La scuola 

Dorsoduro meconnu et tiepolo

La scuola 

Mais au fait, nous direz-vous, qu’évoque ce terme de "scuola", si difficile à traduire? La scuola est une confrérie ou confraternité. C'est une institution typiquement vénitienne.

Apparues au 13e siècle, les scuole, au pluriel, regroupent des laïcs, soit par métier comme celle des tanneurs de la place Sainte Marguerite, soit par pays d'origine comme celle des Dalmates ou Schiavoni, soit encore par obédience comme celle des Carmes. Si elles apparaissent à Venise, c'est tout simplement que la ville tournée vers la mer est très cosmopolite. Les citoyens de ces confréries pratiquent la dévotion, la charité, l'entraide et la bienfaisance ainsi que le patronage corporatif. Leurs sièges se trouvent dans des palais plus ou moins vastes, fonction de l'importance et de la richesse de la scuola. Il y avait à Venise au 17 siècle plus de 300 scuole dont 6 dites "grandes" ou majeures auxquelles adhéraient les plus grandes personnalités. Elles furent supprimées en 1806 par Napoléon. Deux d’entre elles ont repris du service et fonctionnent toujours aujourd'hui : la Scuola degli Schiavoni et... la Scuola Grande dei Carmini.
Mais si les scuole sont aujourd'hui si réputées, c'est parce qu'elles regorgent d’œuvres d'art réalisées par les peintres les plus illustres de Venise. La Scuola dei Carmini ne fait pas exception. Elle est considérée comme le musée Giambattista Tiepolo, ce célèbre artiste du 18e siècle. Cela contribua d’ailleurs grandement à augmenter la renommée de la confrérie. Peintre surdoué, célèbre de son vivant dans toute l'Europe, il est le seul artiste vénitien rococo à s'être affranchi de la frivolité et du repli de sa ville d'origine. Adopté par les artistes européens au 18e siècle, le style rococo ou rocaille se caractérise par la profusion de l’ornementation et par la légèreté. C’est un peu un mélange entre baroque italien et un certain art décoratif à la française. Quant à Tiepolo, il a éminemment contribué à l'image d'une Venise gracieuse et fière de son héritage. Mais, avec sa mort, s'achèvera une ère fabuleuse d'artistes vénitiens. N'ayant aucun héritier artistique, il sera le dernier grand témoin d'une civilisation sur son déclin, celle grandiose de la Venise indépendante et entreprenante.
Il subsistera toutefois une continuité de la légèreté, de la clarté et des fastes vénitiens de théâtre et de carnaval au travers de la peinture française de la seconde moitié du 18e avec les "fêtes galantes" d'un Fragonard ou d'un Boucher.


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