Le jardin Victoria Tower garden

De westminster a trafalgar square

Le jardin Victoria Tower garden

Continuons notre promenade en allant jeter un coup d’œil au jardin Victoria Tower Garden. Pour cela, continuons tout droit sur une trentaine de mètres. La rue change ici de nom et s’appelle Abingdon. Puis nous trouverons une petite porte sur notre gauche qui nous donnera accès au jardin.
Nous voici à l’entrée du jardin où nous sommes accueillis par la statue d’une femme Emeline Pankhurst. Elle est restée célèbre pour son action politique au sein du mouvement féminin qu’elle créa avec sa fille Christabel au tout début du 20e siècle : les fameuses "suffragettes". L’objectif était l’obtention du droit de vote pour les femmes. Celles-ci n'hésitent pas à recourir à des actes spectaculaires. Ainsi en 1905, Christabel crache au visage d'un policier. En 1918, elles obtiennent une première victoire avec l'octroi du droit de vote aux femmes de plus de 30 ans. Les femmes britanniques obtiendront vraiment le droit de vote en 1928.Laissons Emeline Pankhurst à notre gauche et dirigeons-nous vers la Tamise. Au détour de l’allée, un autre groupe sculpté en bronze surgit. Arrêtons-nous devant.
Vous voilà devant un groupe de personnages qui vous rappelle peut-être quelque chose. Ce groupe d’hommes en bure, l’air résolu et triste, ce sont les fameux bourgeois de Calais exécuté par le sculpteur français Rodin. Ils ont été acquis par l’Angleterre en 1911 pour être placés ici, dans les jardins de Westminster.
Ils sont là, tous les 6, conscients du sacrifice qu’ils font en donnant leur vie pour sauver leur ville et ses habitants assiégés depuis 9 mois par les Anglais. Nous sommes alors en 1345. La reine Philippine de Hainaut, admirant leur courage, demandera à son mari de leur épargner la pendaisonsix bourgeois de Calais, conduits au bourreau par Eustache de Saint-Pierre, un des notables âgés de la ville, remettront les clefs de la ville à Édouard 3 roi d’Angleterre, pieds nus, en chemise et la corde au cou. C’est cet instant dramatique que Rodin a choisi pour immortaliser le sacrifice. Regardons-les bien. Ils sont pieds nus. Ils ont les mains calleuses d’hommes habitués au travail. Ce sont des bourgeois. Le plus âgé est devant nous au premier plan, c’est Eustache de St Pierre. Son visage émacié témoigne de l’intensité de son sacrifice. Le personnage à sa gauche a une tenue de grande dignité. Il assume. Derrière lui, un autre se prend la tête à 2 mains. Est-ce le regret du don de sa vie ou la peur qu’il exprime ? Le plus jeune derrière à notre gauche a un air bien plus serein que ses aînés. Est-il moins conscient que les autres de l’issue ? Celui à la droite de Eustache de St Pierre se tord de désespoir. Il se détourne du groupe. Ces personnages sont sculptés grandeur nature. Rodin les a conçus indépendamment les uns des autres, de fait, ils ne communiquent pas entre eux. En effet, s’ils sont liés par le même sacrifice, chacun le vit différemment selon son âge et sa personnalité. Rodin avait initialement pour projet de les mélanger à la foule et non pas de les fixer, groupés, sur un socle. Il entendait ainsi souligner l’intensité dramatique du moment et la douleur des sentiments humains.En fait, Rodin cherche à matérialiser 2 éléments, le mouvement et l’expression des sentiments.
Ce monument comprend des innovations importantes par rapport au monument public traditionnel et une rupture avec les conventions. Découvrons ces innovations :
En premier lieu, il y a la disparition de l’enthousiasme : les héros du monument public sont traditionnellement portés par leur sacrifice (pensez par exemple au traditionnel soldat qui brandit son drapeau avec fougue). Est-ce le cas ici ? ….. Non !! car ici, Rodin nous montre l’hésitation et le regret. Et puis, ne l’oublions pas, dans le cas présent, les personnages savent qu’ils vont mourir et on imagine que leur acte a été murement réfléchi. C’est très différent d’un soldat qu’on imagine charger sous le coup de la passion ou de la colère. Ici, comme le dit Rodin : "C'est le sujet lui-même qui impose une conception héroïque. Ce qu’on montre, c’est le patriotisme humain, l'abnégation, la vertu".
Autre innovation, la présentation du monument : Traditionnellement, la sculpture était placée sur un socle en hauteur. Est-ce le cas ici ? Non, Rodin l’installe très bas, au niveau des spectateurs, ce qui leur donne ainsi l’impression de pouvoir participer à l’action. Dans une lettre à un ami, Rodin écrivait : « Le groupe -de statues- devient ainsi plus familier et fait entrer le public mieux dans l'aspect de la misère et du sacrifice, du drame"
enfin, 3e innovation, les corps sont déformés. Les conventions imposaient pourtant de représenter des corps idéalisés aux imperfections gommées. Or ici les défauts sont accentués. Regardez les visages : les traits sont soulignés, les rides, les fossettes, et saillies sont accentuées. Et pire encore : regardez les pieds comme ils sont démesurés, regardez les bras : anormalement longs. Et les mains : elles sont expressives et parfois de taille exagérée pour être mieux vue ? Rodin transpose la réalité en fonction de ses visées expressives, sans que les formes perdent de leur vraisemblance. C’était là une grande révolution apportée par Rodin : déformer la réalité physique pour approcher au mieux de la réalité des sentiments.
Observez la couleur du bronze et le poli de la matière. En se réfléchissant, en créant des jeux d’ombres, la lumière ajoute à l’intensité des expressions ;
Il existe plusieurs groupes des bourgeois de Calais; Chaque groupe diffère par la teinte du bronze et par sa disposition dans l’environnement.


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