Le chœur de la chapelle

Bruges : du burg au béguinage

Le chœur de la chapelle

Et maintenant, entrons dans le chœur à proprement parler, en revenant un peu sur nos pas, et en passant par l’entrée que nous vous avons signalée.

Lorsque nous entrons dans le chœur, nous tombons directement sur deux grands tombeaux rectangulaires, placés au milieu du dallage. Ce sont les tombes du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire, et de sa fille, Marie de Bourgogne. Nous y reviendrons. Juste devant ces deux tombes, vous pouvez voir dans le sol une vitre qui donne sur d’autres tombes du 13e siècle, un peu semblables à celles que nous avons déjà observées.

Si en entrant, nous avons les tombeaux à notre gauche, nous avons donc à notre droite l’autel principal, posé sur un podium de trois marches, et d’écoré d’un magnifique tableau de Bernard Vanne Orlèè, un important peintre bruxellois du 16e siècle. Enfin, derrière les tombeaux de Charles et de sa fille se trouve, des deux côtés du chœur, une grande série de sièges en bois. Ce sont les stalles, les sièges sur lesquels les chanoines prenaient place pour les offices. Elles datent du 18e siècle. Et tout au fond, au-delà des stalles, vous voyez l’envers du jubé que nous avons admiré en entrant dans l’église, depuis la nef. Quant à la grille par laquelle nous avons pénétré ici, imaginez alors la grille fermée. Vous saisissez alors à quel point le chœur constituait une église dans l’église. Les chanoines étaient tout à fait isolés, récitant leurs offices sans être dérangés. Nous allons maintenant détailler les trois œuvres majeures de ce chœur, c’est-à-dire les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille, ainsi que le triptyque de Vanne Orlèè. Ces tombeaux sont assez faciles à distinguer, puisque sur la surface supérieure, il y a un gisant, c’est-à-dire une sculpture du défunt couché. Regardons vers les tombeaux, en nous plaçant entre ceux-ci et l’autel avec le tableau de Vanne Orlèè. Vous y êtes ? Bien, alors la tombe à gauche est celle de Charles le Téméraire, et celle de droite est celle de Marie de Bourgogne. Mais d’abord, que font-ils ici, ces personnages ? Et bien, n’oublions pas qu’au 15e siècle, toute cette région fait partie des états de Bourgogne et qu’elle est donc sous la domination de ces très puissants seigneurs qu’ont été les ducs Philippe le Hardi et Jean sans Peur, mais surtout Philippe le Bon et son fils Charles le téméraires. La richesse des Flandres à l’époque a fait que des villes comme Bruges, Gand, Bruxelles, mais aussi Lille par exemple, ont été leurs résidences privilégiées. Par exemple, c’est ici à Bruges, que le Duc Philippe le Bon s’est marié avec Isabel de Portugal en 1430. Et pour l’occasion, il créa le fameux ordre de la Toison d’or qui récompensait les plus loyaux sujets de Bourgogne et ses plus forts soutiens à l’étranger.

Pour l’histoire, sachons que les deux personnages enterrés ici sont des personnages clés dans l’histoire, car ils sont les derniers bourguignons à avoir régné ici. Charles le Téméraire est mort en 1477, tué alors qu’il faisait le siège de la ville de Nancy. Il n’avait pas de fils, mais seulement une fille, Marie de Bourgogne. Celle-ci ne voulait pas que le roi de France ne profite de l’occasion pour mettre la main sur les Flandres. Elle a alors épousé l’archiduc d’Autriche Maximilien. Et voilà les Flandres devenues provisoirement autrichiennes. Et plus tard, par les jeux des mariages de la famille Habsbourg, les Flandres seront aussi une province de l’Espagne de Charles Quint au 16e siècle. Mais ça c’est une autre histoire. Retenons surtout que la politique européenne au Moyen Age, c’est une grande histoire de famille.
Et revenons à nos tombeaux. Le plus ancien des deux est celui de Marie, la fille. C’est curieux nous direz vous. C’est vrai, mais c’est facilement compréhensible. Quand Charles est mort devant Nancy, son corps n’a été retrouvé que quelques jours plus tard, car il était en partie dévoré par les loups. Et il n’a été rendu qu’une cinquantaine d’années plus tard. Entre temps, sa file était déjà morte.

Regardons le tombeau de Marie maintenant, tout en bronze. Elle est représentée couchée sur le dos, ses longues mains jointes en un geste de prière éternelle. A ses pieds, un chien, attribut fréquent sur les gisants de femmes. C’est un symbole de la loyauté et de la fidélité. Marie est morte assez jeune, suite à une chute de cheval au cours d’une chasse, ici dans la région de Bruges. C’était en 1482 et elle fut enterrée ici à Notre-Dame. Quelques années plus tard, son époux, Maximilien a alors décidé de lui élever un monument. Et pour cela, il choisit un monument non pas en pierre, mais, comme nous l’avons vu, en bronze. Le bronze, tout simplement parce que les fondeurs des Pays-Bas bourguignons étaient des maîtres dans le travail du métal. Ne parle-t-on pas encore aujourd’hui de « dinanderie », nom qui provient de la ville de Dinant, dans le sud de la Belgique ? Ce tombeau a été commandé au sculpteur bruxellois Jean Bormanns, et fondu par l’orfèvre Renier de Tirlemont. Commencé en 1498, il sera installé ici en 1502. Regardez le socle. Il est fait d’un décor de bronze coincé entre deux plaques de marbre noir. Tout le décor de bronze est rehaussé de dorures, et reçoit même des émaux colorés à certains endroits. C’est le cas par exemple des petits blasons, sur les longs côtés. Au centre du petit côté qui nous fait face se trouve un long texte sur la défunte, mentionnant sa noblesse et ses titres. Tournons maintenant autour de la tombe, afin de voir l’autre petit côté, vers la tête. Sur ce côté se trouve présenté le blason de Marie, entouré de deux anges, et surmonté de la couronne impériale, en référence à son royal époux. Sur les deux montants latéraux de cette même face se trouvent deux petites statuettes. Si vous vous souvenez, il y en a deux autres de l’autre côté du tombeau, vers les pieds. Ce sont les quatre évangélistes. Sur les deux longs côtés du tombeau, les rinceaux végétaux en bronze dorés sont peuplés d’anges et de blasons. C’est toute l’ascendance royale de Marie, la généalogie de son père, à gauche, et celle de sa mère, Isabelle de Bourbon, à droite.

Maintenant, regardons le tombeau de Charles Téméraire. Au premier coup d’œil, il ressemble fort à celui de Marie. Bien sûr, il y a quelques petites différences qui montrent que c’est un homme : déjà, le gisant est masculin. Ensuite : quelles autres différences voyez-vous ? Et bien, regardez aux pieds du gisant : que voyez-vous, un chien, symbole de fidélité comme avec Marie de Bourgogne ? Non, c’est un lion, symbole de la force. Mais en observant bien, il y a une autre grande différence, assez évidente notamment sur le socle. Regardez bien ce socle. Là aussi, il y a de nombreuses armoiries. Et par quoi sont-elles entourées ? Par des anges ? Non, par des femmes ailées, des sortes de génies à l’antique. Ceci est très important, car cela en fait un monument non pas vraiment médiéval, comme celui de Marie, mais déjà Renaissance, puisqu’il y là une inspiration de la sculpture antique. Car ce genre de motif n’a rien de chrétien : c’est une inspiration directe de l’art de l’antiquité. Or, comme on le sait, une caractéristique de la Renaissance est de puiser dans l’art de l’antiquité. Et comme nous l’avons déjà dit, ce style Renaissance vient de ce que ce tombeau est bien postérieur à celui de Marie. Son mausolée est commandé en 1558, et le contrat précisait qu’il devait s’inspirer de celui de Marie, cela afin que règne une certaine unité, une harmonie entre les deux tombes. Ceci est aussi caractéristique de l’esprit de la Renaissance, toujours en recherche d’équilibre visuel.


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