Matteus Stom : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Matteus Stom : son histoire et son œuvre

Tournez le dos à la sainte Cécile. Nous voyons une porte percée à droite dans le mur nous faisant face, c'est-à-dire située en face de la porte par laquelle nous sommes entrés dans la salle. Passez cette porte, elle conduit dans la salle 9 en chiffre romain

Quand vous entrez dans la salle et que vous avez la porte derrière vous, tournez-vous vers le mur de droite et allez devant le grand tableau rectangulaire du milieu. Il s’agit du « Christ au mont des Oliviers » peint par Matteus Stom ou Matthias Stomer (les deux noms sont possibles !) vers 1631. Nous allons découvrir un tableau qui montre l’apothéose de l’utilisation de la lumière au début du 17e siècle.
Présentons un instant ce peintre moins connu que les précédents. Matthias Stom est né en 1600 à Amersfort aux Pays-Bas. Il existe très peu d’informations sur ce peintre et sa biographie est recouverte d’un voile sombre. Nous savons qu’entre 1630 et 1632, il séjourna à Rome où il ne réussit pas à faire carrière. Aussi il décida de partir pour Naples avant de s’installer définitivement en Sicile où il mourut en 1641. A l’occasion de ses divers séjours italiens, il découvrit les tableaux du peintre Caravage qui fut le maître des jeux d’ombre et de lumière, ce que les historiens appellent le clair-obscur. C'est-à-dire que les personnages sont mis en valeur par une lumière violente qui les éclaire et leur permet de se détacher du fond plongé dans l’obscurité.

L’œuvre de Caravage lui apporta également l’intérêt pour le naturalisme, c'est-à-dire l’envie de représenter des personnages issus de la vie quotidienne. Car il n’y avait qu’eux, les sans grades qui pouvaient être représentés de façon naturelle. Les autres, prélats, seigneurs et riches financiers, ne devaient être représentés en peinture que selon un certain code qui bien sûr les mettait en valeur. Nous aurons l’occasion un peu plus tard d’admirer justement l’un des chefs-d'œuvre du Caravage. Mais pour l’instant concentrons-nous sur cette technique du clair-obscur en étudiant le Christ au mont des Oliviers.

Tout d’abord que voyons-nous sur ce grand tableau ?
Un jeune homme barbu, et les mains réunies en signe de prière, lève les yeux vers un ange qui se penche vers lui. En même temps, l’ange lui montre des deux mains un calice posé sur un rocher élevé. Ces deux figures sont situées au centre de la composition dont elles en remplissent une grande partie. Le jeune homme est naturellement le Christ qui est représenté de manière fidèle à la tradition iconographique: longue chevelure, barbe, tunique rouge et un large manteau bleu lui couvrant les épaules. Son visage est empli de recueillement et de douleur. La bouche est rentrouverte et le regard est triste. Il est absorbé par l’arrivée de l’ange, mais en même temps il semble avoir peur. Pourquoi cela ? Et bien, le peintre nous offre une indication pour situer dans le temps l’action représentée. Amenez votre regard vers la droite de la composition et à l’arrière du christ. Dans une trouée de lumière, nous voyons apparaître trois hommes. Deux d’entre eux portent un casque et une lance, tandis que le troisième est barbu et démuni d’instruments militaires. A votre avis qui sont ces hommes ? Vous avez trouvé ? Non ? Alors, nous allons vous donner un autre indice. Ou plutôt, le peintre va vous donner un autre indice. Voyez le Christ : il est agenouillé et ses coudes reposent sur un rocher. Regardez sur le rocher exactement devant les coudes de Jésus. Il y a un rameau d’olivier desséché. Le peintre a ainsi posé un indice subtil pour situer l’action. Nous sommes sur le mont des Oliviers, ce lieu où le Christ pria une dernière fois avant son arrestation. Mais pourquoi l’ange montre t-il le calice ? Il s’agit d’une allusion au sang que le christ va bientôt verser pour sauver les hommes. Et du coup : avez-vous trouvé qui sont ces hommes ? Il s’agit bien de Judas, c’est le personnage barbu qui a vendu le christ et qui conduit les soldats. En réunissant les éléments fournis par le peintre, nous pouvons dire que cette scène montre le Christ en priant au mont des Oliviers peu de temps avant son arrestation.

Maintenant, analysons la manière dont le peintre a traité sa composition et ce qui en fait l’originalité et la qualité. Tout d’abord le réalisme! Observez à quel point le Christ et l’ange sont rendus de façon naturelle et non idéalisée. Par exemple, un détail ne peut pas tromper : les ongles du Christ. Regardez bien, ils sont sales, ce qui est normal pour un homme priant au milieu du désert. Admirez le visage du Christ. Naturellement, il s’agit d’un beau jeune homme de 30 ans, mais les traits sont alourdis par les tourments et la fatigue. Voyez en particulier la ride qui lui barre le front.
Quant à l’ange, il a un visage d’adolescent avec des pommettes bien saillantes et une bouche un peu boudeuse. Nous pouvons nous imaginer que Stom a peint des personnages de son entourage et que l’ange est le portrait d’un jeune napolitain.
Attardez vous également sur le superbe traitement des vêtements. Stom est un maître du dessin. Il a peint les plis des étoffes avec une sûreté rappelant presque des traits de crayons. En particulier, le drapé complexe de la tunique de l’ange est peint avec beaucoup de maîtrise et de réalisme. Voyez les manches : elles sont remontées comme pour un ouvrier allant au travail. La grande particularité de ce tableau est le traitement de la lumière et des ombres, ce fameux clair-obscur. Regardons.
Premièrement, le fond du tableau est entièrement plongé dans l’obscurité. Mais une lumière violente tombe sur les personnages. Cette lumière, non seulement les modèles, mais aussi leur confère une forte présence. Regardez comme le Christ et l’Ange semblent apparaître progressivement de la pénombre. Par exemple, l’aile droite de l’ange est à peine perceptible, elle est encore plongée dans la semi-obscurité. De même que le manteau du Christ lui couvrant le dos. En revanche, un véritable flash lumineux éclaire les corps et les visages qui semblent briller. Admirez en particulier le traitement du bras gauche tendu de l’ange. Il est complètement modelé par la lumière et en devient presque tridimensionnel.
Mais d’où provient la source de lumière ? est-elle naturelle ? Dans un certain cas, nous pouvons répondre par oui. Portez le regard sur le groupe de soldats à droite. Ils apparaissent soudainement de la pénombre dans une trouée de lumière dont la source est la bougie que tient l’un d’entre eux.
En revanche, au niveau du Groupe formé par le Christ et l’ange, nous pouvons répondre par non. La lumière est ici irrationnelle. Nous ne connaissons pas sa source. Elle enveloppe complètement les personnages et les isole au milieu de la composition. Elle émane d’une source située derrière le calice et glisse progressivement jusqu’au visage du christ. Voyez-vous ce mouvement ? Il faut que vous placiez votre regard dans l’angle supérieur gauche de la toile, c’est à dire au-dessus du calice et vous glissez le regard jusqu’au visage et aux mains de Jésus. Avez-vous perçu cet effet remarquable ?
Les zones lumineuses rayonnent littéralement à partir d’une composition obscure: voici ce fameux clair obscur. Par cet effet, Stom suggère la présence divine. Plus tard dans la visite, nous pourrons étudier à nouveau ces effets de lumière sur un tableau du Caravage, l’inventeur du clair-Obscur.


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