La chapelle de l’Eglise

Bruges méconnue

La chapelle de l’Eglise

Et maintenant, allons découvrir quelques autres œuvres de l’église. Pour cela, tourons le dos à la cuve de la chaire, et traversons l’église tout en largeur, jusqu’au mur opposé. Là, nous partirons vers la droite, pour nous enfoncer plus avant dans l’édifice. Très vite, nous verrons alors à notre gauche une petite chapelle latérale. C’est là que nous allons.

Et nous voilà à l’entrée de cette petite chapelle. Si elle ouverte, entrons. Et, juste face à nous, sur le mur, nous voyons alors accroché ce qui constitue sans doute le chef-d'œuvre de cette église. C’est un petit triptyque, un tableau en trois parties, qui représente l’histoire de sainte Lucie de Syracuse. Il est l’œuvre d’un primitif flamand, un peintre brugeois anonyme du 15e siècle, contemporain du célèbre Memling. Lucie de Syracuse était une vierge chrétienne martyrisée en Sicile au tout début du 4e siècle, à l’époque des persécutions de Dioclétien. Les images qui sont présentées ici viennent de la vie de la sainte telle qu’elle était racontée au Moyen Age, période ouverte au merveilleux. Toutes les scènes sont séparées par des colonnes peintes. Alors, commençons par regarder le panneau de gauche : vous y êtes ? Donc, on voit Lucie, jeune fille à la robe verte, avec sa mère Eutychie, en rouge. Grâce à l’intervention de Lucie, Eutychie avait été guérie de pertes de sang. Voyant son pouvoir, Lucie décida alors de rester vierge et de donner tous ses biens aux pauvres, dont vous pouvez voir la foule assemblée en haut à gauche du panneau.
Seulement, voilà !: Lucie était déjà promise à un jeune homme. Celui-ci fut bien sûr furieux d’apprendre que sa future femme voulait rester vierge, et surtout qu’elle donnait tout le bien que lui-même convoitait. Du coup, il va la dénoncer comme chrétienne aux autorités de la ville et elle sera jugée. Et regardez le deuxième panneau, au milieu : nous voyons Lucie devant ses juges qui tentent de la faire renoncer à sa foi. Et enfin, regardons le troisième tableau : il nous montre Lucie entourée, raide comme une colonne, tirée par des bœufs. Alors comment en est-on arrivé là ? Et bien, vous devinez que Lucie n’a pas renoncé à sa foi, ce qui a rendu les juges passablement furieux. Ils décident alors de l’emmener dans un lupanar pour la faire violer par des débauchés. Mais jamais on n’arriva à déplacer le corps de Lucie, et même une traction de mille bœufs n’y suffit pas. C’est ce que l’on voit ici. Et la suite de l’histoire ? Et bien sainte Lucie sera finalement brûlée, puis aura la gorge percée d’une épée. On ne voit pas cela ici, probablement parce que le but de ce triptyque est plutôt de mettre en valeur la détermination de sainte Lucie plutôt que son martyr lui-même. Voilà pour l’histoire. Et maintenant, parlons du style. Et bien, le simple fait de regarder les images en suivant l’histoire aura déjà suffi à vous convaincre de toute la beauté et du raffinement de ces représentations. Cette œuvre est bien dans la lignée des primitifs, et notamment de l’atelier du célèbre Memling. Voyons pourquoi. Tout d’abord, constatez ces formes allongées des personnages. Voyez aussi leur teint pâle, et puis le large front et les longs cheveux blonds de la sainte. Tout cela leur donne un aspect un peu diaphane, un peu irréel. C’est typique des primitifs flamands. Mais ce qui reste surtout véritablement fascinant, c’est le sens du détail. Alors par exemple, regardez le tableau de gauche et en particulier observez, au niveau du sol, le rendu de chaque espèce végétale. Voyez comme c’est précis. Ou bien encore le rendu des tissus, le sens des matières presque palpables. C’est particulièrement évident dans le tableau du milieu et dans celui de droite. Voyez le manteau du juge, certainement un velours brodé vénitien, signe de très grande richesse. Enfin, il y a aussi la brillance des couleurs. Et quel est le secret des peintres flamand ? Et bien c’est l’usage de la peinture à l’huile, posée en fines couches superposées, qui se colorent et s’éclairent l’une l’autre. C’était une révolution pour l’époque. Tournez-vous maintenant de manière à avoir ce triptyque à votre droite. Le triptyque est bien à votre droite ? Alors, vous faites face à un confessionnal, au dessus duquel vous pouvez voir une curieuse peinture, surornementée de fausses architectures en dorures. Cette œuvre étrange est attribuée à Lancelot Blondéél, un important artiste de Bruges au 16e siècle. La scène centrale représente le martyre de deux célèbres saints romains, Côme et Damien. Elle est entourée de deux saints ou personnages non identifiés. Dans les architectures dorées elles-mêmes, vous pouvez voir de faux bas-reliefs représentant la Passion du Christ et des martyres de saints. Tout cela est furieusement décor de théâtre et est nettement surchargé. Cependant, ça n’a pas la lourdeur et le grandiose du baroque. C’est un autre style, plus en raffinement, qu’on appelle le maniérisme, et qui a précédé le baroque. Ce maniérisme ne se caractérise justement pas des effets théâtraux, mais tout en finesse, on pourrait même dire parfois trop en finesse. Le baroque ne fera finalement que développer et amplifier ces effets.


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