Sandro Botticelli : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Sandro Botticelli : son histoire et son œuvre

Quand vous regardez la porte vitrée par laquelle vous êtes entrés dans le musée, tournez à droite. Il s’agit de la salle numérotée 18 en latin.

Allez tout droit dans cette salle pour vous rendre vers le mur du fond. Vous vous arrêterez devant le second tableau en partant de la gauche. Il est rectangulaire dans un superbe cadre doré et il s’agit de « Marie trônant avec Jésus et les deux Jean » de Sandro Botticelli.

Sandro di Mariano Filipepi surnommé Botticelli est né à Florence en 1445. 2 mots à son sujet : Il suivit sa formation chez les grands peintres de la première renaissance comme Filippo Lippi ou Verrocchio. En 1470, il ouvrit son propre atelier à Florence et resta presque toujours dans la ville. Il effectua simplement un séjour à Rome entre 1481 et 1482 pendant lequel il exécuta une partie des fresques de la chapelle Sixtine. À côté de nombreuses peintures religieuses, il peignit des scènes mythologiques mondialement célèbres comme le Sacre du Printemps ou la Naissance de vénus. Il travailla essentiellement pour les Médicis, la toute puissante famille des ducs de Toscane.
Avec lui, nous voici plongés dans la haute renaissance florentine, l’un des âges d’or de la culture occidentale et en particulier de la peinture. La Renaissance met l’homme et la raison au centre de ses préoccupations. Les peintures sont généralement très intellectuelles et truffées de symboles et de signes à déchiffrer. Ce sera le cas avec cette peinture comme nous le verrons. Mais la Renaissance, c’est aussi rendre la réalité, des personnages et de leur environnement. C’est pourquoi les peintres s’attacheront, dans une certaine mesure, à reproduire le naturel des personnages. Et comme le monde réel est en 3 dimensions, ils utiliseront aussi de plus en la 3ème dimension et donc la perspective. Mais ici, avec Botticelli, c’est moyennement le cas. Comme nous allons le voir, son style est très élégant et cherche à représenter la beauté parfaite, quitte à se permettre quelques privautés avec le réel.

Et maintenant admirons cette œuvre et commençons par décrire sa composition. En même temps, nous en lirons les sens et symboles cachés. Elle montre 3 saints autour de la Vierge qui porte l’enfant Jésus sur ses genoux. Elle est enveloppée dans un grand manteau bleu et est vêtue d’une belle robe rouge aux plis finement dessinés. Regardez bien ces plis. Botticelli est dit appartenir à l’école des dessinateurs, car il dessine toujours très finement les pourtours des choses et des gens, au contraire de ceux qu’on appelle les coloristes et qui eux se servent des différences entre les couleurs pour montrer les frontières. A gauche se tient un homme revêtu d’une peau de bête et tenant un long bâton s’achevant par une croix. Il s’agit de Saint Jean Baptiste qui prêcha dans le désert recouvert d’une simple peau. A ses pieds, nous voyons un objet en forme d’écuelle avec une anse. Cet objet sert à verser de l’eau bénite et fait référence au rôle de Saint-Jean comme Baptiseur.
A droite, un élégant vieillard à la longue barbe blanche tient d’une main un livre ouvert et de l’autre une plume. Il semble absorbé dans ses pensées et derrière lui, apparaît le bec d’un aigle regardant vers la droite. Mais pourquoi donc cet aigle ? Ce dernier est l’animal attribut du vieillard et permet d’identifier celui-ci comme l’évangéliste saint Jean.
Concentrons désormais notre attention sur le décor entourant les personnages. La scène se situe dans un riche jardin. Le banc sur lequel la vierge trône repose sur un tapis d’herbe et de fleurs sauvages. De chaque côté de Marie, se dresse un grand vase rempli de roses, de palmes de lauriers et de lys. Vous les voyez ? Mais les plantes représentées ne sont pas uniquement des éléments décoratifs, elles ont aussi une signification symbolique propre à la peinture italienne de la Renaissance. Ainsi, les roses symbolisent les joies de la Vierge comme la naissance du Christ ou la Résurrection, le laurier symbolise la paix et la gloire du Christ et enfin le lys fait référence à la virginité et à la pureté de Marie. Maintenant, admirez comme à l’arrière-plan les plantes se rejoignent pour former une tonnelle au dessus de la vierge. Naturellement, cette tonnelle ressemble à un baldaquin surmontant un trône pour faire allusion au couronnement de la Vierge.
Le fait que la scène se situe dans jardin richement orné de fleurs et de palmes est un procédé traditionnel de Botticelli. Il rappelle un peu les tapisseries du début de la Renaissance dite à mille fleurs, car entièrement brodées de fleurettes. Le plus célèbre tableau du peintre possédant ce décor est le Sacre du printemps conservé à Florence.

Mais regardons attentivement entre les branches et sur les vases, nous pouvons apercevoir des bandeaux blancs portant des inscriptions latines. Elles correspondent à des citations du livre biblique de Jésus Syrah. Ces citations ont un rapport à la Sagesse qui est comparée métaphoriquement avec les roses de Jéricho, le cèdre du Liban, le cyprès, la palme, l’olivier et le platane.
Mais pourquoi ces comparaisons entre les arbres des jardins et des citations religieuses relatives à la sagesse ? Tout simplement parce que depuis le Moyen Age, la Vierge était vénérée comme le Trône de la Sagesse divine. Nous remarquons ici une caractéristique de Botticelli : il possédait une solide culture chrétienne. Nous sommes en effet à la Renaissance, une époque de grande connaissance où les peintres pouvaient également être musiciens, écrivains, scientifiques ou tout à la fois. Pensons à Leonard de Vinci, le génie complet ! Cela dit, ces peintres travaillaient à la commande et c’est souvent le commanditaire qui définissait tous les thèmes. Dans ce tableau, il y a également encore de nombreux symboles. Mais nous allons arrêter là leur description, car on n’y trouve plus, de nos jours, le même plaisir qu’on y trouvait à l’époque. En tout cas, nous avons ici un parfait exemple de tableau de la Renaissance italienne au contenu complexe où chaque élément nécessite une interprétation.
Sur le plan stylistique maintenant, nous observons ici que Botticelli refuse tout naturalisme. Les figures sont presque stylisées et très allongées. Admirez les mains de la vierge et des saints, elles sont longues et effilées. Les visages sont statiques de manière à donner l’impression d’une beauté parfaite et figée. Et puis, l’enfant Jésus est comme posé maladroitement sur le genou de sa mère. Il a une pose irréelle. Les 2 mains levées vers Marie, la tête tournée dans notre direction et reposant sur les cuisses de sa mère de telle sorte qu’il ne trouble pas les plis de la robe. Il y a également une déformation anatomique du corps de la vierge. Le corps est beaucoup trop long par rapport aux genoux. Il s’agit d’un procédé propre à Botticelli qui allonge encore les figures pour répondre à des critères de beauté idéale. Et c’est assez drôle de voir que Botticelli se situe bien loin des préoccupations de ses contemporains en ce qui concerne les problèmes de volume, de perspective et de lumière. Sa seule préoccupation a été de rendre l’impression de beauté qui se dégage de ce tableau, quitte à faire quelques entorses au réel. C’est une sorte de poésie picturale ; En cela, il est extrêmement novateur.


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