Velásquez : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Velásquez : son histoire et son œuvre

Nous vous proposons maintenant de découvrir un autre monde : l’Espagne. Et nous allons voir un Vélasquez qui se trouve salle 13. Laissez le tableau de Pesne derrière vous et passez la porte qui s’ouvre droit devant vous. Elle conduit salle 11 en chiffre romain.

Quand vous avez la porte par laquelle vous êtes entrés dans le dos, passez la porte qui s’ouvre sur votre droite. Elle donne sur un petit passage conduisant dans la salle 12 en chiffre romain.

Laissez derrière vous la porte par laquelle vous êtes entrés et passez la porte s’ouvrant en face de vous en enfilade, elle conduit dans la salle 13 en chiffre romain.

Quand vous avez la porte dans le dos, allez vers le mur situé sur votre droite dominée au centre par un grand portrait de femme. Approchez-vous : il s’agit du « Portrait d’une dame » de Velásquez, une peinture datée 1631.

Nous avons franchi le froid du nord pour nous rendre à la cour d’Espagne sous le règne du roi Philippe 4. Pourtant si le climat est plus clément que dans le nord de l’Europe, la rigidité du cérémonial espagnol pèse sur l’art du 17e siècle.
Velásquez est à la fois le peintre officiel du roi et en même temps un artiste à l’art révolutionnaire. 2 mots sur l’artiste : Diego Rodríguez de Silva y Velásquez est né à Séville en 1599. En 1622, il s’installa définitivement dans à Madrid. Il fut aussitôt protégé par le tout puissant ministre du jeune roi Philippe 4, le duc d’Olivares. Cette protection lui ouvrit les portes de la cour et en 1623, Velásquez devint peintre du roi avec son atelier au palais de Madrid. Lui seul était autorisé à peindre le souverain. Ses portraits se caractérisent par un grand réalisme loin des conventions. Il refuse d’idéaliser les traits et représente ses figures telles qu’elles sont. En 1628, il fait la connaissance de Rubens avec lequel il part en Italie. A son retour, en 1631, Velásquez crée un très grand nombre de portraits officiels. Son pinceau est alors très fluide et ses couleurs sont baignées d’une lumière naturelle et claire. Ce portrait-ci qui date de 1631 sera une bonne illustration de cette période.
Regardons ce superbe portrait d’une dame de qualité d’un âge moyen. Tout d’abord, elle est représentée selon les conventions espagnoles d’un portrait de cour. C'est-à-dire que Velásquez montre sa figure de trois quart, tournée vers la gauche, la main droite reposant sur le dossier d’une chaise et la gauche pendant et tenant un éventail. Regardez cette dernière main. L’éventail n’est pas visible, mais la position des doigts refermés prouve qu’elle tient quelque chose. Avouons-le : la pose est très statique, nous pouvons dire figée !
Concentrons notre attention sur le costume. Il est naturellement sombre selon les exigences de l’étiquette Madrilène, mais relevé par des broderies dorées au niveau des manches et sur la poitrine recouverte d’un bustier s’achevant par un haut col. Admirez avec quel raffinement, Velásquez suggère ses broderies juste par un trait de pinceau léger. Nous pouvons dire qu’il a juste esquissé les broderies. En fixant plus longuement le noir du costume, nous apercevons que ce dernier n’est pas uniformément noir, mais il porte un motif de fleurs qui se détache en plus clair. Regardez cette étoffe. Elle est par exemple reconnaissable au niveau de la manche couvrant le bras tombant le long du corps. Voyez-vous les motifs circulaires de fleurs ? Velásquez fait preuve ici d’une grande maîtrise des couleurs en réussissant à rendre visible un motif noir sur fond noir. Regardons maintenant le visage de cette aristocrate. Nous remarquons d’abord sa haute coiffure surélevée au dessus de la tête. Velásquez a rendu à la perfection les mèches légèrement frisées à l’aide de coups de pinceaux rapides et précis. Prenez le temps de les voir. Ces coups de pinceaux rapides nous rappellent un peu la technique de Hals avec son tableau « la folle babette ». Ce n’est certainement pas un hasard : l’époque est la même. « La folle babette » a été peint en 1630, un an avant cette toile. Et puis Velasquez a beaucoup passez de temps et échangé avec Rubens, un artiste du nord, tout comme Hals.
Mais revenons à ce tableau. La position sociale de cette femme est accentuée par les trois perles dépassant de la chevelure et tombant sur le cou. Les voyez-vous ? Il s’agit naturellement d’un riche pendant d’oreilles. Regardez en haut de la chevelure et un peu à gauche, nous voyons dépasser une petite fleur. Cet unique ornement de tête correspond à une rose de diamant qui se détache admirablement sur l’arrière-fond neutre.
La dame semble fixer l’observateur d’un regard droit et sûr et elle impose le respect. Pourtant, au-delà de la noblesse que dégage ce regard, la bouche légèrement souriante confère un sentiment de bonté. Regardez le nez maintenant : voyez ces ombres entre le nez et la bouche ainsi qu’autour des yeux. C’est un travail de grande précision et il produit un énorme réalisme. Les joues sont un peu rosées, tandis que la pointe du nez brille sous l’effet de la lumière diffuse. Il n’a pas embelli cette femme dont les traits restent un tant soit peu grossiers.
Contrairement au Caravage et à Stom, Velásquez n’a pas placé sa figure devant un fond sombre, mais devant un mur gris clair et neutre. Il ne joue pas non plus avec des effets complexes de clair-obscur. Au contraire, une lumière tamisée flotte sur l’ensemble de la composition sans créer de violents contrastes lumineux, mais constitue plutôt un voile qui unit la composition.
Avec velasquez, nous voyons triompher la finesse à tout point de vue : Non seulement sa peinture est fine et n’a pas besoin de l’artifice du clair-obscur : c’est ce qu’on voit ici dans le rendu des couleurs noires sur noir du vêtement. Mais aussi son sens de l’observation psychologique aussi est extrêmement fin : au-delà des apparences et des fonctions, il perçoit la personnalité profonde de son sujet. Il réussit ce tour extraordinaire de représenter les plus grands de la façon la plus réaliste qui soit. Un défi auquel Le Caravage n’osait pas toujours se confronter. Alors à ce propos, qui est cette personne de haut rang ? Pendant longtemps, les historiens crurent à un portrait de l’épouse du peintre. Mais désormais, ils penchent plutôt pour un portrait de la comtesse Monterrey, sœur du puissant ministre Olivares et épouse de l’ambassadeur d’Espagne à Rome. Vélasquez avait connu le couple Monterrey pendant son séjour dans la ville sainte en compagnie de Rubens.


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