L’intérieur de l’amphithéâtre

Decouverte d'arles

L’intérieur de l’amphithéâtre

Mais laissons là ces subtilités, et avançons encore le long de la façade sur un quart de la circonférence des arènes : c’est là que nous trouverons l’entrée, sur l’un des petits côtés de l’ellipse (car le plan est elliptique ou ovale).

Nous sommes devant l’entrée, allons tout droit au bout du couloir voûté de l’entrée, au bord de la cavea.

Même si les sièges de bois et les rambardes de la feria brouillent un peu la vision de la cavea, cela reste assez saisissant. Pour un peu, on entendrait le rugissement des bêtes, le cliquetis des armes des gladiateurs et la clameur de la foule, non ? Au fait, ce que nous voyons est-il intact ? En vérité, non : vous vous souvenez qu’il y a eu 200 maisons construites dans ces arènes. Donc les gradins ont beaucoup souffert. Ils montent aujourd’hui jusqu’en haut du rez-de-chaussée : les arcades que nous voyons tout autour, au dessus des gradins, correspondent en effet aux arcades du 1er étage, que nous avons vues sur la façade extérieure du monument. Eh bien les gradins d’origine montaient 2 fois plus haut: ils arrivaient en haut du 1er étage, et non au dessous. Au total il y avait 34 gradins en grands blocs calcaires, divisés en 4 séries. Les spectateurs s’y répartissaient selon leur rang social : au rang social le plus élevé correspondaient les 1ers gradins, en bas (sénateurs ou magistrats), mais on y trouvait aussi les membres de certaines corporations, comme les bateliers d’Arles. Les esclaves et les affranchis étaient tout en haut. Vous vous souvenez de la capacité du théâtre : 10000 spectateurs. Alors ici ? Eh bien 20 000, car c’est un amphithéâtre : donc un double théâtre, et avec à peu près le même nombre de gradins que le théâtre. On peut rappeler que les amphithéâtres ont été inventés par les Romains, à partir d’une salle provisoire de bois composée elle-même de 2 théâtres ouvrant l’un vers l’autre, et bien sûr sans mur de scène.
Maintenant, regardons vers le bas : autour de l’arène, il y a un mur assez bien conservé, formé de grandes dalles au sommet arrondi. Ce mur, c’est le podium. La partie arrondie des dalles servait d’accoudoir aux spectateurs du 1er rang, et ces dalles elles-mêmes les protégeaient des bêtes fauves, pendant les spectacles. Le sol de l’arène était en bois, et il faut l’imaginer plus haut que le sol actuel. Le sol actuel correspond aux « dessous de scène » de l’arène antique. C’est par ce dessous scène que l’on faisait apparaître les décors, et aussi les bêtes, lors des combats d’animaux et d’hommes, lors des chasses, ou lors des exécutions de condamnés livrés aux bêtes. Toutes ces machines en action constituaient une partie des plaisirs du spectateur romain, avec celui de regarder les gladiateurs combattre entre eux, et le cas échéant s’entre-tuer. Les spectacles étaient offerts par l’empereur ou par les magistrats locaux, soucieux de se faire élire ou réélire. Et sur le podium, on voit encore une inscription disant que C. Junius Priscus a payé ce podium, offert 1 statue en argent et 4 statues de bronze pour décorer l’amphithéâtre, et donné un banquet, et pendant 2 jours, des jeux et une chasse. Maintenant, retournons en arrière, et arrêtons-nous et regardons le 1er couloir annulaire voûté.

Voilà un exemple de l’utilisation de la voûte par les Romains. Et si vous faites quelques pas dans ce couloir, vous verrez aussi les vomitoires. Ce sont des couloirs dirigés vers la cavea par où la foule se déversait en peu de temps, et évacuait les lieux, également en peu de temps. Au total, il y a 188 points de passage. Et ces vomitoires, bien sûr, sont voûtés. Maintenant, revenons encore un peu en arrière, jusqu’à l’entrée, et arrêtons-nous dans le 1er déambulatoire annulaire, celui qui est juste derrière la façade.

Eh bien ce déambulatoire donne d’abord l’impression d’avoir un plafond très haut : c’est qu’en fait son plafond –plafond, et non pas voûte- a en grande partie disparu. Justement, il ne s’agissait pas d’une voûte, mais de grandes dalles de pierre d’un seul tenant posées à plat. On en voit encore quelques-unes, soutenues par des renforts métalliques. Du coup, on aperçoit le voûtement du 1er étage : une voûte de pierre par travée, qui retombe sur de grands blocs de pierre finement sculptés en forme d’entablement, avec les 3 Strates caractéristiques d’un entablement. Toute cette partie, avec ses blocs de dimension colossale, avec son côté semi-ruiné, et en même temps indestructible, car cela tient depuis 19 siècles, et avec le contraste de la pierre blanche et des coulées noires, est vraiment très impressionnant. Au fait, de quand date cet amphithéâtre ? de la fin du 1er siècle, comme celui de Nîmes, et comme le Colisée.
C’est ici, dans ce déambulatoire, que se trouve l’escalier qui monte à la tour située au-dessus de l’entrée. Il est fléché. Montons.

Voilà, nous sommes maintenant au dessus des voûtes du 1er étage, que nous regardions à l’instant depuis le déambulatoire annulaire. Et vu d’ici le coup d’œil est superbe : un moutonnement de grands arcs de calcaire blanc. Et bien sûr, en bas la cavea. Et autour, les toits des maisons d’Arles et les clochers de Notre Dame de la Major, et de Saint-Trophime.
Pour la tour, il faut aller sur la droite et monter encore un peu.

Nous sommes arrivés ? Eh bien voilà un point de vue un peu plus panoramique encore, sur les arènes, sur la ville, et par temps clair sur ses environs : l’abbaye de Montmajour et les Alpilles.


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