Le jubé, une construction de pierre et de bois

Bruges : du burg au béguinage

Le jubé, une construction de pierre et de bois

Mais laissons Guido Gezelle, pour nous tourner vers la magnifique église de Notre-Dame. Plaçons-nous de manière à avoir l’église à notre gauche et la statue de Guido Gezelle à notre droite. Et nous avançons jusqu’au coin de l’église. Là, nous tournons à gauche, dans la « Katelèïnstraat », puis au coin suivant, encore à gauche. Là s’ouvrira le porche d’entrée. Vous entrerez alors, et irez vous assoir sur un des bancs de la nef centrale.

Admirez ce beau monument gothique, avec son ampleur exceptionnelle. Car il possède cinq nefs, c'est-à-dire cinq couloirs parallèles, séparés par des rangées de colonnes ! Le mieux est de s’asseoir dans la nef centrale, un peu plus large que les quatre autres. Assis sur le banc, vous regardez donc en direction de ce qu’on appelle le chœur de l’église, là où se trouve l’autel principal et où se font les célébrations. Mais vous ne pouvez pas voir ce chœur, car il est fermé par un jubé, une construction de pierre et de bois, imitation du marbre, qui en cache la vue. Pourquoi cette construction ? Au Moyen Age, dans les grandes églises, c’était tout à fait habituel. Les fidèles ne voyaient pas la messe et les offices, qui étaient réservés aux chanoines, c’est-à-dire au clergé de la cathédrale. Pour voir la messe, les fidèles devaient aller dans une église qui leur était destinée, une église paroissiale. Le jubé était donc une clôture de chœur. Mais lors des grandes cérémonies, où les fidèles étaient tout de même conviés, on faisait un lien entre la messe qui se déroulait dans le chœur, et les gens qui se trouvaient dans la nef. Aussi, un prêtre ou un diacre montait sur le jubé, et notamment pour y faire les lectures des épîtres et de l’évangile. Avant de faire ces lectures, il demandait à son supérieur de le bénir, avec ces mots « Jube, Domine, benedicere », ce qui en latin signifie « Ordonne, Maître, et béni-moi ». Et c’est de là que vient le mot « jubé ». Au 16e siècle, on a commencé à détruire les jubés, car le goût de l’époque était plutôt aux espaces unis que cloisonnés. Et pourquoi ? Et bien parce que nous sommes en pleine contre-réforme. C'est-à-dire que les catholiques essayent de récupérer des fidèles partis chez les protestants. Or, ils sont partis parce que les protestants proposent des dogmes assez différents, mais aussi des célébrations plus simples. Ainsi, les écritures sont commentées au milieu des fidèles. Bref, les célébrations sont plus participatives chez les protestants. Du coup, ne souhaitant pas revoir ses dogmes, les catholiques pouvaient quand même revoir leur façon de dire la messe…Ainsi, ils firent construire des églises architecturées différemment et aussi, petit à petit, supprimer les jubés. Mais ici, face à vous, vous avez encore un authentique jubé.


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