Les Almohades

De la koutoubya a la medina en passant par la medersa ben youssef.

Les Almohades

Nous voici au pied de la Koutoubia dans le quartier des libraires, qui se dit d’ailleurs « Koutoubia » en arabe. Le grand voyageur et historien Léon l’Africain décrit dans ses ouvrages l’activité intense des libraires installés ici. Quant à la mosquée, c’est le sultan almohade Abd el moumen qui l’a fait édifier en 1158. Avant de commenter ce chef-d’oeuvre penchons-nous un peu sur l’histoire de ces almohades, l’une des grandes dynasties du Maroc.
Le nom « Almohades » vient de l'arabe: « al'muwahidûn », qui peut se traduire par les "Unitaires". Ce qui exprime bien leur volonté de rassembler. Ils constituent une dynastie d’origine berbère qui domina l’Afrique du Nord et l’Espagne aux 12 et 13e siècles. Ils sont issus d’un mouvement religieux appuyé par un groupe berbère du haut atlas marocain. Le fondateur est Ibn Toumart, (LECTEUR : prononcer Toumert ) qui était parti étudier en Orient. Il y subit certainement des influences rigoristes. Car, à son retour au Maroc en 1110, il combat le relâchement des mœurs de la dynastie almoravide alors en place. La jugeant impie, il estime légitime de la combattre. Devenu chef d’une communauté clandestine, il crée une doctrine particulière : c’est la doctrine dite du mahdi qui se caractérise par une application très rigoureuse du dogme, un thème inspiré de l’islam Shiite rencontré en orient. Il devient mahdi, c’est-à-dire celui qui est guidé par Dieu, celui qui est porteur de la parole divine, et fondateur d’une morale, d’une théologie et d’une politique spécifique. Tout cela est caractérisé par une extrême rigueur que d’ailleurs ses successeurs abandonneront. Il recommande la séparation des sexes, l’abstention de toute distraction comme l’alcool, la musique, les femmes. Il prône une tenue modeste et il veut réformer la morale. Il affirme l'unicité de Dieu, ce qui n'est pas nouveau, mais s'oppose à la multiplication du culte des saints que l'on observait à cette époque. Il insiste d'autre part sur l'idée de prédestination absolue et diffuse sa doctrine en langue berbère. Il compose et distribue de petits opuscules, des livrets reprenant ces idées, et crée une organisation militaire dans laquelle chaque homme voit son nom remplacé par un mot d’une phrase de ces opuscules. Et pourquoi cela ? Et bien tout simplement, parce que lors de l’appel des soldats : la phrase est reconstituée. Ah, il fallait y penser !! Il a voulu casser les appartenances tribales pour former une communauté nouvelle et une force cohérente. C’est lui qui dirige la communauté entourée par “la maison du mahdi” constituée de 20 personnes. C’est une sorte d’état-major ou de conseils des ministres. Les tribus sont classées hiérarchiquement et elles-mêmes divisées par fonction: armée, religion, archers, esclaves. L’assiduité aux exercices spirituels était obligatoire et la négligence religieuse était sévèrement punie: fouet et même mort. Ainsi, la “journée du tri” est restée tristement célèbre en 1120. Car ce jour-là, il fit exécuter plusieurs centaines de personnes jugées et condamnées pour manque de piété.
Vers 1122, il passe à l’attaque et menace Marrakech. A sa mort en 1130, son disciple Abd el Moumen lui succède et poursuit son action. Fès et Marrakech tombent en 1147. Puis il conquiert tout le Maghreb central et oriental avant de s’installer en Andalousie occidentale. Son fils, Yakub el Mansour (le victorieux), conquiert lui, le reste de l’Espagne. Mais les idéaux qui avaient prévalu du temps de Tumart sont peu à peu abandonnés et des dissensions éclatent. Et puis surtout, les chrétiens d’Espagne vont mener la reconquista avec une énergie croissante et ils seront victorieux à la bataille de las navas de tolosa en 1212. L’empire Almohade s’écroulera peu après. Mais avant cet écroulement, l’ordre régnant sur la vaste zone maghreb/Espagne avait permis un grand développement de l’industrie et du commerce. Le commerce avec les chrétiens était particulièrement florissant avec Gènes, Marseille et Pise. L’armée et la marine almohade faisaient de l’empire une des plus grandes puissances du temps. Le puritanisme du fondateur n’ayant pas duré, le luxe et les arts se sont développés avec une grande force. Les philosophes et notamment Averroès furent admis à la cour. Et surtout l’architecture va produire des chefs-d'œuvre, dont celui devant lequel nous nous trouvons. L’architecture almohade eut un caractère dynastique, c'est-à-dire qu'elle fut volontariste et que les bâtiments sont tous des commandes d'état. C’est d’ailleurs la plus belle période de l’art musulman en occident. L’esthétique ornementale des almohades est marquée par un souci d’équilibre et de légèreté. Le décor floral prend un développement nouveau et tire du motif de la palme sa forme définitive. L’art almohade est en fait l’aboutissement d’efforts séculaires : il mêla aux traditions andalouses des inspirations orientales. L’œuvre des almohades a produit des effets plus durables que celle des précédents almoravides. Certes l’échec politique est évident, car la tentative d’unification est venue trop tard mais ils ont favorisé un mouvement mystique et crée une civilisation austère ne manquant pas de grandeur.


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