L’église du Gesù

Du gesu au pantheon : le quartier du champs de mars

L’église du Gesù

Le grand bâtiment que vous voyez à droite de l’église est donc la maison mère de l’ordre. A l’origine, on y trouvait une petite église, édifiée dès 1540. Elle a disparu depuis. L’église qui se dresse aujourd’hui devant nous fut inaugurée en 1582. C’est le cardinal Alexandre Farnèse qui en finança la construction. Et il imposa son propre architecte, Vignole.
Mais la façade elle-même, dernière construite, fut réalisée par l’architecte Giacomo della Porta. Observons bien cette façade, elle est considérée comme un élément artistique important dans la transition entre l’art de la Renaissance et l’art baroque.
Lorsqu’on la regarde dans son ensemble, l’impression qui domine pourrait se définir en trois mots : ampleur, sobriété, unité. Pour mieux comprendre ce qui donne ce sentiment, prenons le temps de regarder attentivement les détails qui la composent.
Tout d’abord, voyez comme cette façade est divisée horizontalement en deux étages, le tout couronné d’un grand fronton triangulaire. Puis voyez comment, verticalement, elle présente trois parties. Est-ce que cette symétrie, ce damier architectural, ne dégage pas une impression de sobriété ?
Regardons la partie centrale, tout d’abord, qui comprend les portes et les fenêtres. Elle est en légère avancée par rapport au reste du mur. Elle est aussi la partie la plus travaillée sur le plan du décor. Observons notamment, juste au-dessus de la grande porte centrale, le très bel effet produit par le fronton triangulaire enchâssé dans un fronton semi-circulaire. On le voit, il y un fort effet de contraste entre cette partie centrale et les ailes latérales.
Non seulement elles sont en retrait, mais en plus ces deux ailes latérales sont plus sobres dans leur décor. Au niveau du premier étage, ces deux ailes se rétrécissent sous la forme d’une élégante ligne courbe, encadrée par deux belles volutes enroulées sur elles-mêmes. On appelle cela une « console. » Ces consoles font une transition en douceur entre le large rez-de-chaussée et le premier étage plus étroit.

Continuons notre observation et regardons les colonnes et pilastres : les colonnes engagées, c’est-à-dire des colonnes semi-circulaires enchâssées dans le mur, ressortent fortement en relief. A l’inverse, les pilastres, c’est-à-dire les piliers carrés enchâssés dans le mur, ont un relief beaucoup moins marqué. Ces jeux de reliefs différents, combinés avec l’avancée de la partie centrale, contribuent à créer un très beau jeu de lumière et d’ombre, qui donne de la dynamique à la façade. Ainsi, la façade reste très unie, par l’équilibre de sa composition, la douceur de la transition entre le rez-de-chaussée et le premier étage, la simplicité de son décor.
A ce titre, elle témoigne encore d’un esprit très classique propre à la Renaissance. En revanche, le contraste d’ombre recherché par les différences d’épaisseurs des colonnes, l’avancée de la partie centrale où se concentre l’essentiel du décor, lui donnent un caractère mouvementé qui annonce déjà le baroque. L’architecture baroque du 17ème siècle se caractérisant par l’aspect essentiellement mouvant des façades et des espaces, et les contrastes volontaires entre les volumes. Cette église est donc l’un des tout premiers édifices dans lequel on pressent le déferlement baroque à venir. Ceci contribue aussi à sa renommée.


<< 4 - L’ordre des Jésuites...         6 - La Contre réforme... >>

Sommaire complet du dossier :