La chaire de vérité

Du grand béguinage à la cathédrale saint-michel

La chaire de vérité

Nous constatons aussi que de grandes statues, représentant les apôtres, sont accolées à ces colonnes. Ce sont des œuvres baroques du 17e siècle. Elles ont été réalisées en bois par différents artistes de l’époque, pour remeubler la collégiale après les guerres de religion. Mais pour le mobilier baroque, ce qui est sans doute le plus fascinant, c’est encore une fois la grande chaire de vérité, située à droite de la nef centrale, entre la quatrième et la cinquième colonne. Si nous en sommes trop loin, approchons-nous pour mieux la voir.

Nous avons expliqué au béguinage les caractères des chaires de vérités baroques, et l’importance qu’elles ont eu en Flandre et en Brabant à l’époque de la Contre-Réforme. Aussi, ici, nous nous contenterons essentiellement de décrire le sujet de ses sculptures. C’est une des plus anciennes encore existantes à Bruxelles. Victor Hugo, qui connaissait bien Bruxelles pour y avoir vécu un certain temps, aimait beaucoup l’église Saint-Michel et Gudule, et était notamment fasciné par sa chaire de vérité. Il a écrit :
« C’est la création tout entière, c’est toute la philosophie, c’est toute la poésie, figurée par un arbre énorme
qui porte dans ses rameaux une chaire,
dans ses feuillages tout un monde d’oiseaux et d’animaux,
à sa base Adam et Eve chassés par l’ange triste et suivis par la mort joyeuse et séparés par la queue du serpent,
à son sommet la croix, la Vérité, l’enfant Jésus et sous les pieds de l’enfant la tête du serpent écrasée.
Tout ce poème est sculpté et ciselé à plein chêne de la manière la plus forte, la plus tendre et la plus spirituelle. L’ensemble est prodigieusement rococo et prodigieusement beau. Que les fanatiques du sévère arrangent cela comme ils voudront, cela est. Cette chaire est dans l’art un des rares points d’intersection où le beau et le rococo se rencontrent. »

Notons cependant, avec toute l’admiration que nous avons pour l’écrivain, qu’il utilise mal à propos le mot « rococo », le confondant avec «baroque».

La chair donne un message théologique précis, qui est celui de la Rédemption de l’Homme à travers sa conversion. En dessous, Adam et Eve chassés par l’ange, poursuivis par la mort, représentent la péché originel, la chute de l’homme par sa propre faute. Au dessus, sur l’abat-voix, se tient la Vierge Marie, debout, dominant l’assemblée. Or, dans la théologie traditionnelle, Marie est souvent associée à la nouvelle Eve, celle par qui arrive le Pardon de l’humanité, puisqu’elle est la mère du Christ. Ainsi, nous avons à la base la première Eve, celle qui fait chuter l’homme, et au sommet la nouvelle Eve, celle qui le sauve. Entre les deux, il y a le prêtre qui prêche la bonne parole. C’est en écoutant la voix de l’Église que l’on sera sauvé. Voilà le message de cette chair ! Alors ? Convaincus ? Quand on voit ça, on comprend comment l’art est un puissant vecteur d’idées, surtout pour des gens qui, comme le peuple de l’époque, était peu instruit.


<< 18 - Le style de la cathé...         20 - Le grand orgue de Ge... >>

Sommaire complet du dossier :