L’aménagement fait par le pape Clément 6

Avignon

L’aménagement fait par le pape Clément 6

Et où est la cour d’honneur par rapport à la façade que nous avons sous les yeux ? Eh bien elle est derrière la partie droite de la façade, celle que nous voyons en très forte avancée par rapport au Palais-Vieux de Benoît 12. Celle sur laquelle s’ouvre le portail principal, avec ses 2 tourelles. Maintenant, justement, allons voir un peu mieux cette partie droite de la façade, et faisons à nouveau quelques pas vers la droite, pour nous replacer devant elle. Nous nous arrêterons un peu après la tour d’angle, et face au portail principal flanqué des 2 tourelles pointues. Au passage remarquons que cette tour d’angle supporte une tourelle crénelée, qui est construite en surplomb, comme les 2 tourelles du grand portail: on appelle ces tourelles en surplomb des échauguettes.

Eh bien, le palais de Benoît 12 ne va pas suffire à son successeur Clément 6 qui entreprend de grands travaux à son tour, grands travaux dont nous avons les résultats sous les yeux. Nous allons les décrire. Clément 6  fait doubler la cour du cloître, sur la droite par une cour plus profonde et plus large : c’est donc la cour d’honneur. Et c’est sa façade que nous regardons maintenant, elle va de la tour d’angle, à gauche, jusqu’à la chapelle de Clément 6, à droite. Les travaux ont commencé dés 1342, et l’architecte était cette fois Jean de Louvres. Une fois construite l’aile d’entrée de la cour d’honneur, qui est celle que nous regardons, et une fois cette aile raccordée avec le « Palais Vieux » de Benoît 12, par le bâtiment qui part de la tour d’angle,(du côté gauche), et une fois construite l’aile de la chapelle de Clément 6 (du côté droit et sur la rue Peyrollerie), le palais des papes était à peu près terminé.
Il est donc principalement l’œuvre de 2 papes bâtisseurs : Benoît 12 et Clément 6, et sa construction a duré de 1335 à 1347. Douze ans seulement : une rapidité stupéfiante pour ce qui est finalement le plus grand palais gothique d’occident, et surtout si on la compare à la durée des chantiers des cathédrales. Cette rapidité s’explique bien sûr par la mobilisation d’importants moyens matériels, et surtout financiers. Et justement, le moment est venu de rendre à cette aile d’entrée, qui est devant nous, son véritable nom : c’est l’aile des grands dignitaires. Ces grands dignitaires, qui y avaient leurs bureaux et y étaient logés, étaient les plus hauts responsables des finances pontificales : il s’agissait du Camérier, et du Trésorier. Maintenant, l’architecture de cette aile des grands dignitaires est-elle très différente de celle du Palais-Vieux ? Que voyons-nous ?
Nous retrouvons les arcs d’ogive sur leurs contreforts, et nous les voyons même sur la chapelle de Clément 6 à droite qui ressemble à une tour. Leur usage défensif est bien sûr le même. Ce qui est nouveau, c’est le balcon-chemin de ronde qu’ils soutiennent dans la partie centrale: un double usage était possible, pour la paix, le côté balcon, et pour la guerre, le chemin de ronde. Autre nouveauté les tourelles en surplomb –ou en encorbellement- qu’on appelle donc des échauguettes. D’une part, regardez au dessus de la grande porte (c’est-à-dire de la porte des Champeaux, c’est son nom) : on voit des échauguettes au toit pointu. Et d’autre part, voyez la tour d’angle : elle porte aussi des échauguettes, mais crénelées et sans toit. Même ces tourelles à l’aspect élégant et pittoresque appartiennent en fait à l’architecture militaire. En bref, les 2 palais, le vieux de Benoit 12 et le neuf de Clément 6, sont des forteresses. Maintenant que nous avons une idée des dimensions du palais, une question peut nous venir à l’esprit : pourquoi ce gigantisme ? Eh bien, nous avons fait allusion aux responsables des finances, alors il faut préciser que le palais n’était pas que la résidence du pape: il était le siège du gouvernement, et de l’administration centrale de l’Église. Les cardinaux devaient pouvoir s’y réunir en conclave pour l’élection d’un nouveau pape. Des centaines de personnes s’y affairaient. La «maison du pape », à elle seule, c’est-à-dire l’ensemble des personnes attachées à son service, atteignait environ 300 personnes, à peu près autant que celle du roi de France sous Philippe Le Bel.


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