Le triptyque de la Passion

Bruges : du burg au béguinage

Le triptyque de la Passion

Maintenant, repassons vers les pieds des deux tombeaux, et tournons-nous vers le magnifique tableau de l’autel. C’est ce qu’on appelle le triptyque de la Passion, « triptyque » car le tableau est en trois parties : une partie centrale et deux volets. C’est assez classique sur les autels du Moyen Âge et de la Renaissance. Les volets étaient généralement fermés. On ne les ouvrait que lorsqu’il y avait des célébrations importantes.

Ce triptyque est attribué au peintre bruxellois Bernard Vanne Orlèè, peintre de la cour de Bruxelles dans la première moitié du 16e siècle. Il travaillait pour Margueritte d’Autriche, la tante du roi Charles Quint, qui régnait sur les Pays-Bas au nom de son neveu. Observons ce tableau. Le grand tableau du centre représente le Christ en croix, entouré des deux larrons, qui, selon les évangiles, sont les deux bandits crucifiés en même temps que le Christ. Aux pieds du Christ, vous voyez Marie Madeleine qui se tient au montant de la croix, tandis qu’à gauche, on voit la Vierge, coiffée d’une voile blanc, qui s’évanouit. A l’extrême gauche, l’homme vêtu de rouge, qui fait un geste dramatique et théâtral est bien sûr saint jean l’évangéliste. Au sommet du tableau, Dieu le Père, représenté en vieillard, et la colombe du Saint-Esprit, viennent assister le Christ dans son agonie. Tout le tableau est plongé dans la pénombre, et violemment éclairé par des effets de lumière en flash. Cela donne à la composition un aspect tendu et très dramatique, mais aussi assez théâtral. Car les gestes des personnages sont aussi exagérés, afin d’augmenter l’aspect dramatique de la composition. Regardez par exemple les positions des deux larrons, sur les côtés, ou encore le geste de Marie Madeleine. Ce style assez typique du 16e siècle, est-ce qu’on appelle le maniérisme. Il s‘inspire des expressions puissantes de la peinture de Michel Ange, ou de certains tableaux de Raphaël. C’est de là que vient maniérisme. C’est peindre « à la manière de ». Mais les artistes maniéristes, comme ici, ont nettement exagéré les gestes et les positions, donnant à leurs personnages non plus un aspect puissant, mais plutôt celui d’acteurs. C’est d’ailleurs de là que vient le mot « maniéré », qui veut dire en faire un peu trop. Regardons les volets maintenant :
ils sont chacun divisés en deux scènes. Regardez celui de gauche : au-dessus, il présente le Christ battu et couronné d’épines par les soldats, et en dessous, le Christ portant sa croix pour monter au calvaire. Regardez celui de droite : il présente en bas la déposition de croix, le Christ descendu, et au-dessus, la Résurrection, dans une lumière orangée surnaturelle.

Observons en exemple la scène de la déposition de croix, en bas à droite. Même si le style maniériste ne plaît pas à tout le monde, car c’est un style qui a tout de même beaucoup de personnalité, nous pouvons voir ici un exemple de la grande maîtrise de Bernard Vanne Orlèè. Le corps du Christ, jambes repliées, est représenté en perspective. C’est ce qu’on appelle un « raccourci », chose que seuls les grands artistes arrivent à réussir aussi bien qu’ici, car tout est parfait dans les proportions. Observez aussi la grande connaissance que le peintre a de la musculature du corps, la manière dont il la souligne avec des effets de lumière. Tout cela est magistral, et nous permet sans risque de placer Bernard Vanne Orlèè dans les tout grands peintres des Pays-Bas du 16e siècle. Avec cette œuvre, nous terminons la visite de Notre-Dame. Nous allons donc ressortir pour nous acheminer peu à peu vers le grand béguinage.


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