La porte de la salle de prière

De la koutoubya a la medina en passant par la medersa ben youssef.

La porte de la salle de prière

Dirigeons-nous en face de nous en contournant le bassin pour admirer la porte de la salle de prière.

Nous voyons une série d’arcades sur toute la façade. L’entrée principale est surmontée par un grand arc. Sinon, regardez à gauche et à droite : deux petites entrées annexes sur les extrémités du mur permettent aussi de laisser pénétrer la lumière à l’intérieur.
En regardant de plus près le linteau de la porte principale, c'est-à-dire la pierre horizontale qui porte le poids, on voit une inscription gravée. Celle-ci fait référence à Moulay Abdallah, le fondateur du lieu, et elle chante sa gloire et sa piété. Pénétrons maintenant dans la salle de prière par la porte principale.

Au début du 20e siècle, le Maréchal Lyautey, alors gouverneur général de France au Maroc, interdit à tout non-musulman de pénétrer dans une mosquée. Et du coup, il est rare de pouvoir visiter une salle de prière. Mais ici, nous pouvons le faire alors profitons-en et nous vous proposons de nous asseoir quelques instants pour parler de l’islam. L’islam signifie soumission à la volonté de Dieu. C’est le nom donné à la religion apparue en Arabie centrale avec Mahomet au 7ème siècle. Mahomet, qui ne se définit pas comme un être surnaturel, est le prophète par l’entremise duquel Dieu va s’exprimer. Quelques mots au sujet de Mahomet : il est né en 570 à La Mecque, ville de riches marchands tirant profit des nombreux pèlerinages païens qui se faisaient dans la ville autour de la Kaaba. Eh oui, déjà la Kaaba avait un rôle important, car elle est traditionnellement perçue comme la maison d’Abraham. Rappelons-le, celui-ci est l’ancêtre des Arabes par Ismaïl. Mahomet est issu de la tribu des quraïchites, et de la famille des hachim. Orphelin, il est élevé par son oncle, Abu Talib et avec lui, il parcourt les routes caravanières. Plus tard, il épouse une riche veuve du nom de Khadidja et devient marchand à son tour. Il a une fille Fatima qui épousera Ali, personnage essentiel de l’Islam. En 610, un événement va bouleverser sa vie : c’est ce que l’on appelle la nuit du destin. Il va être transporté en rêve de la Mecque jusqu’à Jérusalem sur le dôme de la roche. Là, l’ange Gabriel va lui révéler le message de Dieu. Quel est ce message ? Celui qu’il n’y a qu’un Dieu, éternel et unique, Allah, qui ne s’est donné ni compagne, ni enfant. Signalons que parmi les nombreux Dieux vénérés à la Mecque, il y avait déjà un dieu nommé Allah. De plus, ce moment ne constitue pas l’unique instant de la révélation, mais le début de celle-ci qui durera quasiment jusqu’à la fin de la vie du prophète. En 613, après des hésitations, Mahomet qui n’avait transmis ce message qu’à ses proches, dont Ali, va se mettre à prêcher publiquement. Alors évidemment, immédiatement, il s’attire l’hostilité des marchands mecquois. Pensez donc : pour eux, cette multitude de dieux et de pèlerinages étaient sources d’immenses revenus. Alors, ils ne pouvaient pas apprécier un discours parlant d’un Dieu unique. Craignant même pour sa vie, il va devoir fuir et c’est son gendre Ali qui va permettre sa fuite. Celle-ci a lieu le 16 juillet 622 : et retenez bien cette date -répétons la : le 16 juillet 622-. C’est ce que l’on appelle l’hégire qui est le jour 0 du calendrier musulman. Mahomet et les siens trouvent refuge à Médine, ville de la côte ouest de l’Arabie. De là, il organise la résistance et en même temps la vie de la communauté. Dans une véritable guerre sainte, il affronte les tribus mecquoises et gagne aussi du terrain par de patientes alliances. Et c’est pacifiquement qu’il regagnera la Mecque en 630, 2 ans avant sa mort. Mais sinon, qu'est-ce que l’Islam? On trouve en fait une sorte de définition dans ce verset du Coran qui dit “O musulmans, croyez en Allah, à ses anges, aux écritures révélées avant lui, au prophète et au jour dernier”. Cette religion s’appuie sur des pratiques communément appelées “piliers” et qui sont au nombre de 5. Il y a: la profession de foi “il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est l’envoyé de Dieu”, la charité ou aumône légale, le pèlerinage à la Mecque, le jeûne rituel -le fameux ramadan- et la prière 5 fois par jour. L’ensemble de la foi et des pratiques religieuses est transmis par le Coran qui a été dicté au prophète Mahomet au cours de sa vie, mais dont la transcription ne sera achevée que vers 650 ; c’est à dire 18 ans après sa mort. Le Coran est divisé en sourates, lui-même divisé en versets. L’ensemble de la vie de la communauté y est évoqué, mais des compléments seront donnés par la suite. Les autorités vont légiférer, et recueillir pour cela des traditions –qu’on appelle hadiths- permettant de déduire ce qu’aurait dit ou fait le prophète dans telle ou telle situation. On crée ainsi un corpus de traditions qui forme ce que l’on appelle la Sunna, d’où le nom de sunnites donnés à la majeure partie des musulmans. Pourquoi la majeure partie et pas l’ensemble des musulmans? Et bien, parce qu’après la mort du prophète, des dissensions vont apparaître assez vite au sujet de la direction de la communauté. En effet, de son vivant le prophète dirigeait lui-même celle-ci et son autorité était légitimée par son contact avec Dieu. Après sa mort, à qui confier cette charge ? On a donc décidé dans un premier temps d’élire des califes, des successeurs qui ont été abou Bakr, Omar et Othman. Mais Othman meurt assassiné et Ali, le gendre du prophète est élu à cette charge. Immédiatement, il est contesté par un parent d’Othman, Moawiyya qui est le gouverneur de Syrie. La communauté se divise, la majeure partie se rallie à Moawiyya, plus souple qu’Ali. Celui-ci est assassiné en Irak par un de ses anciens partisans et après une période de tergiversations, son second fils Hussein reprend la lutte pour le pouvoir. Cela conduit les deux parties à la guerre et Hussein est tué à Kerbala en 680. L’acte est grave, car on a tué le petit-fils du prophète. Certes, les partisans d’Ali et de son fils sont défaits, mais certains les érigent en martyrs et le rapprochement n’est plus possible. Donc, d’un côté, on trouve Moawiyya qui fonde une dynastie, celle des omeyyades et qui s’appuie sur la sunna. Ce seront les sunnites. De l’autre côté, il y a une minorité, qu’on appelle les shiites –qui vient du terme partisan. Et eux, ils se réclament de la descendance du prophète et se considèrent comme martyres. Mais on l’a compris, au départ, la grande division de l’islam était avant tout une querelle sur la succession du prophète. Mais peu à peu, les deux parties vont chercher à se légitimer, et les querelles deviendront dogmatiques et extrêmement complexes. Mais qu’en est-il du Maroc? Et bien, celui-ci passera à l’Islam lors de la conquête de Sidi Oqba en 681. Mais celle-ci sera difficile, car elle s’opposera au particularisme berbère symbolisé par la légendaire Kahina, mi-prophétesse mi-guerrière. Mais quand même, la conquête réussit et l’islamisation ainsi que l’arabisation du pays se font peu à peu. Mais les berbères, même convertis, ne renoncent pas pour autant à leur indépendance et de nombreux royaumes berbères musulmans verront le jour et feront la grandeur du Maroc. Voilà ce que l’on pouvait brièvement dire de l’Islam.


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