Le Tancsis Mihaly utca

Buda, le quartier du chateau : de la porte de vienne a l'hotel hilton

Le Tancsis Mihaly utca

En débouchant sur Bécsi Kapu ter, depuis Fortuna Utca, nous retrouvons à droite l’Église luthérienne. Plaçons-nous devant sa façade en la regardant et dirigeons-nous vers la rue qui s’ouvre sur sa gauche : il s’agit de Tancsis Mihaly utca.

Allons jusqu’au n°26 Tancsis Mihaly utca, en regardant, en chemin, les belles maisons de cette rue.

Le n°26 abrite le musée de l’ancienne synagogue médiévale: il s’agit de l’un des 2 monuments juifs médiévaux de Tancsis Mihaly utca, rue qui -au Moyen-Age- était la principale rue du quartier juif de Buda. Les vestiges de l’autre, une ancienne synagogue également, se trouve au nº 23, derrière une maison à façade baroque. Au 26, dans une ancienne salle de prière dont l’architecture intérieure médiévale subsiste, on peut voir des pierres tombales hébraïques, ainsi que des documents sur l’histoire de la communauté juive de Buda. Sa présence , documentée depuis le Moyen-Age a duré jusqu’à la fin de la période ottomane, la reconquête chrétienne de 1686 y a mis fin temporairement par une mesure d’expulsion
Une importante population juive s’établira ensuite à Budapest au 19e siècle, mais plutôt à Pest, et c’est là que se trouve la Grande Synagogue néo-mauresque du Petit Boulevard, la plus vaste d’Europe, dit-on.

Maintenant, allons voir le n°24. Entourée de guirlandes Louis 16 qui forment un médaillon, une tête d’homme, en bas-relief, arbore une fière moustache, et un turban : c’est un turc, bien sûr. Un siècle après son départ, l’ennemi d’hier revenait pacifiquement à Buda, du moins en image.
Avant d’aller plus loin, jetons un coup d’œil au n° 22 et à son oriel.
Puis avançons jusqu’au nº 16

Voilà la seule fresque figurative qui ait survécu aux intempéries sur une maison de Buda. Elle représente Le Christ, la vierge et des saints. Sur cette maison du 18e siècle, remarquez aussi les ferronneries des fenêtres.

Rendons-nous maintenant devant le n°9. Au n°9, qui servait alors de prison, a été enfermé Louis Kossuth, le futur chef du soulèvement de 1848-49 par lequel la Hongrie a essayé de secouer le joug autrichien, et y a presque réussi. Les demandes hongroises -au début- étaient modérées: il s’agissait d’obtenir une constitution.
Elles sont devenues ensuite plus radicales : l’indépendance et une république ; Kossuth a fait voter en avril 1849 la déchéance des Habsbourg et a pris le titre de gouverneur.
Dans une campagne militaire où les échecs et les victoires se succédèrent, les Hongrois ont finalement battu les Autrichiens, et le jeune empereur François Joseph n’a pu sauver son trône qu’en appelant le tsar à l’aide: cette fois, devant se battre sur 2 fronts, les Hongrois ont succombé.
Le comte Battiyany, 1er ministre au début de la révolution, puis ministre des Affaires étrangères de Kossuth, a été exécuté par les Autrichiens, ainsi que 13 généraux hongrois. Kossuth, lui, est mort en exil à Turin en 1894. Un mot encore au sujet de ce n°9 : ce serait là l’emplacement du 1er château royal de Buda, construit au 13e siècle, sous Bela 4.
Tout à côté, au n° 7, regardons maintenant le palais Erd?dy, beau palais baroque, sans aucun doute le plus beau de Buda, où se trouve aujourd’hui le musée d’histoire de la Musique, riche en instruments anciens.
Et bien ici aussi il faudra patienter : grands travaux à l’automne 2005 !
Le palais a été construit par l’architecte Maté Nepauer dans les années 175O-1760, et a 2 façades intéressantes : celle sur la rue et celle en fond de cour.
Côté rue, on est d’abord frappé par la qualité de la ferronnerie qui recouvre les fenêtres du rez-de-chaussée. La mode des « jalousies », autrement dit des grilles aux fenêtres, fait penser à l’Espagne, et peut surprendre en Hongrie. Un leg ottoman ? qui sait.
Quant au balcon qui surmonte le portail -regardons-le -, il est posé sur des piliers placés en biais: nous avons déjà vu cela sur un palais baroque de Uri utca. Le fronton a un dessin mouvementé, tout en courbes et en contre-courbes et il porte un blason.
Piliers en biais et ligne courbe annoncent l’orientation baroque de l’architecte, et celle-ci se confirme dans la cour : si c’est encore possible malgré les travaux, avançons donc dans le porche.

Voilà une rare cour de réception, ou d’apparat, aussi profonde que celle d’un hôtel particulier parisien. Quant à la touche baroque, elle vient, non pas des grands pilastres, un motif aussi bien classique que baroque, mais bien sûr du pavillon central projeté en avant de l’aile du fond de cour.
Regardons bien comme ce pavillon est tout en lignes courbes et sa façade a une forme qui ondule comme une vague : façade principale convexe, façades latérales concaves, corniche ondulée ; on y trouve même un œil-de-bœuf –une ouverture ronde ou ovale, ici ovale- au-dessus des fenêtres. Bien sûr, ces ondulations sont des caractéristiques exclusivement baroques.
Beethoven a séjourné dans ce palais en 1800 alors qu’il venait donner un concert, en tant que pianiste virtuose, au Théâtre du Château.
Ressortons et allons maintenant jusqu’au n°1

Encore un portail baroque, cette froide avec des Atlantes. Les atlantes sont ces statues qui portent quelque chose sur leur dos, comme le géant Atlas, qui dans la mythologie grecque portait le monde. Un grand classique du décor baroque, les atlantes, depuis Toulon, ou Aix en Provence, jusqu’à Vienne, Prague, et Buda.
Juste après ce n°1 un passage, à gauche, conduit jusqu’aux anciens remparts, côté Danube. Prenons-le et allons jusqu’au bout.

Jetons un coup d’œil, à droite, sur le tout blanc et très kitsch Bastion des Pêcheurs : on le découvre d’ici sous l’un des angles les moins connus des touristes. Mais nous visiterons le bastion, et décrirons son panorama sur le Danube et sur Pest dans notre promenade n°2. On commence d’ici à avoir une idée de ce panorama. Et justement, à gauche, si le cœur vous en dit, un escalier assez raide, descend jusqu’aux jardins des remparts.


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