Hans Bladung : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Hans Bladung : son histoire et son œuvre

Ressortez maintenant de la salle 18 en retournant sur vos pas et gagnez le hall circulaire. Retournez ensuite dans la grande galerie à colonnes et tournez dans la première salle sur votre droite, elle porte le numéro latin : 2
Rendez vous vers le long mur situé sur la gauche et regardons le deuxième tableau accroché après la porte donnant accès à la salle suivante. Approchez-vous, il s’agit de « la Déploration du Christ » par Hans Baldung dit Grien.

Nous sommes devant un tableau extrêmement dramatique qui est dû à l’un des grands maîtres de la renaissance allemande ayant sans conteste sa place à côté d’Albrecht Dürer: Hans Baldung surnommé Grien qui signifie le vert. La raison de ce surnom nous est d’ailleurs absolument inconnue. Hans Baldung est né dans le sud de l’Allemagne, mais fut rapidement emmené par ses parents à Strasbourg où il suivit sa première formation de peintre. Il se caractérise par un grand souci du détail naturaliste en particulier dans les paysages présents à l’arrière-fond des tableaux. De 1503 à 1506, il travailla dans l’atelier d’Albrecht Dürer dont il retint l’individualisation des personnages, même s’il poussa, comme dans l’œuvre présente, les expressions des visages à l’excès.

Regardons ce tableau. Nous y voyons l’un des sujets les plus souvent traités dans la peinture occidentale : la déploration du Christ. C’est à dire la descente de la croix du Christ qui repose au sol devant sa mère Marie en lamentation. Nous voyons trois autres personnages. Deux d’entre eux sont des protagonistes traditionnels de cette scène : Marie Madeleine avec ses longs cheveux qui porte la main de Jésus à sa joue et l’évangéliste Saint Jean vêtu en rouge qui tient à gauche la tête du Christ.
A l’arrière plan gauche, apparaît un personnage barbu tenant un grand pot entre ses mains et coiffé d’un chapeau. Il s’agit de Joseph d’Arimathie qui apparaît dans l’évangile de Saint Matthieu pour ensevelir le Christ.

Citons ici Matthieu : « Et, le soir étant venu, il arriva un homme riche d'Arimathie, dont le nom était Joseph, qui aussi était disciple de Jésus. Celui-ci étant allé auprès de Pilate, demanda le corps de Jésus ; alors Pilate donna l'ordre que le corps fût livré. Et Joseph, ayant pris le corps, l'enveloppa d'un linceul net, et le mit dans son sépulcre neuf qu'il avait taillé dans le roc ; et ayant roulé une grande pierre contre la porte du sépulcre, il s'en alla. »

Regardons de plus prêt ce personnage. Il porte un costume élégant qui indique son statut social. Les manches et le col sont ainsi bordés de fourrure. Naturellement, ce détail se rapporte aux costumes de l’époque de Baldung, car il est impensable d’imaginer à Jérusalem sous un soleil brûlant un homme vêtu d’une fourrure. Il porte également un chapeau et une barbe, ceci pour faire référence aux Sages d’Israël. Et ce pot qu’il tient entre les mains : à quoi sert-il ? Il s’agit, selon la légende, d’un pot à onguents que Joseph apporte pour préparer le corps du christ avant sa mise au tombeau.
Maintenant, essayons d’analyser les caractéristiques stylistiques de Hans Bladung.
Premièrement : ce sont les détails du paysage. Voyez derrière Marie : il se dresse un tronc d’arbre dont l’écorce a été arrachée et qui est percé au centre par un trou. Il s’agit naturellement de la croix et le trou fut laissé par l’un des clous. Admirez le réalisme avec lequel Baldung a peint une traînée de Sève sous le trou. Cette dernière fait également référence au sang du Christ. Regardons à droite de cet arbre, nous remarquons à nouveau deux grands troncs décharnés. Celui à l’extrême droite porte encore des branches mortes. Le tronc situé directement à côté de la croix du christ est très intéressant. En l’observant attentivement, nous remarquons une corde qui l’entoure et en dessous de celle-ci dépasse un pied. Vous le voyez ? Et il s’agit du pied d’une des personnes crucifiées en même temps que Jésus. Le peintre a accru l’aspect dramatique de la scène en ne laissant apparaître qu’un pied de derrière le tronc. Un bel effet de mise en scène n’est-ce-pas ?
Regardons le bouquet d’arbres à gauche du tableau. Il est très réaliste, car nous pouvons très clairement distinguer les différentes feuilles. Baldung a utilisé pour ce faire un procédé traditionnel de la peinture allemande du 16e siècle et qui est la représentation du feuillage par petites touches alternatives de jaune et de vert.
La seconde caractéristique de Hans Baldung est le rendu à la fois réaliste et exacerbé des Sentiments. Regardez la vierge au centre, la tête est un peu penchée sur le côté avec les yeux convulsés vers le haut et la bouche légèrement ouverte. Elle semble absorbée par une douleur silencieuse et digne. Voyez comme les yeux rougis se détachent admirablement sur ce visage blanc.
En revanche, nous observons sur le visage de Saint-Jean une exagération de l’expression de la douleur. Le visage est déformé par le chagrin. Le corps du christ, quant à lui, est d’un grand réalisme n’épargnant aucun détail de ses souffrances. Les traits du visage sont lourds, il est ridé par la douleur et légèrement gris pour signifier le passage de la mort. Le corps est recouvert par les plaies de la flagellation. Cette superbe composition est très resserrée : voyez comme les personnages sont presque tassés dans une forme pyramidale qui est sans doute indirectement influencée par l’Italie.


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