de ce côté, et pour changer, c’est un fronton triangulaire. Rappelons simplement que le fronton vient de l’architecture antique, et plus précisément de l’architecture des temples. Et à la Renaissance, placer des frontons sur des villas, et plus tard, sur des palais et des hôtels particuliers, c’était une façon de les ennoblir. En somme, cela revenait à dire: cette maison est un temple. Au fait, nous sommes côté cour, et nous avons vu tout à l'heure le côté jardin. Et le principal bâtiment, ici, est bien sûr celui que nous regardons, en fond de cour, en retrait de la rue. Cet hôtel correspond donc en tous points au type parisien de l’hôtel appelé « entre cour et jardin », avec un logis isolé de la rue, et une cour fermée par un bâtiment bas, ou par un simple mur, orné d’un grand portail. On trouve ce genre d’hôtel au 18e siècle, non seulement à Paris, mais à Nantes, à Bordeaux et à Avignon : la symétrie, le fronton, un décor sculpté discret complètent la ressemblance. Les hôtels avignonnais du 17e étaient bien différents, plus « italiens », et peut-être par là plus baroque, nous en verrons tout à l’heure. L’italianisme et le côté baroque se sont bien atténués dans la région depuis le 17e siècle. Mais enfin, il en reste encore une petite trace ici. Où cela à votre avis ? Eh oui, en effet, la ligne courbe, encore elle. Regardez comme la façade du corps de logis a un plan concave : ses ailes en quart de cercle avancent vers le visiteur comme des bras ouverts pour l’accueillir. C’est une petite manifestation baroque.
Au fait, nous direz-vous: si on regarde le revers du mur d’entrée de la cour, on voit qu’il a lui aussi un tracé curviligne. Encore du baroque !! En fait  non: ce n’est pas une particularité locale, ni un effet baroque, mais cela se trouve un peu partout en France à cette époque. Et les raisons en sont pratiques plutôt qu’esthétiques. Lesquelles ? Et bien, tout simplement, c’est fait pour faciliter le demi-tour des carrosses dans les cours. Bien ! À part cela, les amateurs d’art contemporains pourront revenir visiter la collection, elle est ouverte tous les jours, sauf le lundi.


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