Caravage : son histoire et son œuvre

Chefs d'oeuvre de la galerie de peinture ancienne de berlin

Caravage : son histoire et son œuvre

Allez dans la salle numérotée 14 en chiffre romain. Une fois dans la salle, tournons-nous face au mur situé à droite et regardons le 1er tableau accroché après la porte par laquelle nous sommes entrés dans la salle.
Approchez-vous : il s’agit de «l’Amour vainqueur» de Caravage, peint en 1602 pour le marquis romain Giustiani. Donc, nous passons maintenant des Flandres à l’Italie et faisons un bond de 50/60 ans en arrière. Ce tableau est considéré comme le plus célèbre du musée et un chef-d'œuvre de l’art du Caravage.

Tout d’abord, un mot sur l’artiste : peintre de l’extrême fin du 16e siècle et du tout début du 17e siècle. Caravage, de son vrai nom Michelangelo Merisi dit-il Caravaggio, est né en 1571 à Milan. En 1590, Caravage part à Rome où il mène une vie de Bohème étant toujours révolté contre l’autorité. Il est buveur, bagarreur, et, ce qui n’arrange pas les choses dans l’entourage papal, homosexuel. En 1606, il doit fuir Rome après avoir assassiné un voyou lors d’une rixe. Il inventa le clair-obscur que nous avons déjà vu avec l’homme au casque d’or. Mais chez Caravage, c’est plus le jeu d’ombre et lumière qui importe. Nous allons voir avec « l’Amour Vainqueur » comment fonctionne cette technique chez Le Caravage.

Nous avons l’amour Triomphant représenté par un adolescent nu avec des ailes déployées dans le dos et tenant deux flèches dans la main droite. Pourquoi ces ailes et ces flèches ? Amour également surnommé Cupidon est, d’après la mythologie antique, le fils de la déesse Vénus et vole vers les amants. Il vise de ses flèches le cœur des humains qui tombent aussitôt amoureux. Normalement, amour est représenté sous les traits d’un tout petit enfant, presque un bébé.
Regardez la pose impudique et même provocante d’amour. Il a une jambe pliée posée sur le rebord d’un lit ou d’une table recouverte d’un drapé blanc et l’autre jambe repose sur le sol. De cette façon, il libère ouvertement un passage dans son entrejambe qui conduit le regard de l’observateur droit vers l’entre jambe et vers son sexe. Voyez aussi comme l’aile droite forme une courbe et s’achève en pointe en direction du sexe: une allusion non voilée du peintre à l’amour charnel. De plus, il a la tête penchée vers la droite avec un sourire malin et de jolies pommettes bien rouge. Bref, il ressemble un peu à un garnement des rues qui se moque de l’observateur.
Maintenant observons les objets épars autour de lui. Commençons à lire le tableau depuis la gauche au pied d’amour. Nous voyons d’abord une partition et 2 instruments de musique à cordes. Il s’agit d’un violon et d’un luth. Ces objets symbolisent naturellement la Musique. Ensuite, devant eux sont représentés au sol un compas et une équerre. Dans la tradition, ces deux instruments servent pour symboliser à la fois la géométrie et l’Architecture. Regardez à droite du luth, derrière la cuisse d’amour. Nous voyons dépasser un globe bleu parsemé d’étoiles qui n’est autre qu’un globe céleste et symbolise l’astronomie. Entre les deux jambes d’amour et toujours au sol, nous apercevons une belle armure éclairée par un rayon de soleil avec un manuscrit sur lequel est posé une plume et une couronne de laurier. Cette dernière représente la gloire littéraire et l’immortalité du héros. Le héros porta certainement autrefois l’armure qui symbolise désormais l’art militaire. Quant au livre, il fait référence à l’histoire et à la littérature.
Pour compléter cet inventaire, regardez à droite d’amour, sur la draperie. La couronne rappelle un peu une couronne de théâtre. Elle fut souvent utilisée dans la peinture des 16e et 17e siècles comme attribut des souverains antiques. Le bâton, quant à lui, est un bâton de commandement. Ces deux éléments représentent le pouvoir terrestre, c'est-à-dire la royauté et le commandement militaire.
Si nous rassemblons tous ces objets épars, nous trouvons réunis les symboles de toutes les valeurs terrestres : la musique, la littérature, l’architecture et les sciences, la gloire et le pouvoir, l’armée et la royauté. Mais que fait donc amour au dessus de ces symboles ? Et bien, il triomphe : l’amour charnel écrase les valeurs intellectuelles et morales du monde ! nu, les jambes écartées, il écrase les symboles humains.

Ce tableau fut considéré comme un chef-d'œuvre unique dès le 17e siècle. Ainsi, le peintre Allemand Sandrart qui visita la galerie du Marquis Giustiniani conseilla de le masquer par un rideau. Pourquoi ? non en raison de son thème irrespectueux, mais pour que sa qualité n’écrase pas et ne fasse pas de tort aux autres tableaux de la collection du marquis. Voyons maintenant le traitement pictural caractéristique du caravage. Deux points essentiels sont à retenir dans l’œuvre du maître italien : 1 Naturalisme. 2eme Le jeu du clair obscur.
Le 1er caractère est le naturalisme. Nous le voyons dans le réalisme parfait et le souci du détail exact avec lequel Caravage a peint cette oeuvre. Il ne veut plus de la beauté idéalisée de la Renaissance italienne qui montre des personnages sans ride et sans défaut. Non, Caravage montre des détails tirés de la vie ordinaire et ses personnages sont originaires de son environnement romain. Regardez par exemple, les ongles des doigts du pied posé au sol. Remarquez vous comme ils sont sales ? Bien sûr ce garçon court certainement nus pieds dans les rues de Rome. Et puis l’enfant est particulièrement musclé au niveau du poitrail admirablement dessiné. Nous avons devant les yeux un petit garnement qui coure dans les rues de Rome et passe son temps à s’amuser. Néanmoins, il a un petit ventre typique de son âge et certainement reflet d’un bon appétit. Caravage ne lui a pas rajouté de musculature abdominale exacerbée et impossible à cet age. Ensuite, le visage n’est en aucun cas idéalisé. Pas de sourire figé, mais des lèvres entrouvertes sur les dents dans une mimique narquoise. Les yeux pétillent, mais semblent lourds de fatigue et la chevelure est ébouriffée : rien de superficiel donc!

La 2eme caractéristique est le jeu de l’ombre et de la lumière que les historiens nomment le clair-obscur et les Italiens le Tenobroso. Alors bien sûr, on en a beaucoup entendu parler et on l’a vu chez de nombreux peintres célèbres. Mais réexpliquons cette technique ici car, après tout, c’est Caravage qui en fut l’inventeur révolutionnaire. L’amour est placé ici dans une semi-obscurité. Voyez comme l’arrière-plan du tableau, derrière l’enfant, est très sombre, de même que la partie droite du corps. En revanche, une lumière violente tombe sur le reste du corps, sur le drapé et sur les instruments de musique. La surface éclairée est largement étendue et correspond au centre d’intérêt : amour et les divers objets. Admirez également comme la lumière et l’ombre jouent sur les plis du drapé blanc. Ils sculptent presque ce dernier. Amour occupe un premier plan étroit proche de nous. Il semble prêt à sortir de la toile pour nous rejoindre et ainsi la jambe posée sur le sol est raccourcie pour donner encore plus de volume et d’effet.

Caravage eut une immense influence dans la première moitié du 17e siècle bien au-delà des frontières de l’Italie. Il est ainsi traditionnel de parler des caravagistes du Nord en Hollande et dans les Flandres qui poussèrent encore plus loin ce travail sur la lumière comme Vermeer et Rembrandt. En France, le Lorrain fut un maître de ce style.


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