Les œuvres de Vivarini et Veneziano

Dorsoduro meconnu et tiepolo

Les œuvres de Vivarini et Veneziano

Et maintenant, nous vous proposons de vous rendre dans la chapelle située à gauche du cœur. Si elle est fermée, n’hésitez pas à faire appel à la bonne volonté du personnel ecclésiastique, vous aurez alors la chance rare d'y admirer, deux chefs-d’œuvre, l'un de Vivarini, l'autre de Veneziano.
Essayez. Allez-y en gagnant le fonds de l’église où se trouve le cœur et là, la chapelle est sur la gauche.

Veneziano a peint ici, vers 1350, une "Vierge à l'Enfant entourée de scènes de la vie de la Vierge". Cet artiste, moins connu que d'autres et dont l’œuvre peut vous paraître un peu archaïque, est pourtant un peintre essentiel pour Venise : il est la première vraie personnalité de la peinture vénitienne. On dit de lui qu’il est le plus grand des peintres byzantins méditerranéens, le dernier à n'être pas grec et le premier des Vénitiens". Il est ainsi dans la continuité des mosaïstes byzantins, dont on peut admirer les oeuvres dans la Basilique Saint Marc. Il réalisa des peintures, sur bois à fond doré, dessinées avec la minutieuse finesse des maîtres byzantins et des peintures religieuses représentant essentiellement des "Vierge à l'Enfant" et des "Couronnement de la Vierge". On lui doit aussi des peintures composées de petits cadres étroits si byzantins, qu’ils ne permettent pas de développer la composition. Ce peintre marque incontestablement le début de l'autonomie de l'école artistique vénitienne. Sa peinture est plus innovante, en particulier dans le naturel des personnages et avec un dessin plus dégagé des fonds d'or que dans les icônes byzantines. Le naturel étant l'apport le plus authentique de Paolo Veneziano, regardez-le à travers les gestes et les expressions des personnages qui ne sont plus ici hiératiques comme dans les icônes. Les petits panneaux sont représentatifs de cet apport : portez votre attention sur la "Nativité" avec l’âne et le bœuf qui posent leur museau sur l'enfant Jésus ou la "Présentation au Temple" frappante par l'Enfant tendant les bras vers sa mère ou encore la "Dormition de la Vierge " empreinte d'une grande piété.

Dans cette même chapelle, vous pouvez aussi admirer "le Couronnement de la Vierge" d'Antonio Vivarini. Ce peintre de la fin du 15e siècle est un artiste charnière entre le gothique vénitien et une peinture plus réaliste. Vivarini évolue effectivement d'une peinture traditionnelle avec ses grands polyptyques, dont le gothique magnifiait la structure en bois, à une peinture plus emplie de vérité. Cette évolution picturale survint à la suite d'un voyage qu’il fit à Padoue vers 1450 et qui lui fit découvrir des œuvres Renaissances. Vivarini n'aura toutefois pas la même portée que Giovanni Bellini, l'un des très grands peintres vénitiens, qui crée, à la même période, un courant beaucoup plus moderniste, résolument tourné vers la Renaissance. Admirez encore cette imposante peinture sur bois, caractéristique de la deuxième période de Vivarini. L’œuvre est impressionnante par la multitude des personnages religieux. L'artiste a, curieusement et exceptionnellement, représenté deux scènes religieuses différentes sur la même toile: le "Couronnement de la Vierge " et le "Paradis". Sur un vaste trône surélevé, au centre de la composition, la Vierge est couronnée par Jésus au-dessus desquels se déploient la colombe, symbole du Saint Esprit, et Dieu le Père. Sur le piédestal du trône, des anges portent les instruments de la Passion, vous en reconnaîtrez la Croix, l'échelle de la Descente de Croix, l'éponge et la lance du soldat romain. Voyez aussi au premier plan, devant le trône, les quatre Evangélistes tenant leur Evangile : à gauche, Saint Jean et Saint Marc ; à droite, Saint Matthieu et Saint Luc. De part et d'autre du trône, le Paradis. Chaque plan dépeint un type différent de religieux. Plus on se dirige vers le haut du tableau, plus leurs dimensions sont petites ce qui révèle une recherche toute nouvelle de la perspective. De bas en haut : les Saintes martyres, puis les grands saints et évêques ou papes, au dessus les Apôtres, encore au-dessus les grands personnages de l'Ancien Testament, enfin dans les derniers étages, les anges. Saisissante par sa multitude même, cette œuvre est encore plus remarquable par le fait que chacun des personnages est identifiable dans sa fonction par l'attribut qu'il détient. Prenez le temps d'en regarder quelques-uns attentivement et d'admirer leur caractère très doux. Vivarini aimait à donner une humanité à ses sujets à travers une carnation délicate, une finesse du trait tout aristocratique et une expressivité naturelle.


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