Vermeer de Deft et ses œuvres

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Vermeer de Deft et ses œuvres

Passez la porte située juste à côté de l’homme au casque d’or pour vous rendre tout droit dans la salle numérotée 18 en chiffre arabe. La salle est 2 salles plus loin.

Tournez-vous vers le mur de droite et approchez-vous du tableau central : il s’agit du « verre de vin » de Vermeer. Pour un musée, posséder un Vermeer est déjà énorme. En posséder 2, comme c’est le cas pour Berlin, est un exploit, car l’œuvre de ce peintre comprend à peine trois douzaines de tableaux. Les deux tableaux sont d’ailleurs côte à côte dans cette salle. Il s’agit de la «Jeune femme au collier de Perle» accroché juste à gauche du «Verre de Vin» sur lequel nous allons concentrer notre attention.
Et que savons de ce Jan Vermeer de Deft ? Pas grand-chose en fait, sinon qu’il naquit en 1632 et mourut en 1675 ; à 43 ans donc. Il est un peu comme une étoile filante dans l’histoire de la peinture et il sera intéressant de le situer par rapport aux œuvres que nous avons vues de Holbein, Hals et de l’entourage de Rembrandt. Allons-y et analysons ce tableau le verre de vin pour y retrouver les composantes typiques de l’art de Vermeer.
Déjà, une première chose nous saute aux yeux. Dans les deux tableaux, nous avons affaire à une scène intimiste. Les personnages ne se savent pas observés. Pour rendre la scène réaliste, Vermeer n’a pas non plus cherché à accumuler les objets inutiles. On n’est donc loin du portrait à la Holbein où le marchand Georg posait et où on avait ajouté tout un ensemble d’objets à la fois symboliques et à la fois révélateurs de sa fonction. Et c’est vrai que c’est une grande caractéristique de Vermeer : Il se spécialisa rapidement dans les scènes de genre intimistes avec un ou deux personnages. Son monde pictural est dominé par la lecture, la musique ou bien de simples événements du quotidien.
Une deuxième caractéristique de l’œuvre de Vermeer est sa capacité à organiser sa composition de façon très rigoureuse pour nous mener au centre, au cœur du sujet. Dans le cas qui nous intéresse, l’attention est portée sur la femme en premier lieu. Regardez comme les lignes du carrelage conduisent à la femme. Regardez comme le jeu des couleurs amène aussi sur le rouge de sa robe. Regardez comme la densité d’objets va décroissant quand on va de la gauche vers la droite. À gauche, sur une même verticale, nous voyons la partition posée sur le beau tapis de table, le luth sur la chaise. Et un peu plus loin, on ne voit plus que la femme, presqu’isolée. Et enfin, la femme est à la pointe du triangle formé par la ligne tableau- homme –femme et par la ligne chaise- carrelage- femme.

Alors puisque Vermeer nous y invite, regardons bien cette femme. Que ressentons-nous ? Déjà, on voit qu’elle est concentrée sur la dégustation de son vin. Elle ne regarde pas ni ne parle à l’homme ; ensuite, elle est dans une attitude très détendue : voyez son bras gauche posé sur son ventre. Et aussi, voyez la ligne formée par le brocard de sa robe et par la ligne que forment ses cuisses. Elle semble être un peu au bord de la chaise. Non, elle n’est pas avachie bien sûr, mais elle semble tout du moins relâchée. D’ailleurs, l’esprit humain – dont le nôtre - est ainsi fait qu’il va ensuite chercher les pistes qui pourraient étayer cette thèse d’une ambiance voluptueuse. Allons vers la gauche de la femme : nous voyons que l’homme tient ce pichet de vin en même temps qu’il regarde fixement la femme et son verre : il est prêt à la resservir. Ce sera son 1er, 2ème , 3èeme verre ?? On ne sait pas : on ne peut que supposer. Lorsqu’on est sur la bouteille de vin, notre regard glisse assez automatiquement vers le blanc des partitions posées à sa gauche encore. Puis il glisse à nouveau vers le luth juste en dessous. Ah tiens !! Peut-être que le gentilhomme était venu donner un cours de musique. Et si c’est le cas, il a visiblement été abandonné.
Comme on vient de le voir, l’utilisation de la lumière est aussi une caractéristique importante de Vermeer. Contrairement à Rembrandt, Vermeer modula l'éclairage en pleine clarté, d'où la luminosité, la limpidité de ses tableaux. Il analysa le caractère changeant de la lumière selon les matières sur lesquelles elle se reflète ; il rendit ainsi sensibles les qualités tactiles des matériaux, leur texture (étoffes brillantes, lourds tissus, bois, cuivre, étain, cristal, porcelaine, nacre de la perle, etc.). Ici et dans bon nombre de ses tableaux, il montre une fenêtre entrouverte pour expliquer l’arrivée dans la pièce d’une lumière diffuse qui offre un jeu subtil de clair-obscur. Ici, voyez-vous comme le banc contre le mur gauche est en partie baigné par un rayon doré et en parti dans la pénombre ? Ou bien comment la lumière frappe le visage et le haut du corps de la jeune femme pour concentrer notre attention sur le verre. Le même effet se produit au niveau du jeune homme où cette fois, c’est le bras tenant la cruche de vin qui est inondé de lumière.
Mais en tout cas, ce raffinement technique se marie bien avec l’ambiance délicate et calme qu’il décrit. Par ambiance délicate, nous voulons dire que les personnages semblent figés dans leur geste, que leurs gestes sont retenus, mais que l’ambiance est lourde de sous-entendus.
Et c’est certainement cela le génie de Vermeer : il se concentre sur l’approfondissement psychologique, parvenant à donner un poids au geste le plus calme, à l'objet le plus banal, et une intensité expressive à un visage aux yeux clos. C'est pour avoir mis sa parfaite maîtrise technique au service d’une poésie qu'il est maintenant considéré comme l'un des plus grands peintres du 17e siècle.


<< 12 - « L’homme au casque ...         14 - Antoine Pesne : son ... >>

Sommaire complet du dossier :