La Vierge de Saint-Jean

De la cathédrale saint-paul à l'archéoforum

La Vierge de Saint-Jean

Nous allons maintenant entrer dans l’église pour y voir un véritable chef-d'œuvre : la Vierge de Saint-Jean, sans doute la plus belle sedes sapientiae (LECTEUR : prononcer «sèdès sapièntié ») du 13ème siècle. Pour cela, entrons et allons jusqu’au milieu de la rotonde centrale.

Nous voilà dans une église de plan circulaire. C’est la seule église de Liège qui ait ce plan. La volonté de Notger était sans aucun doute d’imiter la chapelle du palais royal d’Aix, construite sous Charlemagne. C’est là un modèle de grand prestige, qui en dit long sur le statut que Notger entendait donner à sa ville. Au moment de sa reconstruction au 18e siècle, les chanoines respecteront ce plan original, tout comme ils garderont aussi le plan du très long chœur qui fut collé à l’église à l’époque gothique.
Allons à présent voir le chef-d'œuvre de la Vierge de Saint-Jean. Depuis le centre de la rotonde où nous nous tenons, regardons en direction du chœur. De petites chapelles entourent l’espace circulaire. C’est dans la dernière à notre gauche que se trouve la Vierge. Allons-y.

Nous sommes devant l’une des plus belles, des plus précieuses et des plus harmonieuses représentations de la Vierge à l’Enfant que l’Occident médiéval n’ait jamais créée. Vêtue et coiffée de dorure, tout comme son enfant, son beau visage aux yeux graves nous regarde, dans une expression de grande dignité. Droite, d’une raideur aristocratique, cette Vierge trône sur un siège serti de pierres précieuses, tout comme elle-même est le siège de la Sagesse de Dieu, traduction littérale, comme nous l’avons déjà signalé, de sedes sapientiae. Sa polychromie, en grande partie encore originale, date des environs de 1240.
Elle piétine le dragon, symbole du Mal et tenait à l’origine une pomme dans sa main droite. Pomme non entamée bien entendu, car cette femme est sans péché originel. La référence à l’Ève pécheresse, qui a croqué le fruit de la connaissance, est donc explicite. Dans la théologie médiévale, la Vierge est la nouvelle Ève par laquelle advient le salut du monde.
Observons la finesse de sa chevelure, le raffinement du drapé de sa robe. La vie et la grâce de cette œuvre sont telles qu’on en oublie presque qu’il s’agit d’un bloc de chêne largement évidé à l’arrière. Devant une telle image, on est en droit de se demander si la civilisation médiévale était aussi misogyne qu’on se plaît à le dire, car peu de représentation masculine ont une telle majesté! Et on se plait à penser à cet artisan sculpteur dont l’amour de son sujet et la ferveur créatrice ont su créer du beau, du beau qui a traversé 8 siècles pour nous être restitué, encore chargé d’émotion.
Et maintenant, contemplons.


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