L’église « Chiesa San Pantaleone »

Dorsoduro meconnu et tiepolo

L’église « Chiesa San Pantaleone »

Notre promenade commence donc sur le Campo San Pantaleone. Placez-vous dos au canal pour regarder la façade de l'église, la Chiesa San Pantaleone. Edifiée au 16e siècle et jamais achevée, cette église a conservé depuis une apparence on ne peut plus simple, avec sa façade de brique nue. Mais elle recèle une richesse décorative intérieure impressionnante. Alors, entrons dans l'église et laissons-nous surprendre. La porte d'entrée se trouve en façade.

Une fois à l’intérieur, asseyons-nous dans les premiers rangs de la nef, cette partie principale de l'église où s'asseyent les fidèles. Votre première impression est probablement la stupéfaction face à la gigantesque voûte de la nef entièrement peinte.

Nous vous proposons ici un court commentaire de la voûte de l’église. Alors à propos de ce plafond : il est remarquable par l’impression de gigantisme qu’il dégage : alors certes, il est effectivement de grandes dimensions, mais le secret de cette impression de gigantisme réside ailleurs. Cela provient de la peinture du plafond, qui semble d’un seul tenant alors qu’en fait, elle est composée de quarante toiles adroitement juxtaposées. C'est le chef-d’œuvre de Giovan Antonio Fumiani, réalisé de 1680 à 1704. Cet artiste vénitien n'est que secondaire, mais il atteint ici des effets illusionnistes audacieux avec cette représentation d'un second édifice peint, continuant l'architecture de l'église et ouvrant vers un ciel fictif. Fumiani apporte, à Venise, l'usage et le goût du trompe-l’œil, alors très en vogue dans l'Italie centrale où il avait été formé. Le trompe-l’œil est une peinture qui produit l'illusion de la réalité grâce à des jeux savants de perspective. Ce côté très théâtral est accentué par les clairs-obscurs, procédé pictural associant les ombres et les lumières afin de modeler les volumes. Plutôt obscurs que clairs d'ailleurs ! Très tourmenté par l'idée de la mort, l'artiste Fumiani a effectivement privilégié les teintes sombres. Autre élément spectaculaire, au sens littéral du terme : les anges innombrables qui s’élèvent dans un tourbillon vers les nuées. Alors, c’est vrai que cette colossale mise en scène révèle l'essoufflement du baroque, qui à force de vouloir trop en faire finit par ne plus toucher. Cela dit, elle n'en marque pas moins le développement de la peinture décorative vénitienne du 18e siècle dont le plus célèbre représentant sera Tiepolo, le dernier grand artiste de la Venise triomphante dont nous verrons les oeuvres au cours de cette promenade et à travers toute la ville.

La voûte de l'église San Pantaleone représente "le Martyre et la Gloire de Saint Pantaléon". Saint Pantaléon est l'un des martyrs du règne de Dioclétien, le dernier empereur romain à avoir persécuté les chrétiens, juste avant l'édit de Milan qui accorda, en 313, à tous les citoyens romains la liberté de culte. Les chrétiens étaient alors persécutés pour refuser de pratiquer le culte impérial ; or tout citoyen de l'Empire romain avait l'obligation de rendre hommage à l'empereur, et cela, quelle que soit sa religion. Le culte impérial était, en effet, le seul culte commun à tout l'empire. Il s’agissait de défendre une stratégie de cohésion dont Dioclétien avait un vif besoin en ces temps difficiles pour l'empire.


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