Le retable de la passion.

De la cathédrale saint-paul à l'archéoforum

Le retable de la passion.

Mais revenons à notre église. Nous allons en voir maintenant l’une des pièces maîtresses : le retable de la Passion. Nous sommes toujours assis dans le Westbau. Alors, levons-nous, et regardons en direction du chœur gothique de l’église. C’est fait ? Bien ! alors, sortons du Westbau. Nous serons à ce moment juste sous le grand orgue. Là regardez vers votre droite. Vous verrez une porte. Et bien allons en direction de cette porte, sans toutefois la franchir.

Vous êtes face à la porte ? Alors, tournez-vous vers la gauche, et vous verrez face à vous à l’autre bout de l’église une sorte de grande armoire de bois sculptée, adossée au mur. C’est le retable de la Passion.
Voici le retable. Nous allons nous y attarder un peu. Le mot retable vient du latin « retro tabula » qui veut dire « derrière la table ». Et cela désigne le décor qui surmontait les autels d’église, à l’époque où le prêtre disait la messe en tournant le dos aux fidèles. Du coup, s’il voyait le dos du prêtre, au moins avait-il la consolation de voir de belles images. Le retable pouvait être peint, sculpté ou les deux. C’est le cas ici, puisque la partie centrale est sculptée alors que les volets, qui servaient à le fermer quand on ne célébrait pas la messe, sont peints. Ils ont été détachés et sont dressés sur des socles isolés que nous pouvons voir dans les nefs latérales : deux tableaux dans la nef latérale de droite, et deux dans celle de gauche. Nous irons les voir ensuite. Signalons que le retable lui-même n’est plus à sa place d’origine. L’entièreté du retable se trouvait à l’origine au-dessus du maître autel, dans le chœur principal.

Commençons par regarder la partie sculptée. Il s’agit d’un retable produit non pas à Liège, mais dans le Brabant, c'est-à-dire dans la région de Bruxelles et de Louvain. Cette région était spécialisée dans ce type de production. Celui-ci date du 16e siècle.
Ces reliefs étaient probablement peints à l’origine. Ils représentent différentes scènes – 150 personnages l’ornent et sont travaillés dans les moindres détails. Observons. Les scènes se répartissent en deux grands groupes. Regardez d’abord le haut et le centre du retable, qui contient les scènes principales. On y voit différentes scènes de la Passion du Christ, depuis son arrestation jusqu’à sa crucifixion. Nous allons les détailler dans un instant. Si vous regardez maintenant la partie inférieure, la base sur laquelle repose le retable, vous y verrez cinq scènes qui racontent l’histoire de saint Denis, patron de la collégiale.

Commençons par détailler les scènes de la Passion. Nous allons les lire par tranches verticales, en commençant par la gauche. Tout en haut à gauche, c’est la flagellation du Christ, et juste en dessous de cette flagellation est représenté le couronnement d’épines. Portez maintenant votre regard au centre du retable. Là se trouve la plus grande scène: la crucifixion. Juste sous la crucifixion est représentée, en plus petit, la montée du Christ au calvaire. Enfin, regardons à droite. Nous y voyons d’abord la descente de croix, et sous cette scène, les lamentations sur le corps de Jésus. Toutes ces scènes ont donné son nom au retable.

Passons maintenant aux scènes de la vie de saint Denis, à la base du retable. Dans le premier cadre de gauche, Saint-Denis et sa femme sont baptisés par saint Paul. Dans le deuxième cadre, Denis prêche aux habitants d’Athènes. La troisième scène nous le montre en train d’être sacré évêque. Vient ensuite l’image du pape Clément sur son trône demandant à saint Denis d’aller évangéliser Paris. Enfin, voyez la cinquième et dernière scène : elle présente la décapitation de saint Denis. Cette succession de scènes est pour le moins curieuse. Saint Denis, premier évêque de Paris, fut décapité au 3e siècle à Montmartre avec deux de ses compagnons. Mais en réalité, l’histoire présentée ici confond deux Denis différents : Saint-Denis et Denis l’aréopagite, un saint grec, qui tire son surnom du fait qu’il était membre de l’aéropage, c’est-à-dire du haut tribunal d’Athènes. Ce Denis l’Aréopagite était donc un philosophe athénien, converti par saint Paul. Les deux premières images, dont le sujet est situé à Athènes, font référence à lui. Les suivantes à saint Denis de Paris. Mais ce type de mixage est fréquent au Moyen Age et à la Renaissance, il synthétise en un une seule figure l’objet de plusieurs cultes populaires.
Comme nous l’avons dit, à l’origine le retable avait deux volets. Chaque volet était constitué de six panneaux peints. Imaginez l’ampleur et la majesté de l’ensemble lorsque les volets étaient ouverts ! Avec les scènes sculptées déjà décrites, l’ensemble offrait aux fidèles un magnifique livre saint.


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