La chaire de vérité

Du grand béguinage à la cathédrale saint-michel

La chaire de vérité

Nous allons nous intéresser maintenant aux pièces de mobilier, et en particulier à deux choses : les confessionnaux, ces sortes d’armoires en trois parties, qui se trouvent contre les murs latéraux, tout le long de l’église, et la chair à prêcher, ou chair de vérité, dans la nef centrale. Ces meubles sont de l’époque baroque. Commençons par la chair. Pour cela, nous tournons le dos au chœur et à l’autel principal. Face à nous, à l’autre bout de l’église, se trouve donc la porte par laquelle nous avons pénétré dans l’édifice. La chair de vérité se trouve face à nous, dans la nef centrale, sur la gauche. Allons jusque là, en restant dans la nef centrale.

Cette chaire de vérité date de 1757, et n’est pas à sa place d’origine. Elle vient en réalité de l’église des dominicains, à Malines, et fut placée ici seulement au 19ème siècle. C’est pourquoi le personnage sculpté grandeur nature, en dessous de la cuve de la chair, représente saint Dominique, qui piétine un homme représentant l’hérésie. C’est une œuvre du sculpteur Joseph Parent.
Ces meubles sont nés, pourraient on presque dire, avec la contre réforme entreprise au 16ème par les catholiques pour fidéliser et reconquérir des fidèles partis au protestantisme. Car avant cela, n’oublions pas que les fidèles n’assistaient pas à la messe qui était réservée au clergé, lui-même abrité derrière les fameuses barrières appelées « jubés ». Faire des prêches est donc une innovation des protestants qui sera reprise ensuite par les catholiques. D’où l’arrivée massive des chairs dans les églises.

L’ensemble représente un grand rocher, qui englobe aussi l’escalier d’accès à la cuve, le lieu d’où le prêtre parle. Nous pouvons nous amuser à regarder les détails de ce rocher, nous y verrons grouiller une foule de plantes et des petits animaux : limace, escargot, tortue, grenouille, serpent ou lézard. Comme nous l’avons dit, au milieu de tout ça se trouve saint Dominique, ce moine espagnol du 13ème siècle qui combattit en son temps l’hérésie cathare ou albigeoise, dans le sud de la France. L’homme qu’il piétine est un albigeois, qui a lui seul symbolise ici l’hérésie. Cet homme écrasé au sol porte un livre, d’où s’échappe un serpent, autre symbole de la parole perfide. Saint Dominique tient en main un globe terrestre, symbole de l’universalité de la parole catholique. Tout un programme, n’est-ce pas ? Ce type de décor est très typique de l’église de la Contre-Réforme. Il manifeste de manière assez théâtrale la victoire de l’église de Rome sur le protestantisme. Thème assez classique aussi, il montre aux gens avec l’image de cet albigeois ou cathare du 13ème siècle- que le protestantisme n’est pas la première hérésie rencontrée par l’église. Et que cette dernière en a toujours triomphé, avec le cortège de punitions qui en a suivi. Bref, un discours clair qui recommande aux gens de rester dans le camp des vainqueurs. Dans ces régions, où les luttes religieuses ont été très importantes, ce type de décor sur les chairs était fréquent aux 17ème et encore au 18ème siècle.

Comme nous l’avons dit, la chaire de vérité est un meuble qui s’est développé avec la Contre-Réforme. Car le concile de Trente avait bien réinsisté sur l’importance de la prédication, des commentaires donnés sur les textes évangéliques, afin que les gens les comprennent comme il faut. Enfin! Comme il faut, selon l’Eglise de Rome. Aussi, la chair est-elle particulièrement développée à cette époque, et dans les Flandres tout particulièrement. En fait, on peut dire que les chaires flamandes sont sans doute parmi les plus prestigieux meubles d’église qu’ait produits l’époque baroque.

Regardons le plafond de la chair. C’est ce qu’on appelle l’abat-voix. Sa fonction, dit-on souvent, était de rabattre la voix du prédicateur vers le bas, vers les fidèles qui écoutaient. Mais en réalité, la voix humaine n’a pas besoin de cela, car c’est un son qui a tendance à descendre et non à monter vers le haut. Aussi, cet abat-voix est-il en réalité plutôt une sorte de dais, de baldaquin à caractère honorifique, voire royal, qui encadre de manière prestigieuse la voix du prédicateur. Prenons un peu de recul pour mieux vois cet « abat-voix ».

Nous observons alors qu’il est sculpté en forme d’une masse de nuages, sur lesquels se tiennent deux anges tenant une banderole. Sur cette banderole, le texte latin « laudare, benedicere, praedicere », « louer Dieu, bénir, prêcher », trois piliers de la vocation du prêtre. Des effets de draperie renforcent le côté théâtral de l’ensemble. D’ici, nous voyons aussi l’arrière de la cuve, entouré de deux arbres, qui font le lien entre la chair elle-même et l’abat-voix. Ces arbres sont un palmier, symbole de la Résurrection, et un châtaignier, symbole de la chasteté. Ainsi, reposant sur la foi qui détruit l’hérésie, représentée par saint Dominique, par la vie et la chasteté, entourée d’anges chantant la gloire de Dieu, la prédication du prêtre a-t-elle sans doute plus de poids encore. Les chairs baroques flamandes sont des discours en soi.


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