Franz Hals : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Franz Hals : son histoire et son œuvre

Allez maintenant en direction de la porte s’ouvrant à gauche du mur portant le Christ au mont des Oliviers. Elle conduit à la salle numérotée en chiffre arabe 13. Une fois la porte derrière vous, tournez-vous vers le mur de gauche et approchez du premier tableau en commençant par la gauche. Il s’agit de « la folle Babette » de Franz Hals datée de 1630. Donc de la même époque que le Stom vu précédemment. Nous sommes ici devant l’un des chefs-d'œuvre de Franz Hals dont vous pouvez voir d’autres tableaux dans cette salle. Quelques mots sur lui : Le peintre hollandais Franz Hals naquit vers 1585 à Anvers mais très tôt ses parents déménagèrent pour Harlem, l’un des centres hollandais de la peinture. Il se spécialisa dans le portrait. D’après les écrits contemporains, Hals vivait joyeusement. Il fut le peintre attitré des classes aisées hollandaises : bourgeoisie et aristocratie. Nous pouvons dire qu’il compte parmi les plus grands portraitistes européens. Nous allons voir à travers La Folle Babette qu’il avait une technique picturale très particulière qui utilisait la lumière à la perfection.

Nous avons devant les yeux le portrait grandeur nature à mi-corps d’une vieille femme tournée de 3 quart. Elle semble encore en mouvement comme se tournant spontanément devant le spectateur. Dans sa main gauche, elle tient une gigantesque chope de bière ouverte ce qui signifie qu’elle la boit, tandis que sur son épaule gauche repose une chouette. Etrange animal domestique n’est-ce pas ?
En réalité cette chouette est un ancien symbole de la Sagesse. Dans l’antiquité grecque, cet oiseau était le compagnon de la déesse Athéna, déesse de la Sagesse et des Sciences. Mais également en tant qu’oiseau de nuit qui fuit la lumière, la chouette montre les revers du comportement humain comme la stupidité, la folie et l’alcoolisme. Mais, sur ce tableau, laquelle de ces propriétés est-ce que la chouette symbolise ? la sagesse ou la stupidité ? Et bien la composition elle-même nous donne la réponse. Pointons le regard sur la chouette en haut à droite et maintenant descendons le regard en bas à gauche. Nous avons ainsi une diagonale qui va de la chouette impassible vers la chope démesurée en passant par le visage grimaçant et déformé par un rictus de la buveuse. Et ajoutons à cela, un proverbe hollandais courant au 17e siècle qui disait : « Aussi saoul qu’une chouette ». Bref, on l’aura compris : la chouette est là pour montrer le vice dans lequel est tombée Babette.
Admirons la technique picturale toute particulière utilisée par Hals. Concentrez le regard sur la collerette de dentelle blanche. Remarquez-vous comme nous pouvons parfaitement distinguer les grands traits secs du pinceau ? Ils forment comme des hachures ou des lignes géométriques. Voyez-vous comme les traits blancs lumineux se détachent sur le fond blanc-jaune de la collerette ?
Maintenant, regardez la manche droite de la vieille sur laquelle est assise la chouette. Nous retrouvons la violence du pinceau. Les plis sont soulignés par des traits plus sombres, rapides et cassés. Là encore, on distingue une sorte de réseau compliqué de hachures larges qui s’entrecroisent sur un fond sombre. Au premier abord, nous ne savons pas réellement si ce tableau fut réalisé à la peinture à l’huile ou au pastel. Mais en tout cas, que d’innovations par rapport au Holbein qui a seulement 1 siècle de moins. Tous les deux se sont battus pour rendre réaliste la scène présentée. Mais autant Holbein s’attachait à reproduire méticuleusement la réalité, avec un détail et une finesse inégalée ; autant l’œuvre de Hals paraît plus brouillonne, et vite brossée. Cela dit, est ce que la scène paraît moins réaliste . Non, certainement pas !! Et, pour l’époque, il s’agit d’un véritable chef-d'œuvre inventif du point de vue technique. Les traits du pinceau se lient en une surface vivante accrochant la lumière. Admirez la manière dont Hals a posé rapidement, mais sûrement des touches de blanc pour accrocher la lumière. Voyez cela, par exemple, sur la cruche à bière et sur le visage grimaçant de la vieille femme. En tout cas, Hals a eu une trouvaille de génie. Il a montré que pour rendre avec véracité une scène, il y avait une autre voie que la copie parfaite. Il y avait aussi ces techniques si particulières qui jouaient sur la lumière, sur des traits marqués et pas trop finis… Bref, de façon pratique et non théorique, il établissait cette idée que c’est le cerveau du spectateur qui recompose les signaux qu’on lui envoi pour en faire un tout cohérent et réaliste. Et on comprend mieux pourquoi il fut un modèle pour les impressionnistes. Et au 19e siècle, la « folle Babette » fut considérée comme l’un des plus anciens exemples de réalisme et fut copiée par Gustave Courbet.


<< 10 - Matteus Stom : son h...         12 - « L’homme au casque ... >>

Sommaire complet du dossier :