La grande chaire à prêcher

Bruges méconnue

La grande chaire à prêcher

Regardez maintenant vers la droite. Tout près de vous se trouve la grande chaire à prêcher, magnifique cuve de bois sculptée de l’époque baroque. Approchons-nous pour mieux la voir.

Asseyons-nous un instant en regardant la chaire. La chaire à prêcher est un meuble qui s’est développé surtout à l’époque baroque, au 17e siècle donc, après les guerres de religion entre protestants et catholique. Après les guerres de religion, l’Église catholique a voulu revoir sa façon de célébrer des messes. Avant les guerres de religion, les messes restaient très formelles, et c’est d’ailleurs ce que les protestants reprochaient – parmi d’autres choses bien sûr — aux catholiques. Du coup, les fidèles n’étaient pas ancrés suffisamment profondément dans leur foie et étaient capables d’être charmés par les prédicateurs Luthériens ou calvinistes. Et c’est donc pour remettre l’accent sur la prédication et l’explication des textes sacrés au peuple que se développa ce nouveau meuble, la chaire à prêcher. Et souvent, il est décoré de symboles et de motifs qui amènent le fidèle à réfléchir tout autant par ce qu’il voit que par ce qu’il entend. De façon très logique, ces chaires ont été particulièrement répandues dans les régions du Nord où l’influence protestante était la plus forte. Regardons maintenant la chaire, en commençant par le bas. Nous y voyons quatre figures féminines qui soutiennent la cuve avec leur tête. Ces quatre figures représentent les quatre parties du monde connues à cette époque, l’Afrique, l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Chaque figure est accompagnée d’un animal fantastique à ses pieds. Déplacez-vous un peu pour regarder par exemple sous l’escalier, la figure de l’Afrique, avec le crocodile. Il est clair que l’artiste ne connaît ces animaux que par ouï-dire. Mais c’est ce qui fait l’originalité aussi de ces sculptures. Et tant que nous sommes là, profitons-en pour jeter un coup d’œil à l’escalier de la chaire. Ses rambardes sont richement décorées d’un lourd entrelacs de plantes – très baroque dans ses mouvements courbes – dans lesquels se meuvent des petits angelots grassouillets – très baroque eux aussi par leur côté charnel. Vous voyez aussi que la base de l’escalier est encadrée de deux statues féminines. Regardez celle de gauche. Elle tient en main un cœur. Et celle de droite, regardez-la : elle tient une palme de martyre. Ce sont respectivement des allégories de la charité et de la foi, deux vertus chrétiennes indispensables. Revenons maintenant de l’autre côté de la chaire, pour observer sa cuve de face.


La cuve est à nouveau très décorée, avec des effigies, sur chaque panneau de la Vierge Marie, de sainte Anne, sa mère, et de Jésus. Et ainsi, on voit apparaître peu à peu tout un programme visuel. Sur l’entièreté du monde – représenté par les quatre statues féminines de la base- se tient la parole de l’Eglise – le prêtre dans sa cuve – justifiée par des personnages sacrés essentiels qui l’ont propagée : le Christ, Marie et sainte Anne. Le prêtre lui-même est confirmé par les vertus de charité et de foi, qu’il devait pratiquer quotidiennement, et qui l’accueillent dès sa montée en chair. Un vaste programme par l’image donc.


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