La Salle Vladislas du Palais royal

Deuxieme promenade au chateau de prague

La Salle Vladislas du Palais royal

Revenons maintenant sur nos pas et sortons de la Chambre verte et rejoignons le vestibule par lequel nous sommes entrés dans le Palais. Nous allons maintenant visiter les parties les plus importantes du Palais et d'abord la Salle Vlasdislav qui se trouve juste à gauche en entrant dans le vestibule. C'est vrai, on le dit souvent : dès le premier regard, la salle Vlasdislav fait chavirer les cœurs. Elle est somptueuse, elle nous émeut par sa beauté, et elle mérite totalement de figurer parmi les plus grandes réalisations du 15e siècle européen. Elle est unique. L'architecte qui la réalisa s'appelait Benedikt Ried et la salle absorba toute son génie de 1486 à 1502.
La salle mesure 62 mètres de longueur, 16 mètres de largeur, 13 mètres de hauteur. Elle a été construite à l'emplacement de trois grandes pièces du palais royal du 14e siècle. Enfin, sachez qu'au moment de son achèvement en 1502, la salle Vladislav était la plus grande salle à utilisation non religieuse en Europe centrale. On y organisait des festivités et des banquets gargantuesques pour célébrer la Bohème, mais surtout le roi. On parle même de tournois de chevalerie ! Oubliez un instant que vos yeux sont déjà habitués au gigantisme –désormais fréquent- de nos halls de gare, d’aéroport ou centres commerciaux. Et imaginez-vous en 1500 : les ouvrages de grande taille sont rares et cette salle a dû vraiment être considérée comme gigantesque à l’époque.
Pendant les jours ordinaires, la salle était un important espace de communication, à travers lequel on accédait aux bureaux royaux, à la salle de la Diète, aux salles de Séances. Ce trafic intense attira des marchands qui s'établirent le long des murs. La salle Vladislav était finalement un lieu de sociabilité où l'on parlait affaires et où s'échangeaient les potins, mais aussi des informations parfois très sensibles. Elle reprenait en cela la fonction du forum romain de l’antiquité. Aujourd'hui, la salle est vide.
Ce qui nous surprend, sans doute autant que ses contemporains, c'est cette très belle voûte. Une fois de plus, elle nous rappelle quelque chose. Peter Parler, la cathédrale Saint-Guy ? Sans doute, mais un siècle sépare la voûte de la cathédrale de celle du palais royal ! Un siècle important pour l'histoire de l'art, celui de l'abandon du gothique, et de l'épanouissement de la Renaissance en Europe. Un siècle durant lequel les innovations de Peter Parler à la cathédrale ont voyagé, se sont enrichies, de l'Europe centrale à l'Angleterre, en passant par l'Italie. A Prague, c'est Benedikt Ried qui incarne cette nouveauté. L'avant-gardiste de son époque et de cette région c'est lui!

Plaçons-nous au centre de la salle et regardons tout autour de nous. Deux mots viennent à l'esprit : lumière et élégance.
La lumière… La lumière, car la salle en est inondée grâce aux larges fenêtres droites et régulières que l'architecte a percé dans les murs, comme le style Renaissance le recommandait.
L'élégance maintenant. L'élégance, c'est toujours un tout. Mais à Prague, au Palais-Royal, l'élégance, c'est aussi ce plafond voûté, composé de cinq parties reliées entre elles par un jeu continu de nervures de pierre, curvilignes, arrondies, segmentées : un plafond qui semble comme suspendu dans les airs. Un peu comme une gigantesque toile d’araignée. Le mieux c'est de faire le voyage avec ses propres yeux. Par exemple, depuis le mur de gauche remontez le long d'un pilier, rejoindre les nervures de pierre qui tapissent le plafond et se laisser glisser de l'une à l'autre. Essayez…
Au final, le propos est aussi esthétique puisque le lacis de nervures dessine successivement cinq grandes rosaces, une pour chaque travée. C'est très dynamique, un peu comme une vague qui irait d'un bout à l'autre de la salle. On a l’impression que l’œil, une fois posé sur ce cordage, est emporté d’un bout à l’autre de la pièce : tiens !! Quand on y pense, cette architecture, ce décor instaurent du mouvement : cela serait presque une innovation baroque. Mais bon !! Le style dit « baroque » n’est pas censé exister à l’époque.
Alors, comment classer un tel ensemble, Renaissance ? Fin du Gothique ? En art comme ailleurs, tout est relatif ! Les historiens ont bien montré la subjectivité des frontières temporelles et géographiques pour évaluer un style. Il n'y a pas au 15 e siècle d'art "national", les artistes passent d'une Cour à une autre, collaborent sur les chantiers, disséminent leur savoir faire et absorbe celui des autres parfois comme des éponges. Au 15e siècle l'art est International ! Alors, disons simplement que Benedikt Ried était un homme de son temps, lettré, curieux, puisant à droite et à gauche pour créer son propre style. Inclassable !


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