Les maisons de uri utca

Buda, le quartier du chateau : de la porte de vienne a l'hotel hilton

Les maisons de uri utca

Prenons maintenant Noegylet utca jusqu’à retrouver Uri utca. Voici donc Uri utca : nous sommes devant le n°31. Arrêtons-nous un instant. Remarquons la hauteur des maisons de Uri utca : un étage ou parfois 2, jamais plus – avec une exception : l’immeuble du nº 31qui est la seule maison ancienne à 3 étages - et il en va de même dans tout le quartier du château. En revanche, de l’autre côté du Danube, à Pest, le gabarit des immeubles est bien différent, comparable à celui des immeubles Haussmanniens de Paris.

Ces maisons basses sont pour beaucoup dans le charme provincial de Buda, un quartier qui donne une idée de ce que l’on voyait aussi à Pest jusqu’aux années 1860. Le boom démographique et immobilier est venu surtout après le compromis signé en 1867 avec l’Autriche et qui a donné naissance à la double monarchie. Mais qu’est-ce que ce compromis et cette double monarchie ? Eh bien, c’est la transformation de l’empire d’Autriche en un état double : empire d’Autriche et royaume de Hongrie à la fois, où les Hongrois étaient enfin traités sur un pied d’égalité, avaient un premier ministre. C’est de cette époque aussi que date le nouveau parlement pour lequel on construira, à Pest un bâtiment grandiose,

Une fédération en somme, dont François-Joseph était à la fois l'empereur et le roi, et où tout acte public était, par conséquent : « Kaiserlich und Königlich »: impérial et royal, en abrégé K&K. D’où le nom de Cacanie que donnera l’écrivain autrichien Robert Musil à ce pays disparu en 1918.
Pour revenir à Uri utca, les façades y sont égayées, ainsi que nous le verrons dans les autres rues du quartier par des enduits de couleur, caractéristiques des villes d’Europe centrale, et par des ornements de stuc qui donnent une allure baroque, ou rococo à bon nombre d’entre elles.
Mais ouvrons l’œil : car il y a aussi de nombreuses maisons médiévales.
Certaines se reconnaissent au léger encorbellement -ou surplomb, si vous préférez- du 1er étage sur le rez-de-chaussée.

D’autres encore, montrent, quand leur portail est ouvert, des porches profonds, bordés de bancs de pierre que surmontent des arcades gothiques. On ne sait pas à quoi, ni à qui servaient ces bancs et ces arcades. Et c’est le cas de la maison du n°31. Sa façade aux fenêtres gothiques a été très restaurée en l’occurrence en 1954-55. Mais essayez d’ouvrir la porte, passez sous le porche et jetez-y un coup d’œil.

Pas mal n’est-ce pas ? Et cette cour pittoresque et fleurie, entourée de Balcons ? : les cours fleuries entourées de balcon sont un des charmes secrets de Buda, comme de Pest. Le bâtiment sur rue remonterait au 15e siècle, mais la cour, quant à elle, doit dater de la fin du 17e.
Au fait : sur la façade du 31, nous avons vu une plaque avec le mot Müemlek, nous retrouverons ce mot partout dans le quartier : il signifie édifice protégé (au sens de « monument historique »). Sortons maintenant, et prenons à droite : rendons-nous devant le nº 40.

Nous voici au n°4O, devant la maison Buchinger, construite vers 1830. Mais regardons à travers la porte vitrée: de superbes arcades gothiques, les plus belles du quartier peut-être, et une voûte d’ogive sur le porche nous donnent la véritable identité du bâtiment : une riche demeure du 15e siècle.
Dans bien des cas, les porches et les arcades gothiques sont tout ce qui révèle l’origine médiévale d’une maison, derrière une façade qui peut être baroque ou néo-classique.
Cela signifie que les maisons de Buda ont traversé le siècle et demi d’occupation ottomane, avant d’être dotées de nouvelles façades, au goût du jour, dans les années 17OO ou 18OO et quelques.
Tout en regardant les autres maisons, et notamment le nº 35, rendons-nous devant le nº 37

Dans la cour du 37 Uri utca se trouve une rareté : la seule maison tour médiévale de Buda. Elle pourrait dater du début du 14e siècle, et être donc la plus vieille maison de la ville. Qu’est-ce au juste qu’une maison-tour ? Eh bien c’est tout simplement une maison en forme de tour : un mini donjon en somme.
Ce genre de construction est courant en Italie, et ici exceptionnel. Mais peut-être cette cour sera-t-elle fermée, alors, laissons la maison-tour, et passons au n°46-48

Voici un autre exemple de maison médiévale « modernisée » : malgré l’allure baroque de la façade, avec ses 2 grands portails et le décor de stuc de ses fenêtres, quelques traces de l’état gothique ont été rendues visibles lors de la restauration d’après-guerre.
Notamment autour du portail de gauche, vous les voyez ? Traversons maintenant pour aller voir la cour du nº 43. Encore une cour fleurie et pittoresque ! Et une adresse Lisztienne : car le baron Augusz qui y a vécu au 19e siècle était un ami intime de Franz Lizt, et pour un temps son secrétaire particulier. Une plaque, côté rue rappelle que Liszt est venu là, et y a joué.

Retournons aux numéros pairs et regardons maintenant le nº 52.Voilà encore une façade baroque, de 1700, avec des frontons ornés de mascarons -c’est-à-dire des têtes décoratives - d’un style un peu naïf .Mais le 54-56 est encore mieux. C’est là une très belle façade baroque, du début du 18e siècle, avec un grand portail, et des statues dans des niches : elles représentent les saisons. Il s’agit d’une demeure de grand prélat : construite, ou reconstruite pour un évêque de Transylvanie.


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