Lucas Cranach l’ancien : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Lucas Cranach l’ancien : son histoire et son œuvre

Rendez-vous dans la salle suivante dont l’accès se fait par la porte située à droite du tableau de Grien : c’est la salle 3 en latin.

Une fois passé la porte, dirigeons-nous directement vers le mur situé au fond à notre gauche. Au centre, nous voyons une grande composition rectangulaire montrant une scène de baignade. Il s’agit de la « Fontaine de Jouvence» du peintre allemand Lucas Cranach l’ancien.

Lucas Cranach est l’un des talents multiples de la Renaissance allemande. Il possédait un vaste atelier où travaillaient de nombreux aides, dont son fils qui fit aussi une prodigieuse carrière. Son style se répandit ainsi dans toute l’Allemagne et exerça une grande influence. Cranach l’Ancien fut à la fois peintre, graveur, dessinateur et décorateur, mais aussi imprimeur, pharmacien, maire de sa ville de Wittenberg dans l’ancienne Saxe et conseiller du prince électeur de Saxe. De 1501 à 1504, il séjourna à Vienne où il entra en étroit contact avec l’université. En 1504, il fut appelé par l’électeur de Saxe pour devenir son peintre attitré. Il appartint au cercle du réformateur Martin Luther. Sa peinture est très liée à l’école de paysage dite du Danube. Nous allons apprécier cette caractéristique dans la Fontaine de Jouvence. Il choisit souvent ses thèmes dans la mythologie antique comme c’est justement le cas ici.

Le tableau se lit de la gauche vers la droite : venant de la gauche, on voit de nombreuses vieilles femmes converger vers la fontaine. Elles sont parfois malades et sont amenées dans des charrettes, ou portées par des hommes ou sur une litière. Regardons au milieu, près du bord gauche du bassin. Une jeune femme déshabille une dame âgée, tandis qu’un personnage vêtu de rouge et tenant un livre se penche pour analyser le corps d’une femme nue. N’est-il pas comique avec sa main tenant ses lunettes au bout du nez ? Il s’agit tout simplement d’un docteur.
Maintenant, faisons le tour du bassin et regardons la partie droite du tableau. Et là, changement de décors, ce ne sont plus des vieilles femmes mais des jeunes femmes et ce n’est plus un vieux docteur qui les reçoit mais un jeune homme élégamment vêtu d’un habit de cour. Il leur montre une grande tente rouge. Regardez ! L’une d’elle totalement nue entre dans la tente, tandis qu’à l’extrême droite ressortent des dames richement parées. Et oui, dans cette tente, les jeunes filles reçoivent de beaux habits. Maintenant, levons le regard vers l’arrière-plan au dessus de la tente. Ici, les jeunes gens sont en couples ou bien attablés pour festoyer, tandis que des couples dansent et disparaissent derrière un arbre près duquel jouent des musiciens.
Donc, en résumé : nous avons ainsi l’arrivée des dames âgées, puis le passage dans le bassin – vous voyez dans la moitié gauche de ce dernier, les femmes ont encore la poitrine tombante et des rides profondes, puis dans la partie droite il n’y a que des jeunes femmes blondes qui s’amusent. Et oui elles sont rajeunies au contact de l’eau de Jouvence. Enfin dans la partie droite, elles sont vêtues et batifolent avec de jeunes hommes : elles vivent une seconde jeunesse.

N’avez-vous pas remarqué dans cette scène un détail important ? Il n’y a pas d’homme dans le bassin et pourtant à gauche, nous ne voyons que des vieillards et à droite que de fringants gentilshommes. En fait, ils n’ont pas besoin de passer dans le bassin, ils sont rajeunis au contact des jeunes femmes. Cranach a simplement transformé le mythe antique de la fontaine de jeunesse en fontaine d’amour. Cette interprétation est confirmée par la sculpture située au sommet de la colonne décorant la fontaine. Nous y voyons une femme accompagnée d’un enfant ailé. Il s’agit naturellement de Vénus, déesse de la beauté et de l’amour accompagnée de son fils cupidon. Cela dit, attention, avec Cranach, protestant convaincu et ami de Luther, il n’est pas question d’amour charnel. Le message n’est pas bien sûr, « faites l’amour » pour rester jeune. Non, le message est « aimez votre conjoint et vous resterez jeune». D’ailleurs, ces jeunes femmes ne sont pas spécialement érotiques. Voyez comme elles ont de petites poitrines, comme leurs jambes sont un peu grêles.
Maintenant, en quoi ce tableau peint sur bois peut être rattaché à l’école du Danube ? Tout d’abord, il s’agit de la première école de paysage en Allemagne dont le principal représentant fut Albrecht Altdorfer. Elle s’intéressait donc au rendu minutieux de la nature comme nous pouvons le voir ici. Admirez la manière minutieuse avec laquelle sont traitées les feuilles des arbres. Voyez-vous, Cranach a utilisé une technique propre à cette école qui consiste à peindre une feuille jaune, une feuille verte, une feuille jaune, une feuille verte, etc. Un procédé que nous avons également vu chez Hans Baldung. Ainsi, nous avons un rendu presque naturaliste de la végétation. Mais il y a une seconde particularité: les paysages et les sentiments humains vont de pair. Ainsi à gauche, l’aridité des montagnes est bien sûr là pour renforcer le monde la vieillesse. À droite, au contraire, nous voyons une grande pelouse au milieu de laquelle poussent des arbres fruitiers. Et à l’extrême droite, ce sont des champs cultivés et au fond l’horizon est ouvert avec une colline bleutée et nous avons la vision d’une ville agréable avec de nombreux clochers.


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