La Vierge de Michelange

Bruges : du burg au béguinage

La Vierge de Michelange

Mais intéressons-nous à présent au mobilier, car il y a ici une série d’œuvres importantes. Il y a en particulier une très belle statue de Michelange, ainsi que le tombeau du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne. L’église est en fait divisée en deux parties actuellement. La nef, où nous sommes, est d’accès libre. C’est ici que nous verrons le Michelange. Par contre, la partie au-delà du jubé, le chœur, est aujourd’hui un musée, et donc d’accès payant. Avec ceux qui le souhaitent, nous irons y voir les tombeaux de la famille de Bourgogne. Mais commençons par Michelange. Pour cela, nous allons retourner juste à côté de la porte d’entrée, celle par où nous avons pénétré dans l’église il y a quelques instants.

Placez-vous de manière à avoir la porte de sortie à votre droite. Vous avez alors, devant vous, toute la nef latérale, qui s’étend dans toute sa longueur. Et bien là, au fond de cette nef, donc juste face à vous, s’élève un grand autel en marbre blanc et noir. Là, dans une niche en plein milieu du retable de cet autel, le retable étant la partie du mur décorée derrière l’autel, nous verrons une petite statue de marbre blanc représentant une Vierge assise, avec l’enfant Jésus qui descende de ses genoux. C’est la statue de Michelange.

C’est une des rares œuvres de Michel Ange qui soit hors d’Italie. Et c’est surtout la seule œuvre de cet artiste qui ait quitté l’Italie de son vivant. C’est un marchand Brugeois qui l’a achetée à l’artiste lui-même, en 1506. Le marchand vient de la famille des « Mouskroun », il avait des comptoirs commerciaux en Italie et devait donc s’y rendre occasionnellement. C’est ainsi qu’il a pu rencontrer Michelange, lui acheter cette œuvre et la ramener. Il offrit ensuite la statue à sa paroisse, Notre-Dame. Cette statue, bien que de petite dimension, est vraiment un chef-d'œuvre. Il y a les proportions d’abord, voyez cette harmonie parfaite entre les dimensions du corps de la Vierge et celles de l’enfant. Alors que parfois, le bébé Jésus, car c’est bien de Jésus Bébé dont on parle- est tellement grand qu’en proportion, il a la taille d’un enfant. D’ailleurs, on a fini par l’appeler l’enfant Jésus. Ensuite, observez le magnifique bras droit de Marie, sa finesse, l’aspect à la fois si travaillé et si simple des plis et des drapés. Et où que vous posiez les yeux sur cette œuvre, vous trouverez toujours la perfection et la finesse. Il n’y pas de zones faites « à la va vite » avec un rendu de qualité inférieure. L’expression des visages aussi est étonnante. Voyez tout d’abord l’expression de Jésus : voyez l’air décidé de l’enfant, qui descend des genoux de sa mère, pour aller emplir sa mission. Et voyez ensuite et surtout l’air résigné de Marie, qui laisse tomber son regard vers le sol. Mais pourquoi affiche-t-elle cet air nous direz-vous ? Et bien tout simplement parce qu’elle sait déjà, à cet instant, quelle est la mission de son fils et ce qu’elle implique : à savoir le sacrifice de lui-même. Et comment sait-on qu’elle est au courant ? Et bien, regardez sa main droite : elle tient un livre : c’est le livre de la Connaissance. Il signifie que la Vierge est lucide sur l’avenir. Et pourtant, elle laisse les choses se faire comme elles le doivent. Tout cela est magistralement rendu ici. Et même, voyez le mouvement de glissement de l’enfant vers le bas : il est accentué par les plis en « V » de la robe de la Vierge, qui fait comme un toboggan léger pour l’enfant, qui glisse tout en douceur. On comprend donc mieux cet air résigné de la vierge. C’est là assurément une œuvre extraordinaire. On ne peut que déplorer la présence d’une vitre devant la statue, malheureusement rendue nécessaire par le grand nombre de visiteurs. Mais cette vitre, qui fait écran, nous fait aussi perdre une partie du ressenti de l’œuvre.

En tout cas, sachez que ce thème d’une Vierge Marie qui a conscience de l’avenir funeste de son fils est fréquent depuis le moyen âge. Et ce qui montre qu’elle en a conscience est souvent le livre de la connaissance, comme ici, ou bien la représentation d’une croix sur l’œuvre, car la croix représente bien sûr la crucifixion du christ.


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