L’histoire de San Pantaleon de Véronèse

Dorsoduro meconnu et tiepolo

L’histoire de San Pantaleon de Véronèse

Vous pouvez vous lever maintenant et en restant toujours dos à l'entrée, vous diriger vers la deuxième chapelle à droite. Positionnez-vous face à cette chapelle qui nous décrit des épisodes de la vie de Saint Pantaléon. Sur les murs latéraux, les peintures réalisées par le vénitien Palma le Jeune représentent le "Saint guérissant un paralytique", à gauche et sa "Décapitation", à droite. Au centre,  dominant l'autel de la chapelle, "Saint Pantaléon guérissant un enfant" du célébrissime peintre vénitien Paolo Véronèse.

Parlons de cette toile, datée de 1587. Elle est la dernière oeuvre de l’artiste, elle est aussi l’une des plus réussies. Véronèse est ici dans la maîtrise absolue de son art. Il meurt le 19 avril de l'année suivante.

L'histoire de Saint Pantaléon est si caractéristique de celle des martyrs chrétiens du 3e siècle qu'elle vaut la peine d'être contée.

Né de père païen et de mère chrétienne, Pantaléon vit à Nicomédie, la capitale orientale de l'Empire romain, situé dans l'actuelle Turquie. Il devient un médecin, si renommé que l'empereur Dioclétien qui gouverne l'Orient, en fait son médecin personnel. Mais un prêtre chrétien, désireux de le ramener à sa foi, lui dit : "A quoi vous serviront vos connaissances, si vous ignorez la science du salut ?" Pantaléon déclara qu'il y réfléchirait. Il y réfléchit si bien qu’il fut l’auteur d’un miracle, lequel est ici représenté dans le tableau de Véronèse que vous avez sous les yeux. Pantaléon découvrit un jour un jeune garçon mort des suites d'une morsure de vipère à la jambe droite, vous pouvez apercevoir le reptile dans l'angle inférieur droit de la toile. Inspiré par la grâce, Pantaléon, plein de confiance en Jésus-Christ, dit : "Enfant, lève-toi, au nom de Jésus-Christ !" Puis, se tournant vers la vipère : "Et toi, méchante bête, reçois le mal que tu as fait." Sur l'instant l'enfant se releva vivant, et la vipère resta inerte sur le sol. Pantaléon n'hésita plus alors à se faire baptiser. La guérison de cet enfant incarne et symbolise donc la conversion de Pantaléon. Il devint ensuite un grand apôtre de la foi. Mais des confrères médecins jaloux le dénoncèrent en tant que chrétiens à l'empereur. Il fut donc condamné à divers supplices dont l’ultime fut en 305 sa décapitation. Ce châtiment fatal est représenté dans le tableau sur le mur de droite de cette même chapelle.

Regardons l’œuvre de Véronèse : le garçon est soutenu par le prêtre, qui d’ailleurs a les traits du commanditaire de l’œuvre. Notons au passage que cela révèle le grand talent de portraitiste du peintre. Mais ce qui frappe avant tout ici, c'est l’atmosphère pathétique. C’est curieux de la part de Véronèse qui est surtout connu pour ses immenses toiles à la fois joyeuses, colorées et fourmillant de personnages. Pour s’en persuader, il suffit de penser à ses célèbres "Noces de Cana" visible au Musée du Louvre. Mais là, nous ne sommes plus dans les somptueuses années 1560 ... Et durant les dix dernières années de sa vie, Véronèse, qui croule sous les commandes, réalise des œuvres plus intimistes et pénétrées du sentiment du sacré. Plus sombres, elles se rapprochent des oeuvres du Tintoret. Reflet, peut-être, d'un artiste vieillissant et malade, marqué par la mort de son fils et de surcroît soumis aux règles de piété du Concile de Trente. Ce concile fut le promoteur de la Contre-Réforme, c’est à dire de la lutte contre la montée en puissance de la Réforme, c’est à dire des protestants. Pourtant, comme on peut le voir, même cette œuvre ultime palpite par le frémissement de la lumière et des jeux de reflets, si visibles dans les vêtements. La richesse de la gamme chromatique reste de mise, même si cette oeuvre révèle une palette moins acide. Véronèse transmettra ces éléments picturaux poussant les maîtres du baroque à s’en inspirer beaucoup au 17e siècle. Tiepolo s’en inspira quant à lui au 18e.


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