La cour canoniale 

De la cathédrale saint-paul à l'archéoforum

La cour canoniale 

Mais revenons à notre cour. La cour où nous sommes est bordée d’anciennes maisons canoniales. En tournant le dos à l’entrée de la cour, nous avons sur notre gauche une curieuse maison de forme polygonale. A l’origine, c’était l’église paroissiale de la collégiale, destinée aux habitants du quartier. La collégiale elle-même était plutôt réservée aux offices des chanoines. Les habitants du quartier, eux, venaient plutôt suivre leurs offices dans cette petite église paroissiale. Cette petite église portait le nom de Saint-Nicolas-aux-Mouches, appellation curieuse qui reste mystérieuse, mais qui permet de la distinguer d’autres églises dédiées à Saint-Nicolas à Liège. Car il y en avait au moins quatre. Cette appellation pour le moins triviale et pittoresque pouvait souligner l’exiguïté de l’église, si petite qu’elle ne pouvait contenir que des mouches. Ou encore, elle rappellerait un miracle attribué à saint Nicolas, qui aurait chassé les mouches de la ville, après une épidémie … Ou bien tout à la fois ?
Maintenant, continuons à avancer dans la cour et prenons à droite, le petit cul-de-sac.

Ça va ? Vous voyez face à vous un mur roman en petits blocs de grès houiller, intégré dans l’édifice gothique. Ce mur a pour seul décor une grande arcature aveugle, c’est-à-dire un arc décoratif, non ouvert. Cet exemple illustre à nouveau bien la sobriété de l’art roman dans ces régions. La petite fenêtre qui se trouve au centre de cet arc date quant à elle du 19e siècle, et éclaire la sacristie. Et bien ce mur est le seul et unique vestige de l’église que Notger fit construire à l’origine

Juste à gauche de ce mur une porte. Poussons-la, entrons et … surprise. Qui l’aurait cru ? Nous débouchons dans une rue couverte. C’est tout ce qui reste de l’ancien cloître de la collégiale. Les portes que nous pouvons voir dans le mur de gauche donnent accès au cours des maisons, construites la plupart au 19e siècle. A cette époque, elles abritaient le personnel de l’église : curé, vicaires, organiste, souffleur d’orgue, sacristain,… Aujourd’hui ces maisons sont pour la plupart louées à des particuliers.
Avançons jusque vers le milieu de la galerie. Nous nous arrêterons à hauteur de la petite chapelle ouverte dans le mur de gauche.

Et voici cette petite chapelle. Elle a été construite en 1905. Jusqu’il y a peu, elle abritait une belle statue de sainte Apolline, datant du 18e siècle. Sainte Apolline, patronne des dentistes, subit un supplice qui consistait à avoir toutes les dents arrachées par une tenaille. Ceci explique qu’elle est aussi la protectrice des mères dont les petits font leurs dents. A l’origine, la statue se trouvait dans l’église Sainte-Croix. Mais lassés des jérémiades des nourrissons, dont les mères venaient prier la sainte, le curé fit construire cette chapelle dans le cloître, éloignant ainsi du divin office les pleurs des enfants. Et pour ne pas tenter des brocanteurs peu scrupuleux, la statue est désormais à l’abri dans la sacristie.

Toujours dans la chapelle Sainte-Apolline, regardons le mur de droite: un bas-relief en pierre blanche y est enchâssé. C’est une Vierge à l’Enfant du 16e siècle. A Liège, on appelle cette Vierge « bodj’ mèl », « bouge le moi » en français. En effet, les jeunes filles qui s’étaient montrées un peu impétueuses dans leurs ardeurs amoureuses, venaient ici supplier la Vierge de mettre fin à une grossesse pas vraiment désirée et garante de bons nombres de problèmes.

Regardons maintenant les fenêtres de la galerie. Elles sont fermées par du verre blanc, mais étaient jusqu’il y a peu, ornées de vitraux néo-gothiques. Plusieurs d’entre eux ont été volés, et depuis, les autres ont été mis en sécurité. Le vol d’œuvres religieuses est à Liège- comme en d’autre lieux- un véritable problème. L’évêché entend y faire face par tous les moyens. Sainte-Croix est une proie facile, puisque n’ayant presque plus de paroissiens, elle est toujours vide. Ajoutons à cela que l’architecture de l’église elle-même est, hélas, en très mauvais état, et nécessiterait une restauration en profondeur dont les pouvoirs publics ne semblent pour l’instant pas se préoccuper. L’entrée de l’église se trouve au fond du couloir, à droite. Allez toujours voir si un office n’y a pas lieux. Si ce n’est pas le cas, elle sera fermée, et nous rebrousserons alors chemin vers la cour.


<< 29 - L’église Sainte-Croi...         31 - Le bâtiment numéro 1... >>

Sommaire complet du dossier :