Van der Weyden : son histoire et son œuvre

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Van der Weyden : son histoire et son œuvre

Maintenant, allez dans la salle suivante numérotée 4 en latin. Tournez-vous vers le mur situé à droite du Cranach et prenez la porte percée au bout de ce mur.

Tournez-vous vers le long mur de droite percée par une porte conduisant vers une autre salle et arrêtez-vous devant le premier tableau accroché justement à côté de cette porte. Il s’agit de l’autel de Middelburg peint par Roger Van der Weyden aux environs de 1445. C’est la grande époque de la peinture flamande et Van der Weyden en est un des maîtres.

2 mots sur lui : Il commença sa carrière à Tournai avant d’obtenir la charge de peintre de la ville de Bruxelles. Il travailla beaucoup pour la cour de Bourgogne à son âge d’or et réalisa en particulier les portraits de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. Il réalisa de nombreux triptyques, dont celui de Middelburg. Mais tout d’abord pourquoi ce nom ? Middelburg est une ville fondée en 1444 au nord de Brugge par Pierre Bladelin, trésorier du duc Philippe le Bon et l’un des hommes les plus riches de son temps. Le trésorier commanda vraisemblablement ce retable pour l’église de la ville qu’il venait de fonder.

Et maintenant, commençons nos observations de l’œuvre. Quel en est le thème tout d’abord ? Et bien, regardons le panneau central: nous y voyons un bœuf, un couple, un Bébé. C’est donc bien sûr la nativité. Quant à ce personnage en noir que nous voyons : c’est bien sûr le donateur Pierre Bladelin. En effet, il était habituel au Moyen âge et à la Renaissance de peindre les donateurs de l’œuvre offerte à une église. En plus, à l’arrière-plan de la composition, nous voyons se dresser les tours de qui devait être Middelburg. Pour ce qui est des panneaux de gauche et de droite, c’est moins évident. Commençons par celui de droite : nous y voyons trois personnages richement vêtus et agenouillés en prière devant un enfant apparaissant dans le ciel. Étant donné la scène de la nativité au centre, on se doute qu’il s’agit des 3 rois mages. D’autant plus que l’un des trois a les traits orientaux. Vous le voyez ? Mais, en revanche, que fait donc le christ dans le ciel ? Et bien en fait, cette représentation un peu étrange suit une légende moyenâgeuse. Il y est dit que les rois mages ne virent pas l’étoile comme il est inscrit dans la Bible, mais qu’ils virent apparaître l’enfant roi dans le ciel à la place de l’étoile pour les conduire à Bethlehem.

Maintenant, regardons le panneau de gauche : cette fois-ci, la scène se passe dans un intérieur luxueux. Nous voyons un beau sol de marbre, un lit à baldaquin sur la gauche et une fenêtre ouverte ornée de vitraux. Nous sommes naturellement dans un palais. Et par la fenêtre, nous voyons la vierge volant dans le ciel. Devant cette apparition, un personnage richement vêtu de velours et brocard est assis en prière, tandis qu’une femme semble lui expliquer cet événement. Voyez-vous? Elle a une main sur l’épaule du personnage agenouillé et l’autre qui montre la vierge par la fenêtre. C’est véritablement une vision qui n’est vue que de ces 2 personnes. Du moins, c’est l’impression qu’on en a. regardez les 3 personnes sur la droite de ce panneau: eux semblent ne rien voir. Et même, on a presque l’impression qu’ils sont étonnés de voir l’homme agenouillé et étonné par les gestes de la femme et par ce qu’on devine qu’elle dit. Voyez les lèvres de la femme : on les sent bouger. Et cela rend la scène très expressive. Et c’est d’ailleurs une des grandes caractéristiques de van der Weyden qui –par cette expressivité et souvent ce souci du réalisme - annonce déjà la Renaissance.
Mais au fait, revenons au thème ce panneau de gauche : on peut se demander à quel épisode religieux il se réfère cette composition. Et en fait, il s’agit d’un épisode tiré de la « légende dorée », qui est un recueil écrit deux siècles plus tôt. Et ce recueil relate les événements extraordinaires de la Chrétienté. Dans le cas présent, il raconte que, le jour de la naissance de Jésus, l’empereur Auguste eut une vision que lui interpréta la sibylle, qui est la dame à sa gauche. Et dans sa vision, il voyait, dans le ciel, la vierge tenant l’enfant Jésus. Auguste se mit aussitôt en prière -c’est donc l’homme à genoux - et il fit construire sur le capitole un autel pour le fils de Dieu. Et d’ailleurs, c’est à cet emplacement –à Rome donc- que plus tard sera édifiée l’église Santa Maria in Arcoeli.
Et là aussi, Van der Weyden ajoute des petits détails pour rendre la scène bien compréhensible et le plus important est sans aucun doute le vitrail coloré de la fenêtre. Vous le voyez ?? Il représente un aigle à deux têtes, or ce dernier était le blason du saint empire romain germanique, empire qui se voulait le descendant de l’Empire Romain, la chrétienté en plus. Et nous pouvons relier thématiquement les 3 panneaux : au centre, il y a la nativité, à gauche l’annonce de la naissance du sauveur sur l’occident symbolisé par la légende d’Auguste et à droite l’annonce aux Mages qui vont propager la nouvelle à travers l’Orient. Bref, cette œuvre veut montrer l’universalité du message chrétien.

Voilà ce que nous pouvions dire sur le thème. Maintenant, penchons-nous sur l’art de van der Weyden. En fait, nous l’avons déjà dit : van der Weyden est très doué pour exprimer au mieux ce qu’il veut montrer. Et pour cela, il utilise 3 outils principalement :
Le premier est ce souci du détail pour rendre les scènes crédibles et compréhensibles : par exemple sur le panneau de gauche, on l’a vu avec les vitraux. Voyez par exemple encore, dans le panneau central, la grille qui est au pied de Joseph. Pourquoi une grille ? et bien parce que, la bible dit que le christ naquit dans une grotte et elle est ici représentée par ce trou. Mais du coup, il faut une grille pour empêcher de tomber dans le trou.
Le deuxième outil est de rendre l’expressivité des personnages : là encore, nous l’avons vu avec le panneau de gauche. Mais voyez le panneau de droite aussi : regardez les visages de ces trois personnages. Ils sont très différenciés et nous voyons un vieillard, un homme d’âge mur et un jeune homme aux traits un peu exotiques.
Et le troisième outil est ce traitement extrêmement fin des choses. Par exemple, sur le panneau de droite à nouveau : regardez la manière dont il a peint avec précision les bordures dorées du manteau du mage de gauche et le juste au corps de celui du milieu. De même, les plis des étoffes sont profondément creusés et cassés comme de la sculpture. La délicatesse du dessin rappelle beaucoup le raffinement de l’art de l’enluminure. Voilà ce que nous souhaitions vous dire sur cette œuvre.


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