Le palais provincial

De la cathédrale saint-paul à l'archéoforum

Le palais provincial

Pour l’heure, redescendons vers la place Saint-Lambert. Pour cela, tournons le dos à l’hôtel Torrentius, et avançons vers la rambarde de métal qui nous sépare de la voie rapide. A gauche de cette barrière, un escalier qui descend vers le trottoir de la grande avenue. Descendons cet escalier.

Nous sommes à présent le long de la voie rapide. Descendons vers la droite, jusqu’à hauteur de la grande façade grise du palais des princes-évêques, aperçue depuis la rue Sainte-Croix.

Vous voilà face la façade ouest du palais des princes-évêques. Nous approchons maintenant de la fin de notre circuit. Avant de le compléter, si toutefois vous le désirez, par la visite de l’archéoforum sous la place, nous allons vous parler du palais des Princes-évêques.
Il abritait depuis le Moyen Age, le prince évêque et sa cour, et ce, jusqu’à la Révolution liégeoise de 1789. A partir du 19e siècle, il sera le siège du gouverneur de la province de Liège et du palais de Justice. La façade que nous voyons ici est l’entrée du palais du gouverneur. Elle est néo-gothique et a été réalisée par Jean-Charles Delsaux en 1849. Elle a grande allure, avec son décor de bas-reliefs représentant des événements importants de l’histoire liégeoise, et ses statues de grands personnages historiques liégeois, depuis Pépin de Herstal jusqu’au prince-évêque François-Charles de Velbruck.

Nous allons maintenant gagner le palais Provincial mais devrons passer par les passages pour piéton pour éviter les voitures. Pour cela, continuez à descendre la rue jusqu’au grand rond-point. Puis prenez les deux passages pour piétons consécutifs pour arriver devant le palais.

Ensuite, entrons dans la grande cour du palais par le portail qui s’ouvre un peu plus loin sur notre droite. Ne vous laissez pas impressionner par la barrière de sécurité et la cabine du gardien, c’est bien un lieu public. Nous vous attendons sous les arcades de la cour.

Nous voilà dans cette grande cour, qui passe pour être l’un des chefs d’œuvres architecturaux de la ville. Depuis sa construction en 1526, ce palais et sa cour ont fait l’admiration de tous les visiteurs.
Le commanditaire en fut le prince-évêque Erard de la Marck. C’est un personnage essentiel dans l’histoire artistique de la ville, car il est la grande figure de la Renaissance liégeoise. Ce prince était d’origine française. Il était devenu prince-évêque de Liège en 1505, et le restera jusqu’à sa mort en 1538. Il était donc proche, au début de son règne du moins, de la cour de France, celle de Louis 2 et de François Premier.
Il avait beaucoup voyagé, en France et en Italie notamment, influence que l’on perçoit dans la conception de ce palais. Car il semblerait que les plans soient inspirés de ceux que Léonard de Vinci avait produit pour le palais de Romorantin, prévu pour François Premier et Louise de Savoie, mais jamais réalisé. Certains vont même jusqu’à penser que Léonard aurait personnellement dessiné les plans du palais de Liège, ce qui n’est évidemment pas prouvé.

Intéressons-nous au décor de cette cour. Observons pour cela un des murs qui nous font face. Nous constatons que la cour est entièrement entourée d’arcades ouvertes au rez-de-chaussée. Au-dessus de ces galeries, le premier étage est ouvert par une série de petites fenêtres. Enfin, dans le toit se trouvent des fenêtres-lucarnes. Remarquez aussi que ces fenêtres lucarnes sont deux fois moins nombreuses que les fenêtres du premier étage. Tout ce dispositif de construction ressemble fortement à celui de l’aile Louis 12 du château de Blois.

Mais ce qui est surtout exceptionnel dans cette cour, ces sont les colonnes des galeries du rez-de-chaussée. Elles ont toujours fortement impressionné les visiteurs du palais. Elles sont très richement ornées. Regardez-en une au hasard. Leur forme complexe est constituée d’un empilement de volumes variés : cylindre, cube, ou bulbe. Elles ont d’ailleurs une forme différente dans chaque aile de la cour. Ce type de colonne a été inspiré des colonnes qu’on trouvait dans les palais du Nord de l’Italie, comme à Pavie, ou à bergame. Et Erard de la Marcke avait vu ces constructions italiennes.

Le décor des colonnes est assez exubérant. Nous dirions même, incroyablement exubérants. En vous promenant sous les arcades, vous verrez ici un fou coiffé d’un bonnet à clochettes, là un inca coiffé de plumes, ici un serpent qui se mord la queue ou des plantes exotiques, comme l’ananas, le maïs ou le haricot. Par contre, aucun motif d’origine religieuse. Curieux pour le palais d’un évêque, non ? Mais Erard de la Marcke est un homme de la Renaissance. Le monde de la folie, image de l’humanité pour des intellectuels du temps comme Erasme, avec qui le prince était en contact, fait partie de la culture et de la vision humaniste d’un homme comme l’évêque. L’étrange, le Nouveau Monde, les animaux et les plates curieuses témoignent aussi de la grande curiosité du prince et de son ouverture à la nouveauté. A vous de vous promener, maintenant, et de contempler ce monde étrange.

Mais avant cela, prenons encore conscience de l’immensité de ce palais, au cœur de la ville. Car ceci n’est qu’une cour, il y en a une deuxième, un peu plus petite, et malheureusement inaccessible au public. Deux cours symétriques, des façades unifiées, tout cela sent fort l’influence italienne. Mais ce fut surtout le grand défi d’Erard de la Marcke que de remplacer le vieux palais médiéval par ce gigantesque château, au cœur même d’une ville où l’habitat était déjà très dense. Et maintenant, promenez-vous un peu à l’affût de toutes les étrangetés que vous découvrirez sur le décor des colonnes. Vous reprendrez ensuite le commentaire.


<< 31 - Le bâtiment numéro 1...         33 - L’archeoforum... >>

Sommaire complet du dossier :